XX VII LE MESSAGE DE LA REINE
Cet homme, monseigneur, vient de la part du roi. SHAKSPEARE.
Le comte de Sassenage, ayant rejoint maître Landry, mit son cheval au pas, et les deux voyageurs marchèrent quelque temps à côté l’un de l’autre sans s'adresser la parole. Le veneur cheminait Ja tête basse et le canon de son arquebuse dirigé vers la terre, tandis que le vieux gentilhomme, le poing sur la hanche, fredonnait à demi voix une chanson à boire. Il y avait dans la gaieté de ce dernier plus d’affectalion que de véritable insouciance. En effet, après quelques minutes de marche, il ne tarda pas à inter-
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rompre sa chanson et à prendre un air chagrin qui semblait mieux convenir à son âge et à sa figure que cette joie maligne et goguenarde qui, d'habitude, animait sa physionomie.
Ainsi, dit-il en poussant un soupir, tu as manqué ton coup! — Oui, messire, et deux fois, répondit le veneur. — Maladroit! reprit le comte. Jamais nous ne retrouverons une si belle occasion. — Eh! dit Landry, que voulez-vous faire contre un homme qui a tous les esprits de la montagne à ses ordres? — Qu’entends-tu par là, imbécile ? Est-ce que tu commences à radoter? — Non! non! répliqua le veneur, j'en suis bien sûr. Lorsque nous sommes arrivés au Pas de Miséréré, l'esprit du vertige a soufflé sur les nuages qui cachaient la lune, il a fait tournoyer l’abîime devant mes yeux ; il s’est mis à bourdonner à mes oreilles, et... — En un mot, tu as eu peur, dit le comte. — Non! mille fois non! s’écria Landry, car j'ai levé la main, j'ai poussé le jeune homme, je l'ai vu tomber, j'ai entendu son cri dans le précipice; et cependant, lorsque je suis arrivé sur la plate-forme, il était là, debout, les bras croisés, me regardant avec le sourire sur les lèvres, comme vous le faites en ce moment.— Qui donc, l’esprit? demanda le comte en ricanant. — Le jeune homme, le jeune homme, répondit le veneur. Riez tant que vous voudrez, messire, je ne vous servirai pas d'écho. — Enfin, reprit le comte, tu prétends que ce bon ou ce mauvais génie a arrêté notre homme dans sa chute, comme l'oiseau arrête une mouche dans son vol, et l’a déposé sain et sauf sur la montagne. — Oui, messire; et il ne s’est
AYMÉ VERD. 6) pas borné à cela. Je l'ai vu de mes propres yeux faire signe au jeune homme et l’attirer sur ses pas. Il était suivi d'un nain qui sautait au clair de lune, comme on dit que sautent les gnomes et les farfadets. — Peste! dit le comte, tu as vu tout cela par le menu. Mais comment était donc fait ton esprit ? Apprendsmoi cela, afin que je puisse le reconnaitre si jamais nous nous rencontrons. — Il était plus léger que l'air, et ses pieds touchaient à peine la terre. La rosée de la nuit brillait dans ses cheveux, et l’on voyait sousson manteau passer les bords d’une robe blanche. — Pâques-soles! dit le comte, je gage que c’était une femme. — Une femmel dit Landry en levant les épaules. Je l'ai cru un moment et me suis mis à leur poursuite; mais au moment où j'allais les atteindre, le jeune homme, l'esprit et le nain, tout a disparu dans la terre. — Cela est étrange! se dit le comte à lui-même. Quelle pouvait être cette femme?
Tandis que M. de Sassenage cherchait à s'expliquer d’une manière naturelle les événements que Landry venait de rapporter, celui-ci murmurait entre ses dents :
Vicil incrédule! vieux damné! Aussi vrai que tu es le diable en personne, c’était un esprit. Quel autre qu'un esprit aurait pu le sauver? Qui aurait pu dire mes projets à ce brutal de Genest et lui aurall COnseillé de détourner mon arquebuse? Qui donc enfin l'aurait tiré des griffes de l’ours? — Ainsi, reprit tout haut le comte, on a transporté l’archer à Beauséjour, et, à part quelques légères blessures, ilse porte aussi bien que si nous n’avions pas pris la peine de
nous occuper de lui, Ventrebleu ! j'espérais pourtant d'être débarrassé de cette affaire qui me pèse sur le cœur, et m'empêche de songer à des choses plus sérieuses.
