WORDSWORTH
Cependant Gaspai'd s'éloignait lentement du
château. Soit qu'il se repentît d avoir cédé trop facilement aux ordres de son frère, soit qu'il regrettât de n'avoir point dit adieu à madame de Montmaur, il s'arrêta souvent avant d'avoir atteint les limites de la baronnie, et fut plus d'une fois sur le point de retourner en arrière. Mais enfin il perdit de yue les tours du manoir, et poursuivit sa route avec plus de rapidité, comme l'aigle qu'a blessé le chasseur, et qui, après avoir songé d'abord à s'abattre sur son ennemi, s'enfuit ensuite à tire-d'aile, emportant dans sa blessure le fer aigu qui l'a frappé. Il arriva ainsi, après quelques heures de marche, en vue d'un hameau situé sur les bords de l'Isère, à une lieue environ de Romans. Là, sentant les atteintes de la faim, il résolut de s'arrêter dans un cabaret, et de prendre un léger repas avant de continuer son voyage. Mais il avait à peine mis le pied sur la Grand' Place, qu'un spectacle étrange frappa ses yeux et lui fit oublier son projet. Tous les habitants, du village étaient réunis autour d'une vieille femme que son bourdon et les coquilles qui ornaient son chapeau faisaient aisément leconnaître pour une pèlerine, lis l'écoulaienl avec avidité, et ne l'interrompaient (|ue j)our lui faire de nouvelles questions ou pous-
se r des cris de terreur. Gaspard, étonné, s'apprô cha et prêta l'oreille.
— Oui, mes enfants, mes agneaux, disait la pèlerine, ils ont tué ce bon M. deLamothe-Gondrin ^°; ils l'ont pendu à la fenêtre de sa maison, après lui avoir fait mille avanies ; et maintenant ils sont les maîtres dans Valence et à trois lieues à la ronde, comme le roi dans sa bonne ville de Paris. Us ont fermé toutes les églises, si bien que j'ai été obligée de m en revenir sans baiser les reliques de sainte Babylas, comme je m'y étais engagée pour quatre deniers viennois. Mais je rendrai l'argent, bien entendu, je rendrai l'argent.
— Dieu tout-puissant! dit un des auditeurs, les habitants de la ville où étaient ils donc pendant que tout cela se passait?
— Les uns étaient dans leurs caves, les autres dans leurs greniers, répliqua Madeleine; le reste était ensorcelé, et courait les rues en criant à tuetête : Sus ! sus! à l'eau^les papistes! à l'eau les Capucins! à l'eau les Blancs- Manteaux! Puis est arrivé M. de Crussol, qui a commencé le carnage en faisant couper les oreilles à tous les moines qu'il a pu saisir. Ces bons pères criaient comme les saints Innocefits quand le roi Hérode les fil égor-
ger; mais les huguenots riaient encore plus fort.
— Les gueux I les scélérats! les chiens! s'écriaiton de toutes parts.
— Et monseigneur des Adrets, demanda l'un des paysans, est-ce qu'il ne va pas châtier les hérétiques?
— Ah bien oui ! reprit la pèlerine : il est arrivé aux portes juste au moment où les parpaillots se sont mis en branle; mais au lieu de leur faire payer les violons, il est entré en danse avec eux, et à présent c'est lui qui mène la ronde.
— Mère Madeleine! dit un autre paysan, que vont-ils faire à présent, ces chiens de réprouvés?
— Ce qu'ils vont faire? dit Madeleine; hélas! ça vous ferait dresser les cheveux sur la tête de les entendre. Ils parlent de tuer tous les prêtres, tous les moines; de renverser toutes les croix, de forcer la porte des nonnières, de mettre tout à feu et à sang, et de faire manger aux corbeaux tous ceux qui ne voudront pas aller au prêche et qui ne feront pas rebaptiser leurs enfants. A une lieue d'ici, j'en ai rencontré une bande qui portait la tête du curé de Saint-Julien au bout d'une pique.
Un hourra de malédictions s'éleva dans rassemblée.
