II
— Eh bien ! parlons d'abord raison, reprit le fils du pontonnier. Tu as deviné juste, j'ai découvert l'archer, et je le tiens dans mes mains comme je tiens cet argent que voilà.
— Vrai? dirent les aventuriers.
— Foi de Philibert! et je vais vous dire comment. Vous savez que le diable d'homme nous a glissé entre Içs doigts toutes les fois que nous avons été sur le point de nous débarrasser de lui; vous savez qu'il a déjà tué le grand Thibaut qui le serrait de trop près, et qu'il a blessé le comte lui-même à la journée de Saint-Didier; vous savez enfin que, depuis un mois, il nous a échappé entièrement, et que nous n'avons pu le rejoindre. Nous nous imaginions qu'il fuyait le vieux Sassenage et notre vaillante troupe; eh bien ! il faisait juste le rebours. Pendant tout ce grand mois, il n'a guère été occupé qu'à courir après le comte, auquel il voudrait dire deux mots, à ce qu'il paraît. Mais il suffit qu'on cherche une chose pour qu'on ne la trouve pas. Quand j'étais colporteur, je ne tenais guère à voir les douaniers; miséricorde ! j'en rencontrais à chaque pas. En revanche, j'aurais bien voulu voir la mine de quelques
chalands, mais ils fuyaient devant ma balle comme le chien de Jean de Nivelle.
— Et le jeune homme? dit Contran.
— Le jeune homme? il court après le comte, comméje vous l'ai dit. Je l'ai vu, de loin^ bien entendu, se jeter au milieu d'une affreuse mêlée, et se faire jour à travers mille morts jusqu'aux bagages de l'armée huguenote, sur la seule nouvelle que messire François de Sassenage commandait le corps de réserve.
— Ainsi, dit le bon larron en vidant son verre, ils paraissent se porter tous les deux un grand intérêt, et désirent vivement une entrevue.
— Oui, mes amis, dit Philibert; aussi j'ai pensé qu'il était de mon devoir de tout disposer pour que cet entretien eût lieu le plus tôt possible. Je suis allé trouver l'archer, qui, grâce à mon habit, m'a accueilli à merveille, et m'a même demandé ma bénédiction. Ma foi, comme dit mon père, c'est une belle chose que la piété; tant pis pour ceux qui n'en ont pas. Tant y a que j'ai proposé à ce brave garçon de le conduire par le chemin le plus court sur la piste du comte de Sassenage, et que je lui ai donné rendez-vous pour ce soir, dans ce même cabaret où nous buvons à cette heure.
'àu — Sapredié! s'écria Gonlran, voilà la nouvelle la plus agréable que j'aie reçue depuis mon premier rendez-vous galant. L'affaire de Beauséjour me pesait sur le cœur, et il me tardait d'en tirer vengeance.
— Cela vous sera d'autant plus facile, capitaine,^ dit Philibert, que le jeune homme sera seulj ou tout au plus accompagné d'un valet.
— Et quelle route allez-vous prendre? demanda Contran.
— Nous gagnerons les bois de Parnans, comme si nous allions à Saint-Donat, où j'ai annoncé que le vieux Sassenage était en ce moment. Mais il est temps que vous partiez, mes enfants; car, s'il arrivait, il pourrait bien vous reconnaître. Allons! vidons encore cette bouteille, et adiousias, comme disent les Provençaux. Si vous voulez ma bénédiction, je vous la donnerai volontiers.
— Non, garde-la, dit le bon larron; ça ne porte pas bonheur de jouer aVec ces choses-là.
Bientôt les deux aventuriers eurent vidé leurs verres, et ils allaient s'éloigner, lorsque Contran se rappela qu'il ne s'était pas encore acquitté de toutes les commissions dont l'avait chargé le comte.
— Révérend père, dit-il en se rapprochant de Philibert et en baissant la voix, j'oubliais de vous duatfLue vous trouverez cinq cents beaux ducats -Châtel, quand vous y porterez certains que votre vieux coquin de père a cachés lit où, et dont...
i'est bien, c'est bien! dit Philibert; laissezmoi faire, que diable! tout viendra en son temps. Mais on ne peut pas être à la fois au four et à la fontaine.