— Plus sérieuses, répéta le veneur. Vous ne dites pas votre pensée , messire; mort ou vif, cet enfant vous Causera toujours plus de souci que les Guise, l’Italienne et le parlement. Tenez » Si vous m'en croyez, nous le laisserons tranquille. Je l'ai fait causer cette nuit, tout en cheminant, et je puis vous Assurer qu'il né se doute pas de sa naissance. —Triple sot! ’imagines-tu qu’il Laurait choisi pour confident d'un secret de cette importance? Moi, je te dis qu’il en sait assez pour te faire pendre et t’envoyer voir par tes yeux ce qui se passe dans l’autre monde, un peut plus tôt peut-être que tu ne le désirerais. — Et quelle preuve en avez-vous? — Plus d’une! dit le comte. Et d’abord ne t'ai-je pas parlé déjà du baron de Rochelerpt? — Le baron de Rochelerpt? dit Landry en passant la main sur son front. Oui, il me semble que je connais ce nom-là. N'est-ce pas un de vos amis ? — A peu près comme l’ours de la montagne est lami du chasseur qui veut lui enlever ses petits, répondit le comte. Mais, ajouta-t-il, à quoi bon te parler de ces choses-1a? Tu n’es plus un homme, Bombardon; tu vis au milieu des fantômes, des apparitions et des fées; tu es venu au monde sans cœur, el voilà qu'à présent tu n’as plus de cervelle, et que la mémoire même t’abandonne. — Excusez-moi, messire, dit Landry en regardant de travers Son Compagnon de route; j'ai encore assez de
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mémoire pour me souvenir du bien que vous m'avez fait, et assez de cœur pour vous aimer comme vous méritez de l'être; mais passons! Où voulez-vous en venir? — Je te disais donc, reprit le comte, que le baron de Rochelerpt, autrement dit le père du jeune homme, était dans ce pays. — Dans ce pays! dit Landry en frissonnant. Et que vient-il y faire? — Voilà la question, dit le vieux gentilhomme. Que vient-il y faire? C’est la première fois de sa vie qu’il passe l'hiver loin de ses vallées. Il rôde autour du château comme un loup affamé qui veut entrer dans une bergerie. Avant-hier il a couché dans la hutte d’un paysan, à la Roche-du-Loup. — A la Roche-du- Loup? dit Landry en pâlissant. — Sais-tu qui demeure là ?— C’est un papiste, dit le veneur, un ancien serviteur du château, du temps de l’autre... — Pâques-soles ! il faut marcher avec précaution; le terrain brûle sous nos pieds. Le vieux drôle serait capable d'aller chercher des témoins jusque sous le rocher où l’autre repose. Quoi qu'il en soit, il a couché hier chez Pierre Marcou, qui fut chassé du chàteau, il y a quinze ans, pour avoir répété aux oreilles de Jean de Montmaur la sotte histoire de dame Monique.