— Ils veulent empoisonner les fontaines, brûler les granges, et mettre partout des huguenots à la place des catholiques. Il faudra être huguenot ou mourir de faim, vrai comme je vous le dis. Et encore ils ne vous croiront pas quand vous leur direz : Je suis parpaillot. Ils vous brûleront tout de même, sous prétexte que vous sentez le papisme !
— Bonne Vierge ! s'écria l'un des paysans, ils devraient au moins laisser les pauvres g;ens tranquilles et se contenter de brûler les moutiers.
— Hélas ! poursuivit Madeleine, ce que je vous dis n'est que trop certain. Ils ne veulent plus qu'il y ait de saints et de saintes dans la province. Ils vont détruire tous les réméages, pour nous empêcher , nous autres pèlerins, de gagner honnêtement notre vie. Ainsi, quand vos enfants auront la coqueluche, la rougeole ou toute autre maladie, quand il y aura des sécheresses, que les charançons se mettront au blé; quand il pleuvra quarante jours et quarante nuits, comme au temps du déluge; quand vous aurez des coliques ou la fièvre quarte, mes agneaux, au lieu de vous tirer
de peine, au moyen d'un petit rémëage à Notre- Dame d'Embrun, à Saint-Médard ou à Saint-Luc en Diois, bien le bonsoir! plus de pèlerine, plus de mère Madeleine; grâce à ces hérétiques, vous vous en tirerez comme vous pourrez; le soleil brûlera vos champs, la pluie noiera vos moissons, et la fièvre quarte vous étranglera.
Le tumulte était à son comble.
— C'est la fin du monde qui arrive pour le sur! dit un vieillard.
— Vous avez raison, voisin, répondit un des assistants; la fin du monde est justement annoncée dans mon almanach pour l'an de grâce 1562.
Tandis que la foule se livrait à mille commentaires aussi raisonnables sur les nouvelles qu'on venait d'apprendre, tandis que les uns parlaient de cacher au fond des puits leurs objets les plus précieux et de se retirer dans les châteaux; que les autres, en plus petit nombre, faisaient des p<'ojets de défense et songeaient à fortifier les portes du village, on entendit tout à coup retentira quelque distance un bruit semblable à celui du galop d'un cheval.
— Les voilà! les voilà! s'écria une voix au milieu de la foule; sauve qui peut!
A ces mots, une peur irrésistible s'empara de l'assemblée. Les femmes saisirent à la hâte leurs enfants dans leurs bras, et s'enfuirent dans toutes les directions en poussant des cris d'alarme; les hommes eux-mêmes, gagnés par la frayeur, et mettant de côté tout respect humain, ne tardèrent pas à les imiter en criant : Sauve qui peut I voilà les huguenots! Bientôt il ne resta sur la place que la pèlerine et Gaspard. Ce dernier avait mis l'épée à la main, et se dirigeait résolument du côté où il pensait que l'ennemi devait se présenter; mais il ne vit déboucher sur le préau qu'une espèce de paysan à la mine débonnaire, monté sur un âne et tenant sous le bras un livre relié en parchemin. C'était notre vieille connaissance Jérôme Gaschet, lequel venait, comme de coutume, donner sa leçon dans le village, et ne s'attendait guère à causer à ses amis un si violent effroi.
— Par le docteur Cachinnô! dit-il en s'avancant au petit trot, suis-je donc un Scythe ou un Lydien pour qu'on me reçoive de la sorte? De quoi s'agitil? Ah! c'est vous, belle Iris, messagère des dieux? ajouta-t-il en apercevant la pèlerine et en tournant . de son côté la tète de Pégase. Qu'est-il donc ad ven u ? On dirait la déroute de l'armée du roi Alexan- U, 20
^m . AYMÉ VERD.
der, telle qu'on la lit, sans doute, dans le tome V de l'Histoire des Mèdes; et voilà justement un jeune gentilhomme qui me semble aussi furieux que dut l'être le roi macédonien après sa défaite.
