‹ Ayesha, ou La jeune fille de KarsChapitre 7 sur 19 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Et quelle est la raison de cet ordre terrilde ? De quoi s'agit-il donc ?

Sbakspbare.

l’aurore commençait à peine à paraître le lendemain de la scène rapportée dans le chapitre qui précède, quand tous ceux qui demeuraient chez le teinturier Bogos furent éveillés par le bruit de grands coups de bâton frappés à sa porte; bruit qui retentit non seulement dans toute sa maison, mais dans toute la rue étroite où elle était située et qui était encore déserte.

L’Arménien, qui était encore couché ainsi que sa femme et ses enfans s’éveilla en sursaut et fut

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AYESHA.

saisi d’alarme; car il savait, par expérience, qu’un pareil tapage était de mauvais augure et annonçait soit quelque exaction du gouvernement, soif peut-être même quelque acte de violence personnelle. Il se leva à la hâte ; mais avant de se hasarder à ouvrir la porte, il mit la tête à une petite fenêtre grillée et regarda dans la rue. A sa grande consternation, il aperçut deux officiers du pacha, tenant en main la grande canne qui était le symbole de leur autorité, qui étaient accompagnés d’un petit détachement d’hommes armés.

— Qui est là? que désirez-vous de moi ? demanda-t-il d’une voix respectueuse et presque tremblante.

— Atchj bakaluml Ouvrez, nous verrons, répondit un des officiers d’un ton impérieux.

— Que signifie tout ce bruit ? s’écria la femme de l’Arménien se montrant à une autre croisée.

— -Atchypezci^çnkj ouvrez, misérable! répondit l’officier en frappant de nouveau à la porte.

Mustafa, qui couchait dans une chambre audessus sortit aussi de son lit, mit la tête à une troisième fenêtre, et, murmurant des imprécations contre ceux qui troublaient son repos, s’écria : — Ajy gardash ! tout doux, mon frère ! Que vous faut-il ici? Le soleil n’est pas encore levé et vous ayez déjà perdu l’esprit! Que veut dire cçla?

L’officier, voyant que c’était un musulman

AYESHA.

qui lui parlait, prit un ton plus doux pour lui répondre. — Atck^ Adam^ ouvrez, brave homme, lui dit-il; nous sommes envoyés par notre maître, le pacha. Et les coups continuèrent à pleuvoir sur la porte.

' Stasso, qui couchait dans un cabinet près de la chambre de son maître, entendit aussi tout le bruit, et, comme il n’y avait pas de fenêtre dans son petit appartement, il monta sur la terrasse et vit ce qui se passait dans la rue. — Ti diai>olo\ que diable! s’écria-l-il; et, craignant que quelque danger ne menaçât son maître, il courut l’avertir que des officiers du pacha étaient à la porte.

Lord Osmond devina aisément la véritable cause de ce tumulte et il apprit à Stasso ce qui était arrivé la veille sur la terrasse. S’habillant à la hâte, il prit et fit prendre à Stasso, avec beaucoup de présence d’esprit et de sang-froid, tout ce qui pouvait lui être le plus nécessaire, notamment deux pistolets de poche, et il cacha le reste de ses armes et quelques autres objets, dans un coin obscur du cabinet occupé par le Grec.

Pendant ce temps, Bogos, tremblant de tous ses membres avait ouvert la porte. Le premier compliment qu’il reçut fut un coup de bâton, pour lui apprendre à faire attendre ainsi des officiers du pacha; l’un d’eux lui demanda ensuite où était l’infidèle qui logeait chez lui.

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— Son appartement est au dessus de celui-ci^ effendi^ répondit le pauvre Arménien qui souhaitait tout le bien possible à son hôte, mais qui était très-charmé que cette visite ne fût pas pour lui. Tout ce qui est ici est à votre service, ajoutat-il ; ma maison est honorée de votre présence. Ne prendrez-vous pas une tasse de café?

