COMMENCEMENT DE RÉFORME. Û
— Par saint Hugon! dit Gaspard, il m'est avis que jamais personne ne s'est mieux porté que moi, et cela n'est pas étonnant. Il n'y a que les joyeux compagnons qui se portent bien : la gaieté préserve de la goutte, des rhumatismes et des catarrhes. Par saint Luc! elle vaut mieux que toutes les herbes des apothicaires, et, sur ma foi ! elle se vend moins cher. On la trouve pour six blancs au fond d'une dame-jeanne , et pour rien au fond d'une bonne conscience.
Après avoir achevé ces mots, Gaspard se versa une rasade^ tandis que le docteur se préparait à la réplique. Mais Aymé Verd ne laissa pas à ce derr nier le temps d'ouvrir la bouche; il éjeva la voix, adressa vivement une question à Renaud, une autre à Gaspard, et fît si bien qu'en peu d'instants la conversation devint générale. Le jeune archer, en agissant de la sorte, avait eu, nous devons le dire, plus d'un motif. Outre le peu de plaisir qu'il eût pris à entendre un sermon du ministre, il avait remarqué que le maître de la maison ne goûtait guère, de son côté, les boutades joyeuses de son cadet et la façon irrévérencieuse dont ce dernier parlait au docteur. Il avait cru deviner aussi que madame de Montmaur ne serait pas fâchée de
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voir rentrelien rouler sur un autre sujet, et il fut confirmé dans cette idée par l'air de satisfaction qu'il remarqua sur le visage de la vieille dame, après l'heureux succès de sa manœuvre. Il ne songea donc plus qu'à profiter du tumulte qui ne tarda pas à régner dans la salle, grâce à la liberté que prirent les serviteurs de traiter à leur tour les graves questions qui avaient divisé un moment les maîtres. L'aventure de Romans était encore trojD présente à son esprit et l'intéressait trop vivement pour qu'il ne cherchât pas à interroger au plus tôt mademoiselle de Sassenage.' Il n'était séparé de la jeune fille que par son ami Gaspard, et il pouvait espérer d'obtenir d'elle une réponse satisfaisante, tandis que l'archer discutait avec Renaud un plan de chasse pour le lendemain. Mais Blanche paraissait assez peu disposée a l'écouter. Elle évitait même de rencontrer ses regards, et semblait donner toute son attention au juge châtelain, qui, assis à côté d'elle, lui racontait par le menu l'histoire d'un piocès qu'il avait gagné après quinze ans de plaidoiries. Ce sujet ne devait pourtant pas avoir beaucoup d'attraits pour une demoiselle qui n'était pas encore majeure, et dont les oreilles étaient mieux faites pour