UTSE HISTOIRE DE REVENANT
qu'il s'asseyait d'habitude et me demandait des nouvelles de mes affaires en trinquant avec moi,
— Et cet excellent Ponce de Montmaur, dit le ^reflîer d'un air malin, vous porta bonheur? Il venait vous voir souvent, je suppose, et il ne se plaignait jamais que vous restassiez trop longtemps, soit au marche, soit à la cave.
— Riez, riez, vieux singe, dit l'hôtelier. Toute l'encie de votre écriloire ne suffira pas pour noircir la réputation de Claudine. Grâce au ciel, c'était une femme avenante et qui savait écouter, sans faire la grimace, les compliments des jeunes seigneurs; mais ce qui entrait par une oreille sortait par l'autre. Ce n'était pas sa faute si on la trouvait belle et gentille. On ne me la mangeait pas, pour la regarder; et d'ailleurs, quand on la regardait de trop près, elle savait maintenir les galants à distance. J'en atteste l'honorable compagnie, dans laquelle il se trouve, je m'assure, plus d'un papillon qui s'est brûlé à la chandelle.
— C'est vrai, c'est vrai, dit Benoît Trablaine, je sens encore sur ma joue gauche le soufflet qu elle m'appliqua un jour ^ueje voulus lui chanter une chanson un peu trop tendre.
Les acclamations unanimes de l'assemblée se
joig.nirent au témoignage du drapier et vengèrent la mémoire de Claudine des insinuations injurieuses du greffier. Jean Gouttenoire satisfait reprit donc la parole, après avoir poussé un gros soupir, le moindre gage qu'il pût donner en cette occasion de sa tendresse inaltérable pour sa défunte moitié.
— Eh oui ! cela m'a porté bonheur. Tout le monde a voulu manger où logeait un si gros personnage^ et j'ai vu bientôt ma cave pleine et ma basse-cour peuplée; mais il n'a pas été aussi heureux que moi, le digne jeune homme.
— Il est mort dans les campagnes de Flandre , dit l'apothicaire.
— Mort? dit Gouttenoire en hochant la tête; c'est une question. Je n'ignore pas que le bruit en a couru, et que Jean de Montmaur, son cadet, le père de l'archer qui sort d'ici, s'est fait mettre en possession de ses biens, après avoirproduit un acte de décès rédigé, Dieu sait comme; je n'ignore pas que tout le monde a porté son deuil; mais
Ici l'hôtelier cligna les yeux, secoua la tête en homme qui, ayant une histoire neuve à raconter, veut se faire prier pour la dire. Ses auditeurs, gens oisifs et curieux, le pressèrent en effet de