C’est une tentation à laquelle aucun Turc ne résiste jamais. Les deux chokhadars se placèrent sur des coussins en attendant qu’on^ préparât ce breuvage, et la garde resta à la porte de sa maison. Pendant ce temps, la femme de Bogoset ses domestiques cachèrent tousles objets sur lesquels on aurait pu mettre la main, comme cela,arrive souvent en pareille occasion.

Mustafa, qui avait un aussi bon nez qu’aucun musulman pour sentir l’odeur du café qu’on brûlait, se hâta de descendre pour en avoir sa part. Après le salam aleikum d’usage, il s’accroupit avec un air de dignité près des deux officiers, alluma sa pipe et attendit le café avec patience. Il arriva enfin; Bogos le présenta luiméme à ses hôtes et il leur offrit ensuite des pipes.

Après un long intervalle de silence, Mustafa crut enfin devoir leur demander quel était l’objet de leur visite et si elle concernait son maître.

— Je suis chokhadar en chef, répondit l’un

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d’eux, et je suis venu pour inviter le Franc à se rendre en présence du pacha.

— Pek agi, fort bien ; dit Mustafa; nous nous y rendrons; mais le beyzadeh dort encore et je ne vois pas qu’il soit besoin de l’éveiller si tôt.

Il parlait ainsi dans ^a persuasion que le pacha avait envoyé ces deux officiers pour faire honneur à Osmond; car il ne se doutait pas que son maître eût rien fait qui pût lui attirer un autre traitement.

Les officiers, qui avaient probablement en vue de se faire donner quelque backshish, c’est-à-dire un présent, ne s’opposèrent pas au délai que demandait Mustafa; mais, quand ils eurent fini leur pipe et que le jour parut, ils devinrent plus pressans, dirent qu’il fallait partir, et le tatar se vit obligé d’aller informer son maître que le pacha l’invitait à venir le voir sans perdre de temps. Cependant, avant de partir, il crut à propos de s’informer du motif qu’avait le pacha pour désirer de voir lord Osmond, car l’heure de cette invitation, la manière bruyante dont les messagers étaient arrivés et les hommes armés qui étaient en dehors, le portaient à douter qu’elle ■fût tout à fait amicale.

— Dites-moi, dit-il à demi voix au chokhadar en chef avec un air mystérieux et en clignant de l’œil, s’agit-il de quelque chose de sérieux ?

— Que sais-je? répondit l’officier; et, levant

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les deux index en face l’un de l’autre, il ajouta : On a vu le Franc parler à une musulmane.

— Est-il possible? s’écriaMustafa en secouant la tête; il a eu tort.

— Très-grand tort, reprit l’officier, d’autant plus que notre mufti est un vrai diable, et il punit très-sévèrement un pareil scandale ; mais si le Franc veut mettre cette affaire entre mes mains, je puis lui être utile.

Mustafa, réellement effrayé de ce qu’il venait d’apprendre, comprit aisément où tendait ce discours, et il ne se fit pas presser pour glisser une pièce d’or dans la -main du cbokhadar dans la vue de s’assurer ses bons offices. 11 se bâta ensuite de monter dans la chambre d’Osmond, plein de courroux de l’imprudence qu’il avait commise.

— Allah! Allah! s’écria-t-il en entrant, qu’avez-vous fait? Vous n’êtes pas ici dans votre pays ; vous êtes parmi des musulmans.

— Qu’est-il donc arrivé, Mustafa? Il est de bien bonne heure pour être interrompu de cette manière.

— Qu’importe qu’il soit de bonne heure ou qu’il soit tard ? Il y a ici deux chokhadars avec leurs longues cannes et une troupe de drôles armés de sabres et de pistolets, qui viennent vous chercher pour vous conduire devant le pacha, parce qu’on vous a vu parler

ayesha.

