‹ Aymeri de Narbonne, chanson de gesteChapitre 131 sur 235 · CLXXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CLXXXIV INTRODUCTION

sur le séjour de Mangold à Constantinople des détails tout à fait semblables à ceux que nous avons déjà rencontrés au sujet du duc de Normandie et du roi de Norvège. L'empereur byzantin use encore des mêmes procédés à Tégard de son hôte :

Rex..., non seditiosse voluntatls sententia, sed ut admiratam amplius illius experiretur prudentiam, publicam et omnibus communem apud forenses lignorum illi interdici jussit emptionem, ut dum materia sublau usibus ignis caruisset, quanam arte amicae injuris obviare vellet, scire po« tuisset. Nec mora : philosophus noster indoctus démenti virtutem insequitur, naturam rimatur, et in quo duplîci ex causa virtutem ampliorem fore praesensit in escam hoc illi contradidit : nam nuces comparari praecepit, atque lignorum vice ignem ex his ad usus necessarios fieri pra^epit. Verum et prœter id quod necessitatis ratione fieri oportuit, ut popularium rumore publicatus amplius quam foret in re aurum possidere putaretur, pro ferramentis quibus plerum* que equorum pedes munire usus est, aurichalcum, illorum ad formam ductum, ungulis equorum affigi praecepit, ut, mentita materia, coloris imaginatione aurum quod non fuit esse putaretur. In argumentum quoque fidei, ne forte opi« nantium falsata mens verum experiretur, unum ex his de auro fieri atque in suo loco aegre affigi jussit, ut in motu equi modica elevatione relictum facile ubi voluisset abjiceretur, ibique aspectum dubiae rei, non tamen sine ejus damno, faceret fidem; quod sic quoque factum est '.

Berthold, en allant faire un pèlerinage en Terre- Sainte, s'était lui-même arrêté à Constantinople en

I . Historia quomodo portio vivificœ crucis Werdtam perpenerH, dans Oefele, Rerum Boicarum rcriptoreSt t. I, p. 334; O. Paris, /. cit.y p. 536.

ÉPISODE DES NOIX ET DES HANAPS BrQlÉS CLXXXV

1118, et c'est là qu*il avait réuni les renseignements qu'il a mis à profit dans son histoire. On peut se demander s'il n'avait pas recueilli aussi dans cette ville la légende des noix et des fers d*or, légende dont la scène était presque toujours à Constantinople^ et qui y avait eu successivement pour personnages Robert, Harald et Sigurd. C'est là une hypothèse séduisante au premier abord, mais M. Paris la regarde conune assez douteuse : « Il est plus probable, » dit-il, n que rhistoire de l'ambassade à G>nstantinople circulait en Allemagne comme en France^ et que Berthold la connaissait avant son pèlerinage et Ta appliquée à son héros pour égayer un peu son pieux récit ^ » On sait combien nos vieilles chansons françaises avaient de succès à l'étranger; l'ancien poème dont nous avons supposé l'existence a pu être répandu dans les pays germaniques et y populariser la légende que nous étudions.

Ce poème, du reste, n'avait rien inventé; il n'avait fait sans doute que mettre en œuvre des matériaux antérieurs, car les épisodes qui devaient en former le sujet sont ailleurs racontés isolément. Domnizon, dans sa Vita Mathildis, rapporte que le marquis Boniface de Toscane, en venant chercher en grande pompe, vers 1045, la fille du duc Frédéric de Lorraine, Béatrix, qu'il avait obtenue en mariage, avait fait mettre aux pieds de ses chevaux des fers d'argent, qu'il laissait perdre, lorsqu'ils venaient à se détacher**

a. G. Pari», /. ci/., p. SSg ; Perte, Script., u XH, p. 367.

CLXXXVl INTRODUCTION

Quant à Thistoire des manteaux, elle ne se retrouve, en dehors des textes que nous avons déjà cités, que dans un poème latin composé au xiu* siècle, surtout d'après des récits oraux, en l'honneur du comte Bernard de Lippe. On lit dans ce poème que Bernard, s'étant assis sur son manteau en présence de l'empereur Frédéric I, le laissa par terre en s'en allant; autant en firent, par son ordre, tous les siens. Rappelé par les assistants : « Ce n'est pas Tusage dans notre pays, » dit-il, c qu'un gentilhomme emporte le siège où il s^est assis ^ d Un rapprochement plus lointain, d'après M. Paris, se trouve dans un passage du roman d'fpomédon, dont Tauteur anglo-normand, Huon de Rotelande, a pu très bien s'inspirer de Wace '.

C'est l'épisode des noix brûlées qui paraît avoir joui de la plus grande vogue. Il se rencontre à la fois dans Aymeri, dans Wace, dans les sagas norvégiennes et dans Berthold, tandis que plusieurs de ces sources omettent l'histoire des fers d'or et des manteaux. Nous avons déjà vu aussi que cette anecdote des noix a été rapportée séparément par Geofifroi du Vigeois qui la met sur le compte d'Adémar de Limoges. On l'a attribuée également à divers autres personnages. L'historien viennois Enenkel a donné place à ce conte

I. Magtstri Justini Lippiflorium, p. p. G. Laubmtnn (Detmold, 1871). M. Wtttenbttch a tigntU f passage à M. Pliris, qui à son taur Qoos V$ coromuoiqué.

3. P. 540. Ce passage, cité par M. Paris (ibid., note a), omst les traiu les plus caractéristiques de Tanecdote, telle qu*elle 4St dpnpée par Wacç et par Aymerù

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