REPONSE DE L'AUTEUR
Edimbourg, le septembre \S
« Mon cher monsieur , « Mon dénoûment est écrit. Je l'ai abrégé autant que
AVIS AU LECTEUR. ix
•j'ai pu ; mais je crains que le public ne le trouve encore trop long. Quoi qu'il ei>soit, il restera, s'il vous plaît, tel qu'il est. Je n'ai ni l'envie ni le courage de recommencer mon travail. J'ai filé jusqu'au dernier bout la laine de ma quenouille; donnez-m'en une nouvelle si vous voulez que je fasse encore tourner mon fuseau.
« En d'autres termes, mon cher monsieur, je suis fatigué d'avoir vécu si longtemps dans la compagnie d'Aymé Verd, de son père, de ses cousins et de toute sa respectable famille. A la longue, vous ne l'ignorez pas, on finit par s'ennuyer, même avec ses meilleurs amis. On sent le besoin de changer de lieu, de respirer un autre air, de voir d'autres visages : c'est ce que j'éprouve aujourd'hui
« Un romancier, quand il écrit, mon cher monsieur, est sujet à Miller aussi bien qu'un simple lecteur. Cependant cela ne lui arrive guère, tant qu'il n'a pas, comme je vous le disais, entretenu un trop long commerce avec les personnages de son invention. Dans les commencements, mon cher monsieur, il prend plaisir à les peindre, à étudier leurs caractères, à observer leurs habitudes : heureux moment pour un auteur ! tout lui semble nouveau, tout lui semble beau. Par une grâce d'état, il est la première et souvent, hélas! la seule dupe de son imagination, en ce sens qu'il s'intéresse aux êtres chimériques qu'il a crées, comme on s'intéresse à des êtres vivants. Il est curieux de pénétrer dans le secret de leurs cœurs ; il se plaît à recevoir et à écrire leurs confidences. Mais quand ils n'ont plus rien de neuf à lui apprendre, le dégoût s'empare de lui, la plume lui tombe des mains.
« J'ai connu, mon cher monsieur, un capitaine au long cours, dont vous avez peut-être entendu parler, car son