LA CHAMBRE DE PLACIDE. HH
les romanciers de pénétrer en tous lieux, sans s'inquiéter des portes et des verrous, nous nous transporterons dans le logis de notre ami Placide. C'était un petit appartement, composé de deux pièces, et qui avait une double entrée, l'une par la grand'salle, comme nous l'avons vu, l'autre par la cour principale de l'hôtellerie. Il avait été garni avec plus de recherche q^u'aucune autre partie de l'habitation. La pièce d'entrée était entourée d'une boiserie de chêne qui la protégeait contre l'humidité. tJne alcôve profonde, Fermée par des rideaux blancs, était placée en face de la fenêtre. Un bénitier, un prie-Dieu, des images grandes et petites, quelques livres, une chaise à bras bien rembourrée, complétaient l'ameublement de ce réduit, dont le séjour devait convenir en tout point à un futur chanoine. Le personnage qui l'occupait en ce moment semblait assez peu soucieux des commodités qu'il offrait. Quoique la nuit fût déjà avancée, et que tout le monde reposât dans l'hôtellerie, il n'avait quitté ni ses bottes ni ses éperons, et se promenait de long en large dans la chambre. Un gros tapis de laine, étendu sur le parquet par la prévoyante Gudule, qui redoutait beaucoup les rhumes pour la poitrine délicate du bachelier,
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amortissait le bruit des pas du vieux gentilhomme. De temps à autre il s'arrêtait, jetait un regard sur l'aiguille de l'horloge, et continuait sa promenade non sans donner quelques signes d'impatience. Enfin, comme pour tromper son ennui, il prit au hasard l'un des livres qui étaient rangés sur les tablettes de la bibliothèque, et alla s'asseoir dans un fauteuil, près de la cheminée, afin de pouvoir lire plus commodément. Il resta pendant un quart d'heure environ plongé et comme absorbé dans sa lecture. Cependant peu à peu son front se rembrunit, ses lèvres se baissèrent avec une expression de dédain, et il ne tarda pas à jeter le volume loin de lui. — Quelles billevesées! dit-il entre ses dents; comment ai-je pu lire si longtemps de pareilles folies! (L'ouvrage dont il s'agissait n'était pourtant rien moins qu'un savant traité théologique sur la confession auriculaire. ) Quelles sottises! poursuivit-il, il ferait beau les écouter, vraiment! Aller conter ses fautes à un homme faible et perfide comme ils le sont tous; mettre un cerveau fêlé dans la confidence de toute sa vie, tandis qu'on voudrait pouvoir la cacher à Dieu, et se la cacher à soi-même ! Cela serait plaisant, à coup sûr. Oli! non, ce n'est pas Dieu qui l'a instituée, votre con-