‹ Aymeri de Narbonne, chanson de gesteChapitre 132 sur 235 · ÉPISODE DES NOIX ET DES HANAPS BRÛLÉS CLXXXVII · texte numérisé non relu

ÉPISODE DES NOIX ET DES HANAPS BRÛLÉS CLXXXVII

dans sa Wettchronik, écrite vers le milieu du xiii* siè* cle, et Ta présenté i peu près dans les mêmes termes que Wace et Berthold. Seulement l'empereur de Consundnople est remplacé par l'empereur d'Allemagne FYédéric II, et il n'est plus question d'un pèlerin ou d'un ambassadeur, mais du duc Léopold VI d'Autriche (mort en i23o), qui vient faire sa cour au souverain avec une suite de deux cents chevaliers :

Quant le prince arriva à la cour et que l'empereur sut qu'il e'tait là, il lui demanda très instamment, le noble empereur Frédéric, de manger son pain avec lui ; il l'en pria et le lui demanda beaucoup. Alors le duc Léopold dit qu'il ne le voulait pas faire : « Si je devais manger votre pain, à quoi me servirait mon or rouge ? » Alors l'empereur dit avec sa» gesse : « Léopold, ce serait de l'amitié et non de l'arrogance. » Il ne put tant le presser qu'il voulût à aucun jour prendre son repas avec lui. Il dit : « La ville n'est pas si grande. Je vais défendre qu'on fournisse à u cuisine aucun bois pour ton feu, que personne qui veuille vivre en paix avec moi t'en donne pour argent. » Sur quoi il envoya des messagers qui défendirent que personne fût si hardi que de donner au duc du bois pour ses deniers ; il devait s'en repentir. Quand le duc ne put avoir de bois : ■ Ce n'est rien, dit-il aussitôt. Dites k mon maître d'hôtel d'acheter une maison, où on préparera publiquement tous les mets et où on chauffera les chaudières. » Quand l'empereur l'apprit, il envoya aussitôt des messagers dire que pour rien au monde on ne lui vendit une maison. Quand le duc Léopold vit cela avec son maréchal^ U nuit étant dé\k avancée, il acheta assez de nois pour qu'on pût avec sécurité préparer sa nourriture pendant un certain temps; car les coquilles de novL brûlent mieux que tout. On le fit savoir à l'empereur. Il s'écria : « Ah 1 quel homme est ce duc d'Autriche! Je ne crois

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pas qu'il ait son pareil. Il faut bien, je dois Tavouer, que je lui permette d'acheter du bois et tout ce qu'il voudra, car il a de grandes ressources dans l'esprit. ■ Ensuite le duc Léopold monta à cheval et alla à la cour comme il devaiL L'empereur lui demanda qui lui avait enseigné toutes ces ruses étranges qu'il avait montrées dans la ville. Le prince dit : « Mon seigneur, ma propre sagesse suffit à me bien con* seiller '. »

Un autre chroniqueur viennois, Thomas Ebendorffer (m. en 1464), reproduit la même histoire au sujet de Rodolphe IV de Habsbourg, duc d'Autriche, qui succéda à son père Albert II en i358. Rodolphe, ayant été voir à Prague son beau-père Tempereur Charles IV, Tinvita un jour i dîner, mais celui-ci interdit de vendre du bois à son hôte :

Imperator générale promulgavit edictum ad portam,

ut sub magna pœna duci Austrise nemo pro foco suo carbo« nés aut ligna venalitati exponeret. Quod ille cognoscens, per testas nucum, quse prohibitionis exsortes videbantur, regale mandavit instaurare prandium '

Le trait des noix brûlées se voit encore dans un autre document autrichien, le Chronicon rhythmicum, publié par Rauch (Rerum Austriacarum script., 1. 1, p. 143). On y raconte que les Viennois, assiégés

1. G. Paris, /. cit., p. 641. Le texte original de ce ptssage d*Enen kel a été publié par Haupt, Zeitschrift fur deutschts Alierthum, t. V, p. 281-4. — Enenkel a donné le mime épisode dans son FUrtttnbuch (Rauch, Rerum Austriacarum scriptores, t. I, p. 324).

3. G. Paris, /. cit., p. 542; Pcx, Scriptores rerum Austriacarum peteres, t. II, col, 807.

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par leur duc Frédéric II (i 3 30-1246), furent réduits à faire du feu avec des noix : « Nuces, a^ficia coquinis cremantur ^ »

Enfin, la même anecdote, avec une l^ère variante, est appliquée par Hermann de Lerbeke, dans sa Chronica comitum de Schowenborg, au duc de Holstein Geert (m. en 1341). Celui-ci aurait, dans une fête, brûlé de la vaisselle de bois pour les besoins de sa cuisine : « .... lignis pro coquina defidentibus, vasa mensalia pro focalibus comburit *. »

Ce conte se retrouve paiement en Angleterre, dans le poème de Richard Cœur de Lion, dû en partie à un remanieur anglais du xiv« ou du xv« siècle '. On y voit Richard soumis par le roi d'Allemagne Modart ^ aux mêmes épreuves que les héros des récits précédents. Informé de la venue du prince anglais dans ses Éuts, Modart fait défendre aux autorités de Cologne de lui vendre du combustible à n'importe quel prix; mais Richard ordonne à son sénéchal d'acheter toute la vaisselle de bois qu'il pourra se procurer et de préparer un festin où seront invités tous les pauvres de la ville :

i And the pore men al, so God you spede,

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