‹ Ayesha, ou La jeune fille de KarsChapitre 4 sur 19 · TI · texte numérisé non relu

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ATESHA.

vitation à Osmond de s’en servir pour se rendre au palais du gouvernement. C’était une grande maison séparée des autres, dans laquelle on entrait par une porte à deux battans conduisant dans une grande cour. On y voyait plusieurs beaux chevaux au piquet et divers groupes de gens au service du pacha ou de personnes qui venaient pour affaires ; les uns étaient assis par terre, fumant leur pipe; les autres se promenaient en attendant le moment où ils pourraient être reçus.

Osmond descendit de cheval au bas d’un escalier en pierre situé devant le principal corps de logis,* et au haut duquel étaient les antichambres et la salle d’audience. En dessous, et de niveau avec le sol, il remarqua une petite fenêtre garnie de barres de fer croisées, et y apercevant quelques figures humaines qui semblaient implorer la compassion, il en conclut que c’était un cachot. Dès qu’il fut au haut de l’escalier, il fut introduit dans la salle d’audience et il se fit suivre par Mustafa et Stasso pour se former un cortège.

Sur le coin le plus éloigné de la porte, de l’ottomane qui entourait l’appariement, il aperçut une montagne de châles et de fourrures, une longue barbe, un nez et deux yeux noirs : ces trois derniers objets annonçaient un homme, et cet homme était le pacha. En face de lui était

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un vénérable Turc : c’était Suieiman aga, cüuime Qsaiond l’apprit ensuite. Un peu plus bas «était accroupi un petit homme à physionomie atra~ hilaire, portant le costume des prêtres, et îman d’une mosquée voisine. Le bout de la salle était rempli de. chiboukchis, ou porteurs de pipes, et d’autres personnes au service du pacha parmi lesquelles Mustafa et Stasso allèrent se placer.

Dès qu’Osmond eut pris la place qui lui fut indiquée sur l’ottomane, le pacha lui dit :

Khcxsh geldin, vous êtes le bien-venu. ;

:— Khash bulduk, vous êtes le bien-trouvé, répondit Osmond.

Un silence d’environ une minute s’ensuivit.

Pendant ce temps, Suieiman aga ne tourna la tête ni à droite ni à gauche; mais l’iman examina Osmond avec beaucoup d’attention.. pacha ouvrit de nouveau la bouche et dit : — Kiefiniz ayi me, vous portez-vous bien ? .

— Très-bien, répondit Osmond avec gravité.

Après une autre pause, le pacha' répéta : — Ahosh geldin, et Osmond répliqua;

— Je suis votre serviteur.

Alors, tournant les yeux du côté de ceux qui attendaient ses ordres, le pacha dit : — Chibouk, cahvehgetir, apportez des pipes et du café.. Plusieurs hommes, vêtus de longues et belles robes, sortirent sur le champ pour lui obéir, .sans« feire le moindrp bruit et d’un air aussi sql^nnbbique • I. 8

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si la compagnie eût été assemblée pour des Ainérailles. 11$ rentrèrent au bout de quelques in> statis, a{qK>rtant des pipes d’environ six pieds de kmgueur qu’ils présentèrent tour à tour à chacun en lui mettant dans la boucdte le bout ig^rni d’ambre, après avoir placé le fourneau uir un petit plat rond déposé sur le tapis. Le café fut alors servi presque bouillant, dans de trèspetites tasses, par un personnage d’un grade supérieur aux chiboiikchis.

Quand on eut pris le café, on entendit au milieu de la fumée la voix de l’iman qui demandait au pacha, en lui montrantOsmond ;—Kim boUf qui est-ce?

— C’est notre ami, retondit le pacha d’un ton de bonne humeur, im beyzadeh anglais.

N'est-il pas vrai? ajouta-t-il en se tournant vers Mustafa.

— Oui, eiïendi.

— Et qui êtes-vous? lui demanda l’inaan.

— Je suis tatar aga.

— Oui, oui! Et, passant la main sur sa barbe, il murmura sa profession de foi et y ajouta:

Shukiur Aüahl louange soit à Dieu! oomnxe s’il eût voulu dire : Je remercie le Ciel de m’avoir fait ce que je suis.

Après uu long intervalle dejsilenoe, le pacha se tourna vêts Osmond et lui demanda ai l’on avait’desipipes et du'tabac dans son pays.

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— Non des pipes comme celles-ci, répondit Osmofld; en général, nous ne fumons pas.

Le pacha se tourna lentement vers Suieiman aga et lui dit à demi voix, d’un air de pitié et de mépris : — Haivan der, ce sont des animaux.

Suleiman secoua la tête, et dit : — Ae apalurn, qu’y faire?

Plusieurs minutes se passèrent encore en silence, et lepacba demanda à Osmond s’il y avait des chevaux dans son pays.

--Certainement, répondit Osmond.

Le mir akhor, ou chef des écuries, un des principaux serviteurs du pacha, lui dit avec un ton d’humilité ; —Puissent vos années étrenombreusesîLes Francs ont des chevaux, mais tous leurs (iievaux sont begiurs, hongres, et ils leur coupent la queue.

— Est-il possible? dit Je pacha sans la moindre émotion. Allah ! Allah !

Suleiman aga et l’iman répétèrent : — Allah ' Allah !

Le paqha tourna de nouveau les yeux vers Suleiman et lui dit à voix basse ; — Ddhi der, ce sont des fous!

— Ne apalurn ! répéta Suleiman d’un ton de résignation.

Tout à coup on vit paraître , parmi la foule des serviteurs du pacha, un nègre d’une taille

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énorme et assez mal vêtu ; c’était le pehlimn hcishî, ou premier lutteur du pacha. En le voyant, la physionomie du pacha s’anima; il le regarda avec un air de satisfaction et de triomphe, et dit à Osmond: — Avez-vous rien de semblable dans votre pays ?

— Que puis-je dire ? répondit Osmond; nous y avons de grands et de petits hommes.

— Bakalunij nous verrons, dit le pacha. Il fit un signe au nègre qui sortit de l’appartement; et, quelques minutes après, on le vit au milieu de la cour complètement nu à l’exception de pantalons faits pour lutter et qui étaient bien graissés, ainsi que tout son corps. 11 attendait le signal de son maître pour donner une preuve de sa force en combattant un autre lutteur qui était en même costume et préparé à cette rencontre.

Le signe ayant été donné, le nègre frappa des mains et son adversaire en fit autant; ils accomplirent alors tout le cérémonial usité par les lutteurs turcs avant d’en venir aux mains, et qui consiste en attitudes bizarres, en prostrations et en vociférations de Bismillah et Allah ! Ils cherchèrent alors à se prendre au corps, ce qui n’était nullement facile, attendu l’huile dont ils étaient enduits, ce qui faisait qu’ils glissaient comme des anguilles entre les mains l’un de l’autre. Le nègre était évidemment le phis vi-

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