à une musulmane. Pourquoi avez-vous agi ainsi ? Croyez-vous être en Angleterre ? Si Vous r^ardez une femme par la crevasse d’un mur, on vous arrache les yeux. Vous avez eu grand tort.

— Que puis-je y faire, Mustafa ? Les femmes sont faites pour qu’on leur parle. Je suis fâché d’avoir déplu aux Turcs , mais je n’avais pas dessein de les offenser.

— De les offenser! Offensés ou non , ces drôles tuent un Franc sans aucun scrupule et disent ensuite : Gloire au prophète ! il faut faire quelque chose, sans quoi il nous pleuvra des cendres sur la tête.

— Je suis prêt à faire tout ce qui sera juste. Que faut-il que je fasse ?

— Dire des mensonges. Avec des mensonges et de l’argent nous pouvons nous tirer d’affaire, sans quoi je ne vois rien à mettre entre la plante de nos pieds et le bâton. Le bâton? et qui empêche le sabre de nous frapper sur le cou ?

— Je ne dirai de mensonges pour plaire à personne, pas même au sultan , encore moins à ce pacha. Je suis Anglais ; qu’ils osent porter la main sur un Anglais !

— Anglais ! savent-ils ée que c’est qu’un Anglais ? Ils ne savent pas distinguer un Franc d’un autre; ce sont tous giaours à leurs yeux. Ils connaissent les Kourdes, les Arméniens, les

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Moscovites; mais tout ce qu’ils savent des Anglais c’est qu’ils fabriquent du drap, des canifs et des montres ; il faut que vous mentiez, non pas un peu, mais beaucoup. Dites que vous n’avez parlé à aucune femme, donnez de l’argent au pacha; montons à cheval et partons au galop. Voil^ ce qu’il y a de mieux à faire.

— Nous verrons ce que nous devons faire quand nous aurons parlé au pacha, dit Osmond avec sang-froid. Partons, je suis prêt.

Mustafa regarda Stasso et secoua douloureusement la tête, comme s’il eût voulu lui dire : — Nous autres, qui connaissons les Turcs, nous savons à quelles calamités cet événement peut nous exposer, mais c’est un ignorant et il ne voit pas le danger qu’il court. .

Osmond, accompagné de Mustafa et de Stasso, alla trouver les chokhadars et se rendit avec eux chez le pacha. Ces deux officiers le traitèrent avec politesse, en considération du présent qu’ils avaient déjà reçu et dans l’espoir d’en recevoir encore quelque autre ; mais les choses changèrent de face quand il entra dans la grande cour de la maison du pacha, et il vit sur toutes les physionomies que tous ceux qui s’y trouvaient étaient disposés à être insoleiis. Il remarqua entre autres le lutteur nègre, dont la tète s’élevait au dessus de toutes les autres, le regarder d’un ' air de mépris et d’insolence ; il vit qu’il était au

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milieu de barbares, de fanatiques, de pillards et d’assassins ; qu’il n’avait à espérer d’autre protection que celle qu’il pourrait devoir à lui même et il sentit qu’à moins que les circonstances ne le favorisassent, il ne lui serait pas facile de se tirer de la situation dangereuse dans laquelle il se trouvait.

Lorsqu’Osmond arriva, le pacha était assis près de la fenêtre, dans un kiosque donnant d’un côté sur un jardin et de l’autre sur la cour; près de lui étaient le mufti, Suleiman aga, et l’iman dont nous avons déjà parlé. A peine Osmond était-il au milieu de la cour, qu’il vit le pacha faire un signe à quelqu’un dans la foule. Au même instant, le nègre, son Pehlivan Bashi, s’avança vers Osmond d’un air menaçant qui semblait dire : Je verrai de quelle étoffe vous êtes fait. La foule s’écarta pour loi faire place, et Osmond, voyant qu’il méditait quelque acte de violence contre lui, se mit sur la défensive. Il avait appris à boxer, et il savait que, tantqu’on ne l’attaquerait qu’avec les armes données à l’homme par la nature, il n’y avait aucun Turc auquel il ne fût en état de résister» quelles que fussent sa taille et sa force. Le nègre continuant à s’approcher, Osmond lui cria avec hauteur : — Que me voulez-vous, drôle ? retirez-vous ! Le pacha fit un signe d’encouragement à son lutteur et celui-ci se précipita sur Osmond,