Les bandits vidèrent encore un pot, et gagnèrent ensuite au large, en affectant le ton libre et dégagé des soldats catholiques. Quant à Philibert, il tira un gros chapelet de sa poche, et, tout en rêvant aux douces faveurs dont le comblait son étoile, se mit à réciter dévotement ses pate-nôtres. 11 y avait environ une heure que le prétendu moine se livrait à ce pieux exercice, lorsque Aymé Verd entra dans la taverne, accompagné de son domestique Genest. Le jeune gentilhomme ne portait plus le simple uniforme des archers de la Compagnie noire; il avait une mise plus brillante,^ et qui annonçait le rang auquel il s'était élevé pendant le cours de la campagne, car il avait su s'attirer l'estime des chefs de l'armée catholique
en déployant toutes les qualités qui doivent distinguer l'homme de guerre, et n'avait pas tardé à obtenir le commandement d'une légion. Aussitôt qu'il eut mis le pied dans la salle enfumée du '^ibaret, il jeta un regard rapide sur les bu\ pour découvrir le guide qui lui avait donné, ' dez-vous. Sa figure mélancolique trahit un vif sentiment de plaisir lorsqu'il aperçut le moine assis dans un coin obscur de l'appartement.
— Que Dieu vous garde, mon frère, lui dit-il eà l'abordant. Êtes-vous prêt à partir? Le jour commence à tomber; nous pouvons nous mettre en route.
— Quand sa seigneurie le voudra, répliqua le moine en prenant sa besace et en se levant; mais soyez tranquille, nous arriverons toujours assez tôt.
Les trois voyageurs, après être sortis de la ville, se dirigèrent du côté du couchant, et ils eurent bientôt laissé loin derrière eux les murs de Saint- /Marcellin. On était au mois de mai ; la soirée était douce, le ciel pur, et une brise légère, venant du nord, agitait seule le feuillage des arbres. Le moine, charmé du spectacle qu'il avait sous les
yeux, ne put s'empêcher de faire tout haut quelques réflexions.
— Sainte Vierge ! dit-il, les hommes sont bien fous de ne songer qu'à se battre et à se couper la gorge par un temps comme celui-là. Ne feraientils pas mieux de vivre en paix, et de jouir des biens que Dieu leur donne en si grande abondance? Mais, que voulez-vous? ces coquins de huguenots se battent justement pour ne plus danser le dimanche, ne plus avoir de fête pendant la semaine, et ne plus rire de toute l'année. Ils prennent pour aller en enfer un chemin cent fois plus rude que celui qui de toute éternité a mené en paradis.
— Mon frère, dit Aymé, qui était préoccupé d'idées trop sérieuses pour que les plaisanteries de son guide pussent lui convenir, avez-vous des nouvelles de l'armée des religionnaires ?
— Il paraît, messire, répliqua le guide, que cette bête féroce de des Adrets a repassé le Rhône, après avoir saccagé le Forez depuis Pierre-sur-Haute jusqu'au mont Pila. Il a pris d'assaut la ville de Romans, et a fait passer la garnison au fil de Tépée. J'ai même entendu racontera ce sujet une histoire qui vous ferait dresser les cheveux sur la tête si je vous h\ racontais.
— Quelque nouvelle cruauté? dit Aymé Verd.
— Mieux que cela, messire, reprit le moine. Figurez-vous que le baron, Dieu le récompense! a fait emplir une cuve du sang des catholiques. Cela ne lui a pas été difficile, car le sang coulait dans les rues comme l'eau du ciel après une averse. Puis, quand la cuve a été pleine, il a fait venir ses deux fils, et les a fait baigner devant lui, le scélérat! oui, messire, il les a fait baigner dans le sang!