Dans un autre temps, et ce temps n'était pas éloigné, Gaspard eût pris gaiement cette aventure et les plaisanteries du pacifique Jérôme; mais les choses avaient bien changé. Il pria rudement le pédagogue de se taire, et de répondre seulement aux questions qu'il lui adresserait. Il lui demanda ensuite s'il avait rencontré quelque troupe de gens armés, où elle était, de quel côté elle portait ses pas ? mais Jérôme, arrivant d'un lieu où les nouvelles n'avaient pas encore pénétré, ne put rien répondre, si ce n'est qu'il venait de donner une leçon d'astronomie aux demoiselles de Jarniost, et que tout était tranquille dans le pays.
Pendant ce court entrelien, les paysans avaient eu le temps de revenir de leur terreur panique. Ils avaient reconnu Tescholier, et commençaient à repeupler la place. Le courage s'était même réveillé chez la plupart. Ils avaient couru aux armes; et bientôt on n'entendit plus de toutes parts que le bruit des faux qu'on martelait pour les rendre plus tranchantes, des piques dont on aiguisait
la pointe, et des escopettes dont on renouvelait la charge; le tocsin sonnait à ébranler les murs de l'église. Enfin les personnages les plus importants se réunirent et tinrent conseil pour élire un chef. L'embarras était grand. Il y avait, à la vérité, dans le village deux ou trois vieux soldats; mais aucun d'eux ne pouvait accompagner l'expédition, si ce n'est de ses bons conseils avant le départ et de ses vœux après, car ils étaient tous impotents et cassés par l'âge. Dans cette perplexité, l'un des campagnards aperçut le jeune archer, qui, debout au pied de la croix, contemplait avec une vive émotion les préparatifs des paysans. Le parti de l'assemblée fut bientôt pris. Les plus hardis, s'étant assurés auprès de maître Gaschet qu'ils avaient affaire à un gentilhomme catholique, s'approchèrent de Gaspard, leur bonnet à la main, et le prièrent de se mettre à la tète de la troupe.
— Et où voulez-vous aller? demanda l'archer qui, en entendant cette proposition , avait tressailli comme le coursier de l'Ecriture au bruit des clairons et des fanfares de guerre.
— Où vous nous mènerez, messire, répliqua Tun des paysans. Seulement on dit parfois chez nous qu'il vaut mieux aller chercher le loup dans le
bois que d'attendre qu'il soit dans l'écurie.
— Ainsi, reprit Tarcber, vous jurez de me suivre, et de ne faire ni grâce ni merci aux huguenots tant que vous serez avec moi?
— Oui, messire, dit l'orateur de la troupe, et nous ne vous quitterons que pour venir faire nos foins.
— Vous le jurez par vos saints patrons !
— Oui! oui! s'écrièrent les paysans. Mort aux huguenots! Vive monsieur de Montmaur!
Il ne s'agissait plus que de déterminer l'endroit vers lequel on se dirigerait. Les cloches, qu'on entendait résonner au loin dans la campagne, annonçaient que les paroisses voisines commençaient à s'agiter. Gaspard hésita un instant.
— Si vous voulez forcer la béte dans sa tanière, dit Madeleine, je sais bien où il faut que vous alliez, mes enfants.
— Et où cela ? où cela ? s'écria-t-on de tous côtés.
— Au château de Montmaur, sur le Riousset, dit la pèlerine. Le baron est bien le plus enragé parpaillot de la province; d'ailleurs c'est une maison que Dieu et la sainte Vierge n'aiment pas, j'en suis sûre.
— Taisez-vous, vieille folie! s'écria Gaspard en
frémissant. Partout, ajouta-t-il en lui-même, partout, excepté là !
Quelques instants après, la troupe, composée de trente hommes vigoureux et bien armés, s'éloigna en gardant un certain ordre, tandis que maître Gaschet, ayant tiré de la pèlerine les détails les plus minutieux sur ce qui s'était passé à Valence, s'empressait de porter à ses amis les grandes nouvelles qu'il avait vécues, nouvelles dont sa manière agréable de narrer doublait pour ainsi dire l'intérêt.