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la tête baissée, dans l’intention de lé prendre par les jambes, et de le faire sauter par dessus ses épaules. Mais Osmond était sur ses gardes et il lut asséna sur la tête un coup de poing si bien appliqué, que le nègre tomba comme uh bœuf sous la massue du boucher. Tous les spectateurs furent saisis d’étonnement; on criait de toutes parts : — Allah ! Allah! comme si l’on eût vu un prodige, et l’on regardait presque l’Anglais comme un être surnaturel; car personne ne pouvait concevoir qu’un seul coup, donné par une main si blanche et si délicate, eût pu terrasser une masse semblable au nègre gigantesque. Le pacha, amateur de ce genre de spectacle, était transporté de plaisir; et, bien loin de voir Osmond de mauvais œil à cause de la victoire qu’il avait remportée sur son premier lutteur, il en fit plus de cas qu’auparavant, et s’écria plusieurs fois : — Aferin ! Ajerin ! bravo ! bravo !

Le nègre se releva sans montrer aucune envie de recommencer le combat, et il se retira en regardant son adversaire avec un air de surprise et de crainte.

Osmond s’avança alors sans rencontrer aucun obstacle, chacun le regardant comme un être d’une espèce particulière et que personne ne pouvait impunément attaquer. Il entra dans le kiosque. Le pacha, à qui cet incident avait presque fait oublier le motif pour lequel il l’avait

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fait deinanUar, le regarda d’un œil de complsdsance, l’examina en connaisseur et ae demanda à lui-môme s’il pouvait trouver quelque moyen de faire entrer à son service un homme qui s’était montré supérieur à tous les pehlivans qu’il avait jamais vus ; il le lit asseoir près de Im *, lui fit présenter les rafraichissemens d’usage et lui adressa force compUmens sur la victoire qu’il venait de remporter. Le mufti ne le vit pas des mêmes yeux. C’était un homme ayant une physionomie austère, l’air rébarbatif, l’œil vif et fort peu de barbe ; il ne connaissait la pitié que lorsqu’il cédait à une tentation, et il ne connaissait d’autre tentation que celle à laquelle l’exposaient l’or et l’argent. Au lieu d’examiner les membres d’Osmond, comme le pacba, U calculait en lui-mém^ quelles pouvaient être les dimensions de sa bourse; fl le regardait comme le tigre regarde sa proie avant de s’élancer sur elle, et if éprouvait toute la satisfaction d’un musulman fanatique en voyant un chrétien, pris dans ses filets. La physipnomie naturellement impassible de bufeiman aga prit une ejtpression de colère, et l’iman se crut devenu W personbinportant depuis qu’il avait dénoncé un nage coupable à la justice.

Jffustala etStasso étaient restés debout à l’extrémhé de la salle ; le mufti, s’étaat assuré que le premier était Osmanli et au service d’Osmoud»

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lui demanda si son maître entendait la langue turque. Mustafa lui ayant répondu affirmativement, il se retourna vers le jeune Anglais et, sans lui adresser aucun de ces complimens banàux qui sont dans la bouche de tous les Orientaux, il lui demanda brusquement: — Comment vous nommez-vous ?

— Osmond, à votre service.

—Osman ! comment cela se peut-il ? Vous êtes Franc et vous vous nommez Osman? cela e^t impossible.

— Je me nomme Osmond. Que puis-je dire de plus ?

— Allah ! si vous vous nommez Osman, vous êtes un vrai croyant, et si ce n’est pas votre nom, vous êtes un giaour.