— S'il va chez le curé, dit Landry, tout est perdu. Ce vieil Eustache Bénévent, qui n’a que la mort sur les lèvres et qui est toujours prêt à rendre l’âme, semble vivre tout exprès pour m'empêcher de dormir; car, outre qu’il a entendu de ses oreilles la voix de l’autre, ces maudits prêtres papistes, que Dieu confonde, ont toujours le moyen de tout savoir. On
dirait qu’un esprit répète à leur chevet ce qui se dit tout bas derrière les plus épaisses murailles, et leur fait voir ce qui se passe même au milieu des ténèbres de la nuit. Ah! sans votre bigote de sœur, il y a longtemps que le baron l'aurait chassé du pays. Vous verrez qu’il sera la cause de notre ruine.— Sois tranquille, dit le comte, Hugues de Chambéon ne le verra pas. C’est un oiseau de nuit comme moi, quoique d’une autre espèce. Il à tant d'huissiers à ses trousses, qu’il n’ose faire un pas pendant le jour; mais je saurai bien trouver le moyen de le faire arréter, et lorsqu'il sera en prison, il en sortira comme il pourra. Quant au jeune homme, il n’y a pas de temps à perdre; à tout prix il faut s’en débarrasser. — Et comment faire? demanda Landry. Le voilà installé chez le châtelain de Beauséjour qui veut, dit-on, lui donner en mariage une de ses filles, et qui le garde à vue comme un avare qui tient une pièce d’or. — Si tu étais un autre homme, dit le comte, la chose serait facile; mais on ne peut plus compter sur toi. Tu n'aurais qu’à voir un esprit sur ton chemin, et il faudrait encore remettre la partie. — Maître Gaschet, dit Landry, m’a prêté un livre avec lequel on peut conjurer les esprits. Je le porterai avec moi, et alors...—Päques-soles ! dit le comte, quand une escopette a raté dans mes mains, je ne m'en sers plus; mais, ajouta-t-il après avoir réfléchi un instant, rien n’est encore désespéré. Le manoir de Beauséjour a-t-il été réparé depuis quinze ans ? — Non, dit Landry; 1l y a seulement quelques brèches de plus aux murailles, Il s’en va en ruine
comme nous quand nous vieillissons. — C’est bien ! repartit le comte. Maintenant laisse-moi. Cours après celte troupe de braves gens que nous venons de rencontrer dans la forêt; dis-leur de ma part de ne pas aller à Romans et de m’attendre ce soir dans la balme du bonhomme Roc. S'ils n’en savent pas le chemin, tu les y conduiras toi-même. Entends-lu ? — J’entends, dit Landry dont la figure fut enlaidie en ce moment par un sourire. Vous avez toujours été mon maître, messire. Au revoir! — Au revoir! répéta le comte. Voilà du moins, ajouta-t-il en piquant des deux son cheval, voilà des gens qui n’ont peur ni des esprits, ni des revenants, ni des vivants, ni des morts. Allons! du courage! nous voilà au bout de nos épreuves. Tout va me réussir à la fois.
Quelques instants après, le comte arrivait au pied de la tour d’Ambierle. Il attacha son cheval sous un hangar et donna un coup de sifflet pour avertir de sa présence; mais la porte de la tour demeura fermée.
— Ont-ils oublié le signal? dit-il entre ses dents, ou sont-ils si occupés de leur délibération, qu'ils ne m’entendent pas?
En achevant ces mots, le comte siffla de nouveau, mais personne ne vint lui ouvrir.
— Cela est de bon augure, pensa-t-il en s’avancant, à travers les ruines, vers l'entrée d’un souterrain. Il est probable que Renaud, La Tour du Pin et tous nos amis sont encore là-haut et qu’on a déjà fixé le jour où nous entrerons en campagne.
Cependant M. de Sassenage avait soulevé une
lourde pierre qui cachait l'entrée d’un passage secret pratiqué dans les murs du château et dont il connaissait seul l'existence. Au bout de ce passage se trouvait un escalier noir et humide qui conduisait dans les caves du manoir; il descendit avec précaution et ne tarda pas à arriver dans le souterrain dont nous avons déjà parlé, et par lequel on communiquait avec le premier étage de la tour. En approchant du lieu où il croyait trouver ses amis encore assemblés, il ne put s'empêcher d’être frappé du silence qui régnait sous les voûtes. Il monta rapidement les marches qui le séparaient de l'entrée, ouvrit la porte avec une clef qu’il tira de sa ceinture, et demeura immobile de surprise en voyant la salle déserte. La lampe brülait encore sur la cheminée, mais elle était près de s'éteindre et n’éclairait plus que d’une lueur douteuse les murs de la tour. Les armes suspendues d'habitude autour de la chambre et les provisions rangées sur le buffet avaient disparu.
