‹ Aymé Verd (volume 3)Chapitre 11 sur 39 · UNE HISTOIRE DE REVENANT · texte numérisé non relu

UNE HISTOIRE DE REVENANT

s'expliquer, et il finit par céder à leurs instances. Le vieux gentilhomme à la plume verte s'était rapproché du feu, et, tout en cachant sa figure, prétait une oreille attentive an discours de l'hôtelier.

— Je vous dirai donc, mes chers amis et voisins, reprit celui-ci d'un air de mystère et d'importance, que j'ai un mien oncle curé de la paroisse de Montmaur, et qui reste à Ladvieu, c'est-à-dire dans le petit village qui est au pied du château, comme vous le savez fort bien. Or, ledit oncle m'a raconté qu'une nuit d'hiver de l'an 1544

— Il y a dix-sept ans de cela, dit le greffier.

— Précisément, reprit Gouttenoire; et il y avait déjà dix ans que le pauvre Ponce avait disparu. Le digne homme était oublié, comme on oublie les morts, si ce n'est que mon oncle célébrait de temps à autre une messe pour le repos de son âme. Il arriva donc qu'une nuit d'hiver, comme je vous le disais, le bon curé était assis au coin de son feu, lisant son bréviaire, tandis que sa servante, Monique, tricotait à l'autre bout de la cheminée. Tout à coup celle-ci crut entendre une voix au dehors de la maison.

— On vous appelle , monsieur le curé , dit-elle

en posant son ouvrage sur ses genoux. Je gage que la pauvre Berthe va plus mal, et qu'on vient vous chercher pour l'aider à passer de ce monde dans l'autre. Ma foi, elle pourrait mieux, prendre son temps. Ne sait-elle pas que vous avez eu un accès de goutte ce matin? Je n'ai jamais aimé d'ailleurs à vous voir sortir si tard.

— Tu te trompes, ma chère, répliqua mon oncle qui était un peu sourd, c'est le vent qui fait crier la girouette.

Au même instant la voix se fit entendre de nouveau, mais avec plus de force, et mon oncle, pliant son livre, se leva à demi de son fauteuil.

— Monique, s'écria-t-il^ mes sabots et mon bâton ! Vite ! qu3 je sois prêt à tout événement. N'oubliez pas de mettre quelques sous viennois dans ma bourse.

— Comme vous y allez! repartit la servante, on dirait que vous avez encore vingt ans et la fortune de notre baron; tandis que vous ne pourriez mettre un pied devant l'autre et que vous avez donné aujourd'hui votre dernier écu à un pauvre qui en avait moins besoin que vous. Laissez-moi voir qui vous demande et savoir ce qu'on vous veut. 11 ne faut pas ouvrir son huis, comme vous

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