— Je ne suis ni mahométan ni giaour, mais mon nom est Osmond.

Se tournant vers le pacha et les deux autres Turcs, le mufti leur dit d’un ton calme : Il ment. Et, continuant à s’adresser à Osmond, il ajouta : Si vous êtes Franc, pourquoi portezvous notre costume, ce turban sur votre tête, ces babouches jaunes à vos pieds? Croyez-vous pouvoir nous tromper? Mas hallah ! nous avons de l’esprit dans le cerveau et des yeux dans la tête.

— Je ne le nie pas, répondit Osmond: mais quoique je porte un turban et des babouches jaunes, je n’en suis pas moins un Franc. Si vous.

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alliez dans mon pays, vous pourriez porter un chapeau et des bottes noires sans que personne y trouvât à redire.

Le pacha ne put s’empêcher de rire sous cape de la réponse d’Osmond. Suleiman aga, qui n’avait pas oublié que ce Franc l’avait appelé prit un air courroucé; l’iman parut jouir d’un malin plaisir et le mufti devint furieux.

— Infidèle! dit le dernier, nous ne vous avons pas fait venir devant nous pour être insultés à notre barbe. Nous sommes mahométans : vous êtes dans un pays mahométan ; quiconque vient ici est soumis à nos lois. Vous avez vu une de nos femmes et vous lui avez parlé. Niez cela, si vous le pouvez.

— J’ai vu une de vos femmes et je lui ai parlé, répondit Osmond avec hardiesse; si vous étiez dans mon pays, vous pourriez voir toutes nos femmes , leur parler et personne ne le trouverait mauvais. Que puis-je dire déplus?

— Allah! Allah! s’écria le mufti; qu’est-il besoin d’en dire davantage ?

— Que faut-il de plus ? dit l’iman ; cet infidèle mérite la mort. Est-il venu dans notre ville pour causer la souillure de nos mères et de nos filles? Qu’en dites-vous, Suleiman aga?

— Cet homme est une calamité, répondit l’Ayaneu se frottant la barbe. Par Mahomet, nous ne sommes pas hommes si nous souffrons

AYESHA.

que notre religion, noos tous et nos harems soient outragés par un ^aour; il est impossible qu’une jeune fille si timide et si attachée à sa foi eût manqué à ce qu’elle lui prescrivait, si elle n’avait été forcée par l’effet de quelque charme puissant. Mufti, nous attendons de vous justice. Pacha, nous implorons votre protection.

Ces paroles, qu’il prononça avec un feu qui ne lui était pas ordinaire, firent une forte impression sur toute l’assemblée. Le Pacha sentait qu’il ne pouvait guère se dispenser de souscrire aux décisions du mufti qui, dans le fait, jouissait du principal pouvoir dans la,ville, et qu’il lui était difficile de s’opposer ouvertement aux désira de 3uleiman Âga à qui son caractère et aa fortune avaient obtenu une influence considérable. Il était donc obligé de donner sa sanction à tonte sentence qui serait prononcée contre l’açcusé, et U allait ordonner qu’on le conduisit en prison, quand Osmond, s’apercevant que la chose allait devenir très-sérieuse, crqt qu’il était tçmps de faire tous ses efforts pour SÇ 4éfepdre. S’adressant 4'Qnp au pacha, il }ni parla ainsi :

— Vous ave?; le pouvoir * lû^n égard

çptntn^ 1^0“ vous semblera; vous m’avez déjà insulté en me fais^pt amenef ici à maip armée ; VOns ponvfiî ipg faire ipottre en prison y vops

AYESHA.

