‹ Aymé Verd, roman inédit De Sir Walter ScottChapitre 3 sur 93 · ET · texte numérisé non relu

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des voyageurs l'attendaient de l’autre côté du fleuve.

I! frappa du poing sur la table avec colère : Morbleu! dit-il, on n’est jamais tranquille chez soi. Is viennent me déranger, juste au moment où je suis en train de me soulager un peu avec un ami. Depuis quarante ans que cette cloche sonne à mon oreille, j'en ai la tête fatiguée. Si encore ils étaient une douzaine là-bas à m’attendre; mais je suis sùr que c’est quelque gueux à besace qui marchandera son passage, et me fera user ma traille, pour un méchant denier.

Tout en faisant ces réflexions, Bruno quitta sa place, et, soulevant le châssis de papier huile qui garnissait la fenêtre, jeta les yeux vers l’autre rive du Rhône. Mais le brouillard était si épais qu'il lui fut impossible de distinguer les personnes qui pouvaient, eo ce moment, reclamer ses services. Cependant la cloche tintait Loujours, et avec une violence qui annonçait suffisamment l’impatience des voyageurs. Sonne, sonue, dit le pontonnier en fermant le châssis, et en revenant s'asseoir en face du bachelier, qui ne put s'empêcher de rire, en pensant à ce qui lui était arrivé à lui-même le matin. Sonne, sonne; si tu casses Jeannette, Lu la paieras. Ne vous dérangez pas, jeune homme.

Placide n'avait pas besoin de cette recommandation. Il ne restait plus de l'anguille que les arêtes; mais la cruche n’était pas encore épuisée, et le fromage de Sassenage répandait dans l'air son fumet appétissant.

— Vous mangez de bon cœur, messire, reprit

l'hôtelier. Que je voudrais donc que Philibert fût là, pour vous tenir têle, dussiez-vous à vous deux manger la barque. — C'est aujourd'hui vigile et jeùne, maitre Bruno, répliqua le bachelier; je ne dois prendre que le necessaire. Mais soyez tranquille, si je passe jamais chez vous un autre jour, je ferai plus d'honneur à votre repas. — Ce drôle de Philibert, reprit le pontonnier, sans s'inquiéter de l'interruption du clerc, où est-il à présent? Voilà au moins six mois que je ne l'ai vu. Ah! si ce n’était le dernier de mes trois fils, je ne m’en soucierais guère. Mais il est bien cruel, à mon âge, de vivre seul, comme un loup, quand on à un grand fils qui pourrait vous tenir compagnie. À l'heure qu’il est, il prendrait les rames et irait chercher les passagers qui s’impalientent là-bas. Au lieu de cela, il court les grandes routes, sous prétexte de faire le commerce. Un beau commerce! Il fait la contrebande; quelque jour on viendra me dire qu'il a été pendu à Grenoble ou ailleurs. Mais quoi qu’il arrive, il peut être sùr qu’il n'aura rien de moi. Je ne déperiserai pas un sou pour le tirer des mains de la justice, et, avant de mourir, je vendrai mon bac, j'en donnerai le prix aux pauvres, ou plutôt je ferai dire des messes pour mon âme. — Ah! dit le bachelier, vous ne pouvez mieux faire, maitre Bruno. Quoique les théologiens soient divisés d'opinion à cet égard, j'ai toujours soutenu qu’il fallait preferer l'Eglise à sa famille. L'Eglise est la trésorière des pauvres, et fait toujours bon usage des fonds qu’on lui lègue. — Tenez, s’il faut vous le dire, continua l’hôtelier, ce sont les parpaillots qui

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