— Juste ciel! s'écria Avmé avec horreur. Etes-
VOUS bien sur de ce que vous dites, mon frère? Quand on accuse un homme d'un pareil crime, il faut y regarder à deux fois, même quand cet homme est notre ennemi.
— Oh! repartit Philibert, qui ne croyait pas manquer à son rôle de moine en témoignant le plus grand mépris pour le chef des religionnaires, vous pouvez m'en croire, messire, il y a des gens qui sont si noirs, qu'on ne pourrait les noircir davantage avec toute la fumée de l'enfer.
Aymé ne jugea pas à propos de continuer l'entretien. Il n'avait point oublié qu'il avait servi sous les ordres du baron des Adrets, et qu'il lui avait voué longtemps une estime sincère. Il supportait donc avec peine la pensée des excès dont
cet homme étrange se rendait coupable chaque jour. Après avoir prie le moine de garder pour lui ses confidences, il baissa la tête, et s'abandonna à ses propres réflexions, tandis que PhiHbert se rapprochait de Genest, avec l'espoir de trouver en lui un auditeur plus complaisant.
Les trois voyageurs cheminèrent ainsi jusqu'à la nuit close, sans rencontrer personne sur leur chemin; car la campagne était peu sûre^ et l'on
ne s'y hasardait pas volontiers. La plupart des paysans de la contrée avaient pris les armes. Leurs familles, laissant les champs incultes, s'étaient réfugiées dans les bourgs fortifiés et dans les villes, où elles étaient moins exposées qu'au milieu des solitudes, ouvertes désormais à toutes les bandes qui voudraient les piller. Aussi les métairies, remplies naguère de valets et de troupeaux, étaientelles mornes et silencieuses. On ne voyait plus à l'entrée des basses-cours d'activés ménagères distribuant le blé aux poules ou trayant les vaches. Presque partout les battants des portes et les châssis des fenêtres avaient été brûlés par les soldats en maraude, et il était rare de rencontrer une habitation qui ne présentât pas des traces semblables à celles que laisse après lui l'incendie. Les champs
n'offraient pas un moins douloureux spectacle. Ils étaient couverts de ronces et de chardons, et Ton voyait errer ça et là, au milieu de ces plantes stériles, les animaux domestiques, rendus à une triste liberté.
Mais Aymé Verd était trop habitué à de pareils tableaux pour être frappé de celui qu'il avait sous les yeux. Il avait d'ailleurs dans ses propres destinées assez de sujets de méditation pour n'en pas chercher de nouveaux dans les accidents de la rou te. Malgré la ferme résolution qu'il avait prise, malgré sa vigilance pendant la guerre, il n'avait pas encore réussi à remplir le devoir sacré qu'il s'était imposé. Il devait donc éprouver une vive émotion en songeant que chaque pas qu'il faisait versSaint- Donat le rapprochait du comte, et qu'il allait enfin se trouver face à face avec son plus odieux ennemi, sans que celui-ci put espérer aucun secours, si ce n'est de son bras et de son épée. Philibert, en effet, avait donné à entendre que François de Sassenage était retenu pour quelques jours à Saint- Donat par une aventure amoureuse, circonstance qui devait paraître assez vraisemblable, si Ion consultait les habitudes du vieux gentilhomme.
La vengeance n'était pas, du reste, l'unique su-
jet des préoccupations d'Aymë Verd. Sa pensée, se tournait souvent, malgré lui, vers le château de Montmaur, comme l'aiguille de la boussole se dirige vers le pôle, malgré les efforts de Tenfant qui lient dans sa main l'instrument mystérieux. Il s'était cru assez fort pour chasser de son esprit le souvenir de Blanche; mais l'impression qu'avait produite sur lui mademoiselle de Sassenage était trop profonde pour que le temps pût l'effacer. Il avait beau se dire qu'il ne devait plus la revoir, et qu'il fallait par con^quent l'oublier, le nom de Blanche venait expirer sur ses lèvres , sans que sa volonté entrât pour rien dans cet hommage rendu à une amie absente. Lors même qu'il réussissait à se cacher à lui-même les sentiments secrets de son cœur, ils se faisaient encore jour au dehors, et contribuaient à épaissir le voile de tristesse qui couvrait son visage.