porter contre moi à* quelque acte de violence; rien ne vous empêche ménae d’ordonner ma mort; mais je vous avertis que vous ne le ferez pas sans impunité. Je suis sujet d’un roi qui a le pouvoir de demander satisfaction non-seulemeüt à. votre sultan, inais aux états les plus puissans- du monde, et je ne mourrai pas sans être vengé. Le coup que vous me porterez retombera sur votre tête ; et, si vous touchez à un cheveu de la-mienne , ce sera à votre péril. Je suis Anglais; et quoique vous puissiez ne pas connaître tout le pouvoir de l’Angleterre; quoique vous puissiez, barbares comme vous l’êtes, vicder toutes les lois de l’hospitalité que vous faites profession d’accorder aux étrangers, votre ignorance ne sera pas pour vous une protection. Le bras de la justice vous atteindra et vous serez tous punis tôt ou tard de tout acte de cruauté que vous pourrez avoir commis contre moi.

Prenant alors le firman qu’il avait reçu du sultan avant de partir de Constantinople et qui enjoignait à tous pachas, gouverneurs et hommes en place, de lui accorder secours et protection, il le présenta au pacba en ajoutant : Voici l’ordre de votre maître; osez y désobéir!

Ce discours, prononcé en excellent turc et avec un ton d’indépendance qui était inconnu des deux despotes à qui il s’adressait, produisit presqu’autant d’effet que le coup qu’avait reçu

AYESHA.

le nègre. Le pacha ouvrk léS ÿ.eax de surprise; l’iman setttbla confus et inquiet , le mufti chercha à prendre un air de dédain et Suleiman âga parut pensif et embarrassé.

Après quelques minutes de silence, le pacha remit le firman au mufti ,qui le lut avec beaucoup d’attention, mais avec l’air d’un homme qui cherche à y découvrir quelque faute. Tout à coup, un sourire malin parut sur ses lèvres et il s’écria : — Ce firman est 6osh , est nul ; il ne nous est pas adressé, il n’y est fait aucune mention de la ville de Kàrs. Vous avez fait votre compte sans chiffrer.

— Puissiez-vous prospérer! dit Mustafa qui écoutait avec grand soin tout ce qui se passait, mais je fais serment que ce firman a été lu et respecté dans toute l’Asie. Après tout, Kars est bien peu de chose auprès de la totalité de l’empire de Roum

— Quel chien êtes-vous pour oser parler?

s’écria le mufti. Imposez silence à votre langue, de peur que les fautes de votre bouche ne soient punies sur la plante de vos pieds. Je soutiens que ce firman n’est rien pour nous. S’adressant ensuite au pacha, il ajouta : Cet homme n’est

I Nom que donnent les Turcs à l’mnpire ottoman. {Note du Trad.)

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pas Franc, il peut être Arménien, il peut être Arabe,- mais il n’est pas Franc; il parle turc aussi bien que nous, il porte le costume turc, il se nomme Osman ; que voulez>vous de plus?

— Qui ost-il donc? ^manda le pacha; il faut qu’il soit quelque chose.

— Qui sait ce qu’il est? répondit le mufii; bakaltuni nous verrons.; c’est peut-être un espioi^ russe. Mais nous ne souffrirons pas qu’on noufrarracbe le turban de la tête, qu’on montre nos femmes au doigt avec mépris, et que les saintes paroles du Coran soient avilies et insultées faute de protection.

Pouvez-vous faire la profession de notre foi ? demanda l’iman à Osmond.

Je puis du moins faire une profession de foi, s’écria Osmond avec tout le feu de l’indignation , c’esl que je crois que vous êtes tous des mécréans qui n’avez d’autre but que d’opprimèr et de piller un étranger sans défense.

Ce discours fut une mèche allumée appliquée à une traînée de poudre. On entendit à l’instant partir de toutes les bouches une volée d’exclamations : — Kiupeck ! chien ! giaourl infidèle ! et autres épithètes semblables. On vomit des imprécations contre sa mère et sa sœur, contre son père et son grand-père, suivant l’usage des Turcs. Mustafa chercha à calmer cet orage; mais sa voix se perdait dans le tumulte. Stasso, les poings

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