CLX INTRODUCTION
ont donné lieu aux traditions relatives aux prétendues fondations de Charlemagne.
IL — Saint Maurand de Douai.
Nous trouvons encore dans Aymeri de Narbonne une autre allusion à un fait tout local, mais qui, cette fois, se rapporte au nord de la France. Dans Ténumération que donne notre poète des descendants de son héros, nous voyons figurer saint Maurand de Douai parmi les enfants de la troisième fille d^ Aymeri, épouse d'un marquis d'Angleterre :
Et sains Morans fu li quinz, ce m*est vis.
Oi avez que molt fu Deu amis ;
A Doai gist li bons cors sainz de pris.
Cette dernière mention est très exacte : les reliques de saint Maurand, patron de Douai, ont été conservées en cette ville, dans Téglise collégiale de Saint Amé, et elles y sont restées jusqu'à la Révolution.
Saint Maurand, ou mieux saint Mauront (Maurontus), chancelier du roi Thierry III et fondateur du monastère de Bruel, mort à Marchiennes en 702, était fils d^Adalbaud, Franc de race noble, et de sainte
la iN éd., t. I, preuves, n» LXI, col. 8o> et n* LXXXI, col. 104. Cf. p. 479 et 556. ^ On 1 vu dans le document présenté au concile d*ArIes par le vicomte Bérenger que Charlemagne passait pour
avoir fait différentes donations à l'église Saint Juste : « eam
inclite castelHs et villis, terrisque locarat et vineis,... ut legitur in regalibus ejusdem ecclesiœ prcecepiis, 9 II doit y avoir eu confusion ici entre Charlemagne et Charles le Chauve.
LA GÉOGRAPHIE DANS AYMERI DI NARBONNE CLXl
Rictrude, fille d'Araoud, seigneur gascon ^ Nous ignorons pour quel motif nous le voyons ici rauaché à la geste d'Aymeri; nous ne saurions dire davantage si cette parenté fabuleuse est une pure invention de notre trouvère, ou bien s*il la doit i une tradition antérieure.
Vm. — LA GÉOGRAPHIE DANS AYMERI DE NARBONNE
La géographie dans la chanson d^Aymeri de Narbonne est en général exacte et précise. Nous avons déjà dit que Bertrand de Bar-sur-Aube devait avoir beaucoup voyagé '• On ne saurait s'expliquer autre-
I. Voy. AA.SS. BoU,, Mai, t. II, p. 52 et tuÎY. Outre Mturtnd, sainte Rictnide eut trois filles (i^ti.. Mai, t. III, p. Sa, 83), tandis que l'auteur ^Aymeri donne quatre frèrea à saint Maurand. Adalbaad, mari de Rictnide, est aussi placé au nombre des saints (ibid., Férrier, 1. 1» p. 29S). On voit que Ton peut appliquer à cette famille liea ezpreasions employées par notre poète au sujet de la lignée légendaire de Maurand :
Molt ot tainz el lignajc.
D'après lui, la père de Maurand aurait été un marquis d'Angleterre, qoi fut saint, suivant la tradition du pays(v. 4648-51). Nous n'avons pu identifier ce personnage, qui ne paraît avoir aucun rapport avec Adalbaud.
a. Voy. ci-deuus, p. lxxzi.
CLXII INTtODUCnON
ment la variété et Téiefidue de ses connaissances topographiques.
Le midi de la France paraît lui ^re très familier. Ce fait n*a d^ailleurs rien de surprenant. On saitqu^au xiii« siècle les chansons de geste françaises étaient fort répandues dans cette région et y jouissaient d^une grande vogue ^ Bertrand a pu, en sa qualité de jongleur, visiter la Provence et la Gascogne, pour y colporter ses œuvres, et c'est ainsi qu'il a dû acquérir les notions dont il fait i»^uve en maints endroits de ses poèmes ^. La description de Narbonne quUl nous donne au commencement d^Aymeri est tout à fait conforme à la réalité, si Ton en retranche, bien entendu, les détails imaginés en vue du pittoresque. Ainsi il faut reléguer dans le domaine de la fan* taisie la montagne sur laquelle la ville s'élève fièrement avec ses vingt tours « de liois cler » et son donjon surmonté d^un pommeau d^or. Mais Fauteur est plus véridique, lorsqu'il nous dépeint le port de la cité :