— Pâques-soles ! dit le comte, est-ce qu’ils auraient eu quelque alerte de la maréchaussée! Ont-ils craint d’être trahis par leurs anciens alliés? ou bien ont-ils décidé de brusquer l'affaire et sont-ils déjà retournés dans leurs châteaux pour ouvrir dès demain la campagne? Les imprudents ! ils auraient mieux fait d’attendre la nuit pour se mettre en route. Mais,-bah ! il paraît que le ciel nous protége et se déclare ouvertement en notre faveur.
Comme il achevait cette réflexion, le comte porta les Yeux sur la cheminée et aperçut auprès de la lampe quelques objets qui frappèrent vivement son
attention : c'était une épée dont la lame était brisée et dont les fragments épars gisaient sur le marbre. À côté de cette arme mutilée, on voyait une plume noire semblable à celle que Renaud et quelques autres protestants avaient coutume de porter sur leur chapeau. La pointe en était tournée du côté de l’orient. Une croix blanche de Lorraine avait été tracée récemment sur la muraille, au-dessus de quelques ossements, le tout grossièrement dessiné avec de la craie. Après avoir examiné un moment ces emblèmes, le vieux gentilhomme comprit que le complot avait avorté. Le glaive rompu indiquait suffisamment la division qui s'était mise parmi les conjurés; la croix de Lorraine, placée sur des ossements, faisait sans doute allusion au triomphe des Guise et à la ruine des huguenots. Quant à la plume noire, elle pouvait donner à entendre que les proscrits, en changeant d’asile, avaient pris le chemin de l’orient.
Cette découverte causa, comme on peut le penser, un profond déboire au vieillard qui, depuis plus de quinze ans, nourrissait dans son cœur un si vif désir de vengeance, el se croyait si près de le satisfaire. II devina aisément que la trahison de Catherine avait effrayé ceux des gentilshommes du pays qui n’étaient pas encore trop compromis, et qu’une défaite pouvait ruiner, conduire à l’exil ou à l’échafaud. Atterré par ce coup imprévu, il se laissa tomber sur un banc et s’abandonna à une sombre rêverie. Mais un bruit singulier vint bientôt le distraire de ses pensées. 11 prêta l’oreille et crut entendre à l'étage inférieur de la tour une voix claire et timbrée qui chantait un
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refrain bachique. Surpris de cette circonstance, il se leva aussitôt et se glissa à pas muets jusque dans l'appartement que venaient de quitter les aventuriers, et dont il trouva la porte ouverte. Un jeune homme, d'environ vingt-cinq ans, vêtu d’une longue robe couleur puce, était assis sur un escabeau, auprès du feu, les jambes étendues sur les chenets, et le dos tourné vers l’entrée par laquelle était arrivé le comte. [l avait relevé la table et les débris du festin, jeté deux ou trois tabourets sur le foyer pour en alimenter la flamme, et arrosait joyeusement d’un flacon de vin blanc les restes encore appétissants des poulets préparées par madame Cicindelle. M. de Sassenage ne reconnut pas cet homme, et se demanda avec étonnement comment il avait pu pénétrer dans la tour, dont la porte extérieure était fermée. Tandis qu’il l’observait silencieusement, il aperçut sur la table une longue barbe postiche aux poils gris, et, à côté, une large feuille de vélin pliée en forme de lettre. Ce dernier objet n’aurait pas sans doute piqué bien vivement la curiosité du gentilhomme, s’il n’eût lu les mots suivants tracés en grosses lettres sur l’enveloppe : 4 monsieur le baron des Adrets, colonel général des légions de Dauphiné, Lyonnais, Auvergne el Provence.
