CHAPITRE XLIV
t^ t)ctlle ^\\\\ bal.
L'AmirâIm — Dites à lord Mertoun que mes gens sont à bord,
Que le vont n'attend pas^ qu'il faut... L'Huissier [portant un doi^t sur sa bouche). Sa Grâce dort.
L'Amiral {une heure après).
Il y va de l'honneur du roi, de sa ruine.
Dites k lord Mertoun que je...
L'Huissier [fermant la porte). Sa Grâce dîne.
( Le premier ministre ^ comédie >)
Nous allons maintenant retournera notre héros, que nous avons laissé trottant sur le grand che-
iTiin, en compagnie de maître Placide et du vieux baron de Kochelerpt. Le village d'Oullins, vers lequel il se dirigeait, est situé à deux petites lieues au-dessous de Lyon, non loin de l'endroit où le Rhône et la Saône confondent leurs eaux, n'ont plus ensemble qu'un même lit,
Et recommencent tous les jours Leurs vieilles amours,
suivant l'expression d'un ancien poète. A l'avantage d'une bonne position en temps de guerre, ce bourg réunit d'autres agréments plus doux, et en tout temps dignes d'être appréciés par les honnêtes gens. Le coteau deSainte-Foy qui le domine est un des vignobles les plus fameux de la vallée du Rhône, et son nom seul suffira pour réveiller dans l'esprit de ceux de nos lecteurs qui appartiennent à l'honorable classe des gourmets les idées les plus riantes. Qu'on ajoute à cela de grands bois remplis de gibier, un ruisseau où l'on pêche d'excellentes écrevisses, en un mol toutes les ressources et tous les plaisirs de la vie agreste, et l'on aura une idée des lieux où le hasard rassembla pour vingt-quatre heures une grande partie des personnages de notre roman.
J3epuis deux mois que M. le duc de Nemours était à Ouilins, ce petit village était devenu pour lui et pour son armée une véritable Capoue. Le jeune prince y oubliait amis et ennemis, ne songeait plus au siège de Lyon qu'une partie de ses troupes avait comniencé, et, de peur que quelque pensée importune ne vînt troubler la douceur de ces loisirs, n'ouvrait pas même les dépêches qu'il recevait de la cour. Il y avait aux environs de son camp upe douzaine de châteaux, magnifiques résidences que le voyageur admire encore aujourd'hui, à demi perdues dans le sombre feuillage des châtaigneraies. Jacques de Savoie avait trouvé là toute réunie une compagnie nombreuse et choisie, composée des plus belles dames d'une province qui n'en fournit que de belles. Il passait son temps en visites, en parties de chasse, en cavalcades, vivait non en général d'armée, mais en véritable prince italien, tenant table ouverte, faisant venir à grands frais, pour plaire à quelque î)elle, des tapissiers, des musiciens, des baladins, des astrologues, et attirant à ses fêtes, de plus de dix lieues à la ronde, toutes les dames et demoiselles qui, pour entendre le bruit d'un violon ou figurer dans un quadrille, ne craignaient pas de se risquer
LES FftÉaçS ENNEMIS. AU
gagner le. bas pays et de pousser hardiment sa pointe jusqu'aux avant-postes du duc de Nemours. Mais, ayant eu avis, durant la matinée, des mouvements de quelques corps de troupes calvinistes, il se vit forcé de rebrousser chemin et de s^enfoncer plus avant dans les montagnes du Royannais. Vers oiidi, au moment où, pour épargner à ses soldats le gros de la chaleur, il se disposait à faire halte dans un de ces beaux bois de noyers qui bornent le torrent de la Lionne, un petit pâtre, tout couvert de sueur, s'approcha de lui, en faisant claquer ses doigts, et l'avertit qu'un parti formidable de huguenots le suivait à peu de distance.
S'étant d'abord assuré, par quelques questions adroites, de la fidélité de cet enfant, Gaspard lui demanda alors à combien il évaluait le nombre des ennemis.
— Foi de Serpolet ! dit le pâtre, le diable seul les a comptés et marqués, car, pour le sûr, c'est là un bétail qui lui appartient, et je vous réponds qu'il n'en perdra pas une seule tête. Tout ce que j'en puis savoir, c'est qu'ils sont plus nombreux que les moutons qui broutaient l'herbe de nos vallées, quand les bailes de Provence y amenaient leurs troupeaux (**).
— S'il en est ainsi, dit Gaspard, nous serons écrasés. N'y aurait-il pas, dans ces alentours, quelque château fort où Ton pût se jeter, pour se mettre en défense?
— Dame! dit-il, ce ne sont pas les châteaux qui manquent ; il n'y en a que trop dans ce pays, comme disait mon père. Mais je ne vous conseillerais pas d'y aller, ni d'en passer trop près. Sans comparaison, c'est comme si je conduisais mes chèvres dans la caverne de Rupé, pour les mettre sous la garde des loups.
Gaspard jeta un coup d'œil sur la vallée, pour voir si elle ne présentait pas quelque position avantageuse qu'il pût occuper, et d'où il lui fut possible de défier l'ennemi. Mais il ne tarda pas à se convaincre que s'il lui était facile d'aller se percher sur quelque pic inaccessible, il lui serait . en revanche très-difficile d'en descendre, sans se mettre à la disposition des huguenots. Tandis ^ qu'il cherchait dans sa tète quelque ressource pour échapper au péril de la situation, le jeune pâtre se livrait de son côté à une opération d'esprit à peu près semblable. Son zèle pour la religion catholique, réchauffé par les discours de quelques prêtres que la persécution avait forcés à s'exiler
avec une faible escorte à travers des campagnes infeslécs de bandes ennemies. iNonobstant ce danger, peut-être à cause du danger même, l'histoire rapporte (jue les gentilshommes du duc de Nemours ne manquèrent pas de danseuses. Aussi
quand Aymé Verd arriva, eut-il beaucoup de peine à trouver un gîte dans les maisons du village. Dans la première où il s'arrêta, la maîtresse du logis, qui, en tout autre temps, eût considère comme un honneur de recevoir chez elle un gentilhomme de si bonne mine, daigna à peine rècouter; et comme il insistait, elle lui répondit d'un air affaire que sa maison était pleine, qu'il ferait bien, par conséquent, de se pourvoir ailleurs.
As-tu vu, Jeanneton, dit-elle à sa servante
tandis qu'il s'éloignait avec son escorte, as-tu vu l'équipage de ces gens-là? A cette heure, tous les intrigants du pays, tous les cadets qui n'ont que la cape et l'épée fondent ici comme des sauterelles sur le regain; mais, Dieu merci, ma maison n'est pas faite pour ces aventuriers.
Cependant nos trois amis couraient de porte en porte, essuyant partout de nouvelles rebuffades et ne rencontrant une ombre de politesse que chez les gens qui avaient encore quelque galetas