III
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vertes au-dessus de l'abîme, et était tout cljargé de Heurs.
-^ Hélas I pensa la pauvre mère, pourquoi le pied ne leur a-t-il pas glisse sur la penle du gouffre? Pourquoi ce rameau frêle ne s'est-il pas brisé dans leur main? ils seraient morts en s'embrassant.... Us reposeraient, à cette heure, dans la même tombe;.... et moi, désormais, seule sur la terre, je bénirais encore le jour où Dieu me rendit mère.
En disant ces mois, la baronne sentit une larme brûlante couler sur sesjoues. Elle pleurait encore, lorsqu'un bruit semblable à celui de la foudre ébranla tout à coup le château jusque dans ses fondements. Madame de Montmaur frissonna depuis la plante des pieds jusqu'à la pointe des cheveux. Une sueur froide inonda son front ; ses larmes se séchèrent*, elle prêta l'oreille. Bientôt une seconde détonation se fit entendre, et la secousse fut si violente, que tous les vitraux de la fenêtre se brisèrent en éclats. La châtelaine poussa un cri terrible, et s'élançant vers la porte, chercha à l'ouvrir d'une main convulsive ; mais la porte était fermée à double tour. Elle courut vers la fenêtre en appelant au secours; le vent emporta
ses paroles dans les airs, et personne ne lui répondit. D'ailleurs, la plupart des serviteurs avaient quitté le château ou s'étaient rendus sur les remparts. Eperdue, désespérée, entendant toujours retentir à ses oreilles la voix du canon, madame de Montmaur retourna vers la porte et essaya tour à tour de la soulever sur ses gonds, de briser le battant de chêne ou de faire sauter le penne de la serrure. Tous ses efforts furent vains ; elle déchira ses ongles, enfonça des épines dans ses doicjts, ensanglanta la boiserie, sans faire céder d'un cheveu la lourde et épaisse cloison. •
Le lecteur n'attend pas de nous que nous décrivions ce qui se passait alors dans l'âme de cette mère infortunée. La plume doit renoncera exprimer ce que l'esprit peut à peine concevoir, ce que le cœur humain ne pourrait ressentir sans se briser à l'instant. Nous ne raconterons pas davantage les détails du siège que soutint Je château et du combat fratricide qui se livra sur les remparts. Un pareil tableau exciterait sans doute la verve de nos beaux esprits modernes, qui, en introduisant la potence sur la scène, ou en décrivant scrupuleusement dans leurs livres l'agonie des mourants, en étalant le triste spectacle des convulsions d'un
corps que la vie abandonne, ont cru agrandir ainsi le domaine de l'art. Bien loin de pouvoir nous élever jusque-là^ nous avouons en toute humilité que nous avons déjà senti plus d'une fois la plume nous tomber des mains, tandis que nous retracions les dernières scènes de ce chapitre. Nous avons craint de dépasser les limites que s'imposent encore certains auteurs méticuleux qui, n'ayant pas oublié entièrement les leçons du collège, ont la faiblesse de croire à l'autorité de leur professeur, tout comme s'ils avaient encore à redouter la férule; qui même se surprennent parfois à lire Horace, et à trouver que ses préceptes sont assez d'accord avec le goût et avec le bon sens.
Les anciens poètes tragiques, lorsqu'ils avaient conduit leur drame jusqu'au dénoûment, après avoir présenté au spectateur tout ce qu'il y avait de pathétique, d'émouvant, et par conséquent de moral et d'instructif dans la situation de leurs personnages, reculaient devant la mise en scène du meurtre qui devait servir de conclusion à la pièce. Mais comme ils ne pouvaient, d'un autre côté, laisser le public dans l'ignorance du sort du héros ou de l'héroïne, ils avaient la ressource d'amener sur les planches un confident, une nourrice ou quel-
que personnage du chœur, lequel racontait à la foule assemblée, plutôt qu'aux acteurs qui l'entouraient, ce qui s'était passé derrière la toile. Privés de cette ressource, n'ayant à notre disposition ni chœur, ni confident, ninou rrice, nous serons obligés de passer sous silence cette partie de notre histoire, et de laisser au lecteur le soin de l'arranger à son gré. Pour aider son imagination dans ce travail, nous nous bornerons à dire que Renaud et Gaspard furent trouvés le lendemain parmi les morts. On jugea par leurs blessures, et d'après la position de leurs cadavres, qu'ils avaient dû mourir en combattant l'un contre l'autre; ils s'étaient, comme on dit, enferrés.
Ils s'étaient rencontrés dans la chambre même de Renaud, et leur sang avait rejailli sur le portrait de leur père.
Le château avait été à moitié dévasté par un incendie, lequel incendie avait été allumé, les uns disent par le feu du ciel, les autres par les aventuriers qui composaient l'armée victorieuse. L'appartement du jeune baron avait beaucoup souffert; cependant le parquet était intact, et l'on eût dit que les flammes avaient reculé d'horreur de-
vanl la place où s était consommé un crime aussi contraire aux lois de la nature.
Quant à madame de Montmaur, Genest et Paschale l'avaient transportée mourante au cliàteau de Beauséjour.