Le premier mouvement du comte fut de s’emparer de la missive, pour en examiner le cachet. Il y jeta un regard rapide et découvrit, avec un surceroit d’étonnement, le double écusson des Médicis et des Valois. C’étaient là les armes de la reine mère. Cependant, le personnage qui s’élait mis si fort à son
AYMÉ VERD. 11 aise dans le réduit des aventuriers, avait aperçu Îa main furtive qui venait de se glisser sur la table et de lui dérober la missive. Il poussa un cri de terreur et se leva avec tant de vivacité, qu’il renversa l’escabeau sur lequel il était assis.
— Imbécile que je suis! s’écria-t-il. Je me suis laissé surprendre. Mon père m’a toujours dit que la bouteille me jouerait de mauvais tours. Au nom du ciel! messire, ajouta-t-il en se précipitant sur le comte, rendez-moi cette lettre.
M. de Sassenage, malgré son âge, était encore plein de force et de vigueur. Il repoussa rudement le jeune homme, et, tirant un pistolet de sa ceinture : Du calme! dit-il, et réponds-moi. Qui es-tu?
L’étranger jeta sur sa barbe un regard de regret et garda le silence.
— Je n’ai jamais l'habitude de répéter deux fois la même question, dit le comte en armant son pistolet; qui es-tu? Parle net et ne cherche pas à me tromper, car je lirai la vérité dans tes yeux. — Hélas ! messire, dit le jeune homme en se faisant petit; foi de Philibert, j'étais autrefois colporteur, mais il n’y a rien à gagner dans ce chien de métier, si ce n’est des coups et des amendes; les villes, les villages et même les hameaux ont des portes à présent, et l'on trouve à toutes les portes des gens qui visitent votre balle pour vous rançonner sous prétexte qu’il y a des taxes établies sur les objets de votre commerce. Les uns me demandaient un florin pour le roi, les autres un écu pour le dauphin; ceux-ci dix sous viennois pour le seigneur; ceux-là un teston
pour l'hôpital ou une livre tournois pour le chapitre, comme si les chapitres, les hôpitaux, les seigneurs, les pauvres et le roi n’étaient pas plus riches que moi. — Pâques-soles! dit le comte, abrége; d’où es-tu ? — De Confolens, pour vous servir. Je suis le fils à Bruno, le pontonnier qui vous a peut-être passé plus d’une fois sur la rivière. — Bruno! s’écria le vieux gentilhomme en pälissant. — Vous le connaissez, à ce qu’il paraît, répliqua Philibert. — Non, dit le comte brusquement. Achève : quel est ton état maintenant? — Mon état? répliqua Philibert. Mon état? S'il faut vous le dire, je ne connais pas au juste le saint dont je suis la bannière: tout ce que je sais, c’est que depuis deux mois je suis au service d’un seigneur italien qui m’a trouvé quelque entregent, et qui m’emploie pour ses affaires. Mais, de grâce, rendez-moi ma lettre, vous devez être satisfait, et je serai bien sûr pendu si je ne la remets à son adresse. Le comte, au lieu de répondre, s’assit auprès du feu, et rompant tranquillement le cachet de la missive, demanda à l’ex-colporteur comment il s’était introduit dans la tour. Le frère de Saint-Côme ou plutôt le fils du pontonnier raconta alors brièvement la fâcheuse aventure qui lui était arrivée le malin et qui est déja connue du lecteur. Il ajouta que les seigneurs qui habitaient le premier étage avaient jugé à propos, en s’en allant, de le mettre en chartre privée pour quelques heures, dans la crainte où ils étaient, sans doute, qu'il ne s’avisât de suivre leurs traces.
M. de Sassenage ne prêtait qu’une oreille distraite
au récit de Philibert et aux observations philosophiques dont il assaisonnait sa narration; malgré les instances et l’air de désolation du pauvre messager, il lisait attentivement la lettre qu’il avait ouverte. À mesure qu’il avançait dans sa lecture, ses traits se décomposaient et trahissaient une profonde colère. La lettre était effectivement de Catherine de Médicis, et ne pouvait laisser aucun doute sur le revirement qui s’était opéré dans l'esprit et dans la conduite de lItalienne.
Elle était conçue en ces termes :