La nuit qui suivit la scène que nous venons de rapporter fut une nuit de trouble et de désolation sur toute la surface de la province. On avait eu le temps d'apprendre, même dans les vallées les plus reculées, la mort du gouverneur général et les excès qui avaient suivi cette sanglante exécution. C'était pour les protestants un signal longtemps attendu; aussi des feux allumés sur les montagnes témoignèrent-ils bientôt que de toutes parts on se disposait à répondre à cet appel. Les catholiques, surpris comme à l'improviste, alarmés de l'attitude menaçante des religionnaires, se tenaient sur le qui-vive et osaient à peine sortir de leurs demeures, dans les lieux où ils étaient en petit
nombre. Sur les points où ils formaient la majorité ils s'assemblaient en toute hâte; mais, trompés par des rapports mensongers qui leur exagéraient le péril, ils ne savaient quel parti prendre et restaient dans une pénible indécision. Cependant le tocsin ne cessa point de se faire entendre jusqu'au lever du soleil; sonné ici par les réformés, là par les catholiques , il allait glacer d'épouvante sous les voûtes les plus épaisses des gens accoutumés jusqu'alors à goûter les douceurs de la paix et du sommeil. La guerre civile venait de commencer.
Notre intention n'est pas d'empiéter sur le domaine de l'histoire et de paconter longuement cette lutte terrible qui couvrit de ruines et de deuil une des plus belles provinces de la France. Il nous suffira de dire que le Dauphiné ne fut bientôt qu'un vaste champ de bataille sur lequel les partis se livraient chaque jour des combats acharnés. La foi ou l'ambition avaient armé tous les habitants, depuis le gentilhomme jusqu'au pâtre des montagnes, et ceux même qui, par leur caractèie ou leurs habitudes, semblaient le moins disposés à endosser la cuirasse et à prendre l'épée en /Aain, se vdyafîent contraints d'arriver à ces exlré-
NOUVELLES INATTENDUES. Wl
mités fâcheuses pour défendre les portes de leur cité et le seuil de leur maison sans cesse menacés par des bandes dévastatrices. Les plus paisibles bourgeois se virent ainsi réduits à quitter la houppelande et le bonnet de laine pour la cotte de^ mailles et le casque de fer. On pense bien que ces braves gens, peu accoutumés aux veilles et aux fatigues, ne devaient pas faire d'excellents soldats. Ils avaient une grande propension à retourner dans leurs logis, pour voir si rien n'y était changé pendant leur absence. Ils n'aimaient guère à s'éloigner des murs de leurs villes ou de leurs bourgs. Aussi, comme ils appartenaient presque tous au parti catholique et en formaient la grande majorité, les calvinistes obtinrent d'abord les succès les plus éclatants. Les gentilshommes avaient presque tous embrassé, sinon les principes, au moins la cause de la réforme ; et comme la noblesse française, au seizième siècle, n'avait rien perdu de ses mœurs belliqueuses et de sa bravoure traditionnelle, il était difficile que les gardes bourgeoises et les garnisons des couvents lui résistassent d'une manière sérieuse. Le baron des Adrets, en se mettant à Id tête des réformés , avait entraîné avec lui une grande partie des légions, dont il était le colonel