Après ces courtes confidences sur la situation morale de notre héros, nous n'aurons pas besoin de dire qiiel était l'objet de ses rêveries au moment où il entra avec ses deux compagnons dans la forêt de Parnans. Il avait ralenti le pas de sa monture, afin que son guide pût le suiv^e, et promenait ses regards distraits sur les bois, que
]a Jiine éclairait au loin d'une fueur douteuse. Cette vue lui rappela bientôt la nuit qu'il avait passée avec la jeune fille sur la montagne de Saint- Chaffray, et il ne put s'empêcher de pousser un soupir. Mais, au même instant, son attention fut éveillée par un hennissement qui se fit entendre à quelque distance; un bruit sourd, qu'il reconnut aussitôt pour celui que fait en marchant au pas une troupe de cavaliers, arriva presque en même temps jusqu'à ses oreilles.
— Hum, hum! murmura Philibert en s'arrêtant tout à coup, seraient-ce nos gens? Je ne les attendais pas de si bonne heure. Qu'ils n'aillent pas, au moins, me prendre pour l'aumônier de ce petit gentilhomme, et me faire un mauvais parti. Foi de Philibert! ils en seraient bien capables, ne fût-ce que pour me soulager de ma bourse, qu'ils croient trop pesante; et ce roué de Contran...
L'honnête guide n'acheva pas, car un spectacle inattendu venait de frapper ses yeux. A travers les arbres de la forêt et à la faveur du crépuscule, on apercevait des formes blanches et sveltes, semblables à des ombres, et qui s'avançaient lentement, tandis que le vent faisait flotter les voiles dont elles étaient enveloppées. Elles étaient en
assez grand nom])re, et défilaient une à une devant les voyageurs en murmurant à demi-voix un cliant doux et plaintif.
— Par Notre-r3ame des Neiges! s'écria Genest en faisant ie signe de la croix, car il était aussi superstitieux que pouvait l'être un montagnard dauphinois, les voyez-vous, frère Philibert? Je gage que ce sont les esprits des gens tués pendant la guerre sans avoir reçu l'absolution. Qu'en pensez-vous, messire? ajouta-t-il en se rapprochant de son maître. Où diable nous cacher? Sainte Vierge! si vous vouliez leur porter un coup de pointe, vous les perceriez d'outre en outre sans leur faire le moindre mal. Autant vaudrait se battre contre le brouillard. J'ai même entendu dire qu'ils n'ont qu'à vous toucher du bout du doigt pour vous glacer de la tête aux pieds, comme si vous aviez passé une nuit d'hiver sur la cime du mont Pelvoux.
— Etes-vous fou, camarade? dit Philibert, qui avait d'abord tremblé de tous ses membres en apercevant les fantômes, mais qui, après un nouvel examen, avait cru reconnaître dans le costume de ces esprits errants celui des religieuses de l'oidre de Saint-Bernard. A la façon dont vous parliez
tout à l'heure de l'espadon et de la manière de s'en servir, je vous aurais cru plus de sang-froid et de courage; mais, comme dit mon père, une tonne vide fait plus de bruit qu'une tonne pleine.
— Laissez-les passer, frère Philibert, répliqua Genest, laissez-les passer, et je vous apprendrai à connaître votre monde; nous verrons si vous savez faire aussi bon usage de votre bâton que de votre langue. Qui croyez-vous donc que soient ces fantômes, vous qui n'avez peur de rien?
— Mon ami, répliqua Philibert, vous avez devant vous des êtres vivants aussi bien que vous et moi. Gomme dit la chanson,
Ce sont des nonnes Qui ne marchent que de nuit Et qui ont grand crainte De ce méchant comte Ory.
