‹ Aymé Verd, roman inédit De Sir Walter ScottChapitre 18 sur 93 · FE ME · texte numérisé non relu

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semblaient mettre mal à l'aise. — Bah! reprit M. de Jarniost, vous serez dame de Montmaur avant la Noël prochaine, c’est moi qui vous le dis, et alors, ajouta le bon seigneur en souriant, je n’assurerais pas qu’on ne vit les cierges s’allumer bientôt à Beauséjour, car un mariage n’a jamais lieu dans le pays sans qu’on autre le suive de près. — On dit aussi cela des malheurs, messire, répondit la jeune fille en baissant les yeux sur son ouvrage.

En ce moment, le bruit du cor et de la meute se fit entendre dans la cour. M. de Jarniost présenta aussitôt ses devoirs aux dames et descendit quatre à quatre les escaliers afin d’aller au plus tôt faire connaissance avec ses gendres futurs, qu’il n'avait pas encore vus, mais dont il avait conçu la plus haute opinion. Sur le perron, le premier qui s’offrit à sa vue fut Aymé Verd. Il le considéra avec attention, et croyant le reconnaitre à des traits de famille, il lui sauta au cou et l’embrassa avec effusion. L’archer, un peu surpris de cette accolade, se débarrassa avec effort de létreinte du vieillard, et lui demanda poliment ce qui lui valait de la part d’un inconnu de si vives marques de tendresse.

— Eh! vive Dieu! mon cher Gaspard, s’écria M. de Jarniost un peu attendri, vous ne vous rappelez pas le sire de Beauséjour qui vous tenait sur ses genoux quand vous n’éliez encore qu’un enfant? Vous ne vous rappelez pas Sigolène, cette jolie petite fille avec qui vous batifoliez dans les prés autrefois? — Ïl y a là une erreur, dit Aymé Verd ; je ne suis point celui que vous croyez. — Comment donc! re-

prit messire Josserand, vous voulez rire. À coup sûr, je ne me trompe pas; je vous aurais reconnu au milieu de toute voire compagnie, car vousêtes, sur mon âme, le portrait vivant de votre feu oncle, Ponce IV de Montmaur, lequel est mort, comme vous le savez, dans les campagnes de Flandre.

Aymé Verd eut beaucoup de peine à persuader au bon gentilhomme qu’il se trompait. Il no fallut rien moins pour le tirer d’erreur que l'attestation de Gaspard lui-même et celle de son frère Renaud. Mais enfin chacun reprit ses droits, et messire Josserand ne songea plus qu’à disposer favorablement les archers à la grande affaire qu’il espérait d’avoir à traiter bientôt avec eux. Enfin, après les avoir tenus longtemps debout an milieu de la cour malgré le froid assez vif de l'atmosphère et la lassitude qu'ils devaient éprouver à la suite d’une longue excursion dans les montagnes, il allait s'éloigner lorsque Renaud l'invita à une partie de chasse qui devait avoir lieu le surlendemain. Les chamois étaient arrivés, le vent était propice, et tout promettait une belle campagne. On pense bien que le sire de Beauséjour ne se le fit pas dire deux fois; seulement, il se rappela aussitôt et fit remarquer au baron de Montmaur que c'était la coutume dans le pays que les dames assistassent à cette chasse de la mi-novembre. Il promit en conséquence d'amener ses deux filles dès le lendemain au matin, et partit le cœur léger, le pied leste, croyant déjà entendre à ses oreilles le son des cloches qui annonçaient à la contrée le double mariage de Sigolène et de Gunégonde. Nous devons dire

AYMÉ VERD. 197 qu'Aymé Verd n’était pas moins joyeux que lui, car l'impossibilité de parler à Blanche n’avait fait qu'ir-

À riter sa curiosité, et il se flattait intérieurement de { pouvoir joindre la jeune fille au milieu du désordre * inséparable d’une grande chasse.

Tels furent les simples événements qui eurent lieu } à Montmaur pendant la première semaine du séjour Z qu'y rent nos deux amis. Nous devons ajouter, ce- D pendant, que le soir même de la visite de M. de Jar- M niost fut marqué par l’arrivée d’un personnage plus important, avec lequel nous allons nous trouver dans D le chapitre qui suit.

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