511 ATHÊ VERD.
geDeral, et avait privé ainsi les catholiques des seuls défenseurs qu ils eussent pu opposer avec succès aux protestants. Il avait été, eu outre, rejoint par une toule d'aventuriers, d'anciens soldats, et par toule cette classe de gens que CicéroD appelle gens desperata, et qui ne voit dans les discordes civiles qu'un moyen de refaire une fortune compromise par l'inconduite et de folles dissipations. Ses forces , au comoiencement de la campagne, étaient donc bien supérieures à celles de ses adversaires; il avait d'ailleurs l'avantage de l'oflensive et pouvait diriger ses attaques sur les endroits mal défendus ou surprendre son ennemi par la promptitude de ses mouvements. Le duc de Guise, qui expliquait de la sorte les premières victoires des calvinistes, se flatta d'abord d'arrêter le torrent. H crut qu'il pourrait aisément réparer la perte qu'avait fait éprouver au parti catholique la défection de des Adrets, et que la présence d une armée royale suffirait pour amener à rési|)iscence les insurgés dauphinois ; mais il éprouva sur ces deux points une complète déception. François de Beaumont, baroD des .\drets, s'était élevé, par sa bravoure et sa belle conduite dans les guerres d'Italie, jus-
qu'au poste supérieur qu'il occupait en l'an 1562. Il avait acquis une grande réputation de fermeté par la manière dont il avait discipliné des troupes jusque-là indociles et remuantes. Ses ennemis eux-mêmes, et son caractère farouche lui en avait fait de nombreux , ses ennemis euxmêmes s'accordaient à le regarder comme un des meilleurs capitaines du roi de France; mais, dans la campagne qui venait de s'ouvrir, il devait surpasser leur attente et celle de ses partisans. Dans l'espace de quelques semaines il battit successivement tous les corps de troupes que le duc de Guise dirigea à marches forcées sur la province, emporta de vive force trente villes fortifiées et bien défendues qui avaient refusé delui ouvrir leurs portes, et, sans remettre son épée dans le fourreau, s'empara du haut et du bas Dauphiné, du Lyonnais, du Forez, du Velay, du Languedoc et de la Provence. Tels furent l'éclat et la rapidité de ses expéditions que le pape lui-même craignit un moment de le voir envahir l'Italie et menacer la religion romaine jusque dans la ville de Saint-Pierre. Cette crainte était sans doute exagérée, mais on pouvait tout attendre d'un homme qui, après avoir pris une ville d'assaut et gagné une bataille dans la même journée, marchait
toute la nuit pour aller, à dix lieues de là, renouveler le même prodige.
Cependant le baron, tout en battant les armées royales, s'intitulait encore gentilhomme ordinaire de la chambre du roi et ne rendait ses ordonnances qu'au nom de Charles IX pour la délivrance duquel les réformés prétendaient avoir pris les armes. Il n'était donc pas rare de voir la même ville rançonnée le matin par les catholiques pour les besoins de Sa Majesté Très-Chrétienne, et le soir, pour le même motif, parles compagnies de la réforme. Les catholiques, en effet, malgré les succès rapides de des Adrets et les nombreux échecs qu'ils avaient éprouvés, n'avaient pas perdu courage. Ils obtenaient souvent des avantages partiels, et, soutenus par l'enthousiasme qu'excitent à un si haut degré, dans les temps de crises religieuses, la persécution et la violence, se retrouvaient pour ainsi dire aussi forts et aussi ardents après la défaite qu'ils eussent pu l'être après la victoire.
La lutte se prolongea ainsi pendant plusieurs mois, sans qu'il fut possible d'en prévoir l'issue. Les places, prises et reprises, saccagées tour à tour par les deux partis, voyaient tomber leurs remparts et décimer leur population. Les prisonniers,
que le droit des gens fait respecter dans les guerres les plus acharnées entre des nations rivales, étaient massacrés sans miséricorde. Les campagnes étaient dévastées, les moissons coupées en herbe et données en pâture aux bétes de somme. Il semblait qu'on voulût exterminer par la famine les habitans que le fer avait épargnés. Le baron des Adrets avait, il faut le dire, donné, le premier, rexe«iple de semblables barbaries. Il se montrait inexorable envers les catholiques qui tombaient entre ses mains, et laissait partout où il passait des traces plus terribles cent fois que celles que pourrait laisser le plus affreux ouragan. Aujourd'hui encore, après trois siècles écoulés, ces traces sont marquées sur les monuments ou dans la mémoire des hommes; et quand les paysans de la province veulent effrayer leurs enfants indociles, ils ont coutume de leur crier dans leur patois : « Prends « garde, malheureux, voilà le Baron ! »|
Mais il est temps de retourner aux personnages qui ont occupé jusqu'à présent la première place dans notre narration , et de voir quel rôle ils jouèrent dans cette longue et douloureuse tragédie. Nous ne les avons pas plus oubliés pendant cette digression que le machiniste du théâtre de
Drury-Lane n'oublie ses acteurs favoris, tandis qu'il déroule au fond de la scène les toiles qui représentent le ciel orageux de la Tempête ou les sombres voûtes du monastère de Roméo et Juliette,