‹ Aymé VerdChapitre 18 sur 32 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Commnit 2lgmi quitta le manoir ^e 5f6 pma.

II a vu la sombre demeure Qu'habitaient ses nobles aïeux, La haute tour où sonnait l'heure Et de la prière et des jeux,

Lady Maky Lindsay.

Notre héros ne quitta maître Bénevent qu'après l'avoir remis entre les mains de Mc^iique et de Placide, et avoir calmé l'irritation de ce dernier, qui, sur la nouvelle des mauvais traitements qu'avait subis son oncle, ne parlait de rien moins que d'aller bâtonner les uns après les autres tous les protestants du pays. Il s'achemina alors lentement vers le château dont il semblait contempler les vieilles tours, dorées par le soleil de décembre, avec autant de curiosité que s'il les eût aperçues pour la première fois. Enfin il gravit la côte escarpée qui conduisait au manoir, et se dirigea vers l'appartement de madame de Montmaur. La châtelaine était, en ce moment, retenue dans sa chambre par une indisposition assez grave, suite inévitable du chagrin qu'elle avait ressenti des événe-

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ments de la journée. Aussi ne put-elle pas recevoir le jeune archer; mais elle pria Blanche, qui ne la quittait pas, de vouloir bien la représenter auprès du gentilhomme, et de lui faire compagnie en attendant qu'on eût prévenu ses deux fils. On conçoit aisément quelle fut l'émotion de mademoiselle de Sassenage, et quelle vive rougeur couvrit ses joues, lorsqu'elle se trouva en face d'Aymé Verd. Celui-ci, de son côté, ne put se défendre d'un trouble secret en voyant paraître la noble fille dont il connaissait le dévouement, et dont il n'avait pas eu de peine à deviner la tendresse. Leurs premières paroles durent se ressentir de cet embarras mutuel. Mais peu à peu ils parvinrent à retrouver ce calme et cette sérénité que ne saurait troubler longtemps, dans des âmes pures, l'amour le plus profond. Tandis qu'Aymé racontait avec modestie, à celle qu'il nommait son ange tutélaire, les aventures de la nuit précédente, ils arrivèrent dans la longue galerie oii étaient ran» gés les portraits des nombreux ancêtres de la fa* mille de Montmaur. Guidés par cet instinct qui conduit les pas des amants, ils avaient cherché, sans le savoir, la solitude et le silence dans cette salle peu fréquentée, où les bruits du dehors arri-

valent à peine. A l'aspect de ces voûtes sombres, éclairées d'un jour douteux par les fenêtres gothiques qui s'élevaient de distance en distance, le jeune archer s'arrêta saisi d'un recueillement religieux. Ce spectacle inattendu devait faire sur iui une impression d'autant plus profonde qu'il venait à peine d'apprendre, dans la geôle d'Hugues Verd, le secret de sa naissance, ainsi que quelques circonstances de notre récit l'ont déjà fait entrevoir au lecteur attentif. Il se trouvait donc entouré de tous ses aïeux qui, du fond de leurs toiles sombres, semblaient attacher sur lui des regards bienveillants. Les sentiments qu'il éprouvait donnèrent à son visage une expression de fierté, mêlée d'attendrissement, qui ne put échapper à l'œil pénétrant de mademoiselle de Sassenage.

— Vous me paraissez bien ému , lui dit-elle ; n'étiez-vous jamais venu dans cette salle?

— Jamais, répondit l'archer en parcourant des yeux l'immense galerie. Mais, pardonnez-moi si j'éprouve devant vous émotion si vive. Je ne puis m'en défendre. C'étaient là, n'est-ce pas, de nobles chevaliers, pleins de loyauté et de courage, et dignes du nom qu'ils portaient?

— Il n'y a rien là, messire, qui doive vous éton-

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ner, dit timidement mademoiselle de Sassenage; j'aime à croire que vous leur ressemblerez un jour.

— Je l'essayerai, du moins, répondit Tarcher en remerciant d'un regard la jeune fille qui avait baissé modestement ses longues paupières.

Cependant, parmi tous ces portraits, il devait s'en trouver un dont la vue était faite pour toucher plus fortement le cœur de notre ami : c'était celui de son père. Il pria donc mademoisselle de Sassenage de vouloir bien pénétrer avec lui jusqu'au fond de la galerie, el, chemin faisant, de lui nommer les personnages devant lesquels ils allaient passer.

Blanche, aussitôt, appuyant sa main sur le bras de l'archer, s'avança avec lui sous les murs de la salle, s'arrétant devant chaque toile, et racontant les légendes que la tradition avait recueillies sur quelques-uns des anciens seigneurs de Montmaur. Aymé écoutait avec un mélancolique intérêt ces histoires, auxquelles la voix de la conteuse prétait sans doute un nouveau charme. Ils parvinrent ainsi jusqu'à l'extrémité de la galerie. Mais, à son grand regret, Aymé n'aperçut pas l'image de son

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