Oui, ma foi! ce sont des Bernardines qui n'ont pas trouvé les murs de leur couvent assez épais ou la porte assez solide, et qui gagnent tout doucement les quartiers de l'armée catholique, où je souhaite qu'elles soient plus en sûreté que dans leurs nonnières; car, comme dit mon père, les brebis n'échappent au loup que pour être ton-
dues par le berger. Mais, tenez ! compagnon, ne les entendez-vous pas chanter les litanies? On dirait qu'elles vont rendre Pâme, ces chères filles. Oh ! il ne faut pas s'y prendre; laissez-les seulement arriver derrière une bonne grille, et elles feront autant de vacarme que les oiseaux qu'on lâche à la Saint-Jean dans l'église de Notre-Dame à Grenoble. On pouvait distinguer, en effet, dans le chant des voyageuses nocturnes, les paroles et le rhythme des Litanies de la Vierge. Une seule des voix psalmodiait l'invocation, et les autres voix répondaient ensemble : Ora pro nobisî mais sur un ton si bas, qu'on eût dit, à les entendre, les sons d'une harmonie lointaine. Aymé Verd, qui avait arrêté son cheval, écoutait avec un profond recueillement les accents des pieuses filles. S'il nous était permis de nous servir ici d'une expression empruntée au langage des poètes, nous dirions que cette mélodie si simple ressemblait moins à un bruit de la terre qu'à un écho affaibli des concerts du ciel. Il faut l'avoir entendu répéter par les processions de village qui parcourent en France les campagnes à certains jours de fête, pour se faire une idée de l'impressio^iqu'éprouvalejeune gentilhomme pendant quelques minutes; mais une circonstance à
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laquelle il était loin de s'attendre vint encore augmenter son trouble. Au moment où Tune des religieuses passait auprès de lui en chantant, il crut reconnaître le timbre pur et sonore d'une voix qui lui était familière. Au même instant, la religieuse tourna la tête de son côté, la brise entr'ouvrit le voile blanc qui lui couvrait le visage, et Aymé Verd sentit son cœur battre avec violence. Il lui sembla qu'il venait d'apercevoir à la douce lueur de l'astre des nuits les traits de mademoiselle de Sassenage. Par un mouvement involontaire, il fit un pas en avant pour s'approcher de la jeune fille; mais déjà le voHe s'était baissé, et la religieuse se perdait au milieu de ses compagnes. Aymé Verd, aidé sans doute par cette perspicacité, ou, si l'on aime mieux, cette seconde vue dont sont doués les amants, crut bien la distinguer encore à la souplesse de sa taille et à la giâce de sa démarche; mais il n'osa la suivre, et il demeura immobile à la même place, surpris et charmé à la fors de la rencontre qu'il venait de faire. Il ne s'attendait guère à rencontrer mademoiselle de Sassenage dans un lieu semblable et sous le costume qu'elle portait. Il Tavait crue jusqu'à ce moment renfermée dans le château de Montmaur
auprès de sa \'ieille tanle, et se demandait par quel singulier hasard elle se trouvait au milieu de ces nonnes fugitives. Mais il n'eut pas le temps de répondre à cette question et à celles qiri se présentèrent en foule à son esprit; car la dernière des religieuses venait de passer, et une troupe de cavaliers, qui leur servait sans doute d'escorte, s'avançait sur leur trace en retenant à grand'peine les chevaux impatients de la lenteur (^ la marche. Les soldats étaient au nombre d'environ cinquante, et portaient sur leurs pourpoints de cuir de larges croix, blanches, qui les faisaient aisément reconnaître pour des catholiques. Leur chef marchait en avant à côté de la mère abbesse, montée sur un palefroi , et l'entretenait avec une sorle de courtoisie. C'était un homme de haute taille, et dont le costume devait paraître singulier même dans ces temps de désordre, où chacun s'accoutrait à sa guise et suivant les faveurs de la fortune. Il était vêtu de fer de pied en cap, comme les anciens chevaliers : un vieux heaume rouillé couvrait sa tête et son cou, d'énormes cuissards s'étendaient sur ses jambes ; ses mains, armées du bouclier et de la lance, étaient garnies de gantelets d'acier; eu un mot, il avait une armure com-