‹ Aymeri de Narbonne, chanson de gesteChapitre 14 sur 235 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

teaux à terre, sans se donner la peine de les ramasser. Hermengarde alors les leur fait reporter par son sénéchal Garnier, accompagné d^un écuyer et de deux sergents. Mais nos barons les refusent : « Seigneurs valets, » dit Tun d'eux, Gui de Montpensier, c prenez ces manteaux, ils sont à vous. Ce n'est pas Thabitude, dans notre pays, qu^un duc ou un comte emporte le siège sur lequel il s*est assis.» Garnier et ses compagnons se retirent stupéfaits de tant de largesse (LXXIX-LXXX).

Les messagers se mettent en marche vers Narbonne, escortés seulement de dix écuyers. Pendant ce temps, Tallemand Savari ne songeait qu^à tirer vengeance de sa récente défaite. Il se met en embuscade avec une compagnie de cent hommes bien armés, et guette le retour des Français. En les voyant revenir en si petit nombre, il en éprouve une grande joie et se dispose à les attaquer, sûr d'avance de les vaincre aisément. Ceux-ci se défendent de leur mieux, mais leurs forces sont bien inférieures, et ils vont infailliblement succomber, quand ils aperçoivent par bonheur une tour, où ils parviennent à trouver un refuge. Elle était gardée seulement par un vavasseur qui leur offre une bienveillante hospitalité. Seul entre eux tous, Hugues de Barcelonoe avait pu s'échapper ; monté sur un coursier rapide, il s'efforce de gagner Narbonne pour y implorer le secours d'Aymeri (LXXXI- LXXXV). Après avoir chevauché matin et soir, il atteint enfin la ville ; un dimanche, vers l'heure du dîner, il y arrive tout accablé de fatigue, et se présente

Digiti

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à Aymeri qui est fort inquiet de le voir ainsi revenir seul^ l^armure en désordre et le heaume i moitié rompu. Hugues lui fait connaître à la fois Theureux succès de son ambassade et la situation critique où se trouvent ses barons (LXXXVI-LXXXVII). En apprenant ces nouvelles, le comte de Narbinme rassemble un grand nombre de chevaliers, puis il part sans délai pour aller délivrer ses ambassadeurs et se rendre ensuite à Pavie près d'Hermengarde (LXXXVIII). 3ientôt il parvient à la tour où les comtes sont assiégés. Ceux-ci, en apercevant une troupe de chevaliers dont les armes reluisent au soleil, les prennent d'abord pour des partisans de Savari et se croient perdus sans ressource ; mais ils reconnaissent enfin renseigne d'Hugues de Barcelone, et remplis de confiance i cette vue, ils s*arment tous pour retourner au combat (LXXXIX-XC). Quant aux Allemands, ils ne songent qu'à prendre la fuite ; les Français les poursuivent et les taillent en pièces. Savari lui-même est fait prisonnier par Hugues, et celui-ci le livre au vavasseur qui pourra en tirer une riche rançon, en récompense des services qu'il a rendus aux barons en les recevant dans sa tour (XCI-XCU).

Ajrmeri et ses compagnons poursuivent ensuite leur voyage vers Pavie. Ils y entrent un jeudi matin et y trouvent le roi Boniface qui vient à leur rencontre, et les mène près de sa sœur Hcrmengarde. « Dieu sauve ces ducs et ces marquis ! » s*écrie la jeune fille, c mais je ne sais distinguer lequel est Aymeri de Narbonne. Qu'il s'avance donc vers moi sans tarder.

XVIII INTRODTCTION

-^ Dame », fait le comte, « me voici, c'est moi qui dois être votre époux. Que vous semble de moii Je suis venu de bien loin pour vous quérir, mais sachez que, si vous me refusez, je ne vous prendrai pas, dûton m'offrir tout Tor de dix cités. — Sire », reprendelle, « je vous aime plus qu^aucun homme qui soit au monde. Dieu soit béni de ce qu'il vous a phi de me choisir pour femme (XGIII-XCIV)1 » Aymeri appelle alors Milon, fils du duc Gamier, et le charge de de^ mander à Boniface la main d^Hermengarde« Milon s'acquitte de sa mission, non sans recourir à de terribles menaces: « Si vous repoussez notre proposition », dit-il, « nous massacrerons cinq cents des vôtres, avant de quitter ce pays. » Les Lombards en tremblent d'effroi : « Ce serait folie », disent-ila, « de se laisser tuer pour une femme. Si le comte veut cette dame, qu'il remmène et s'en aille au plus tôt! » Boniface prend sa sœur par la main et la conduit à Aymeri, au milieu de la joie de tous les chevaliers. Le lendemain matin, le comte part pour Narbonne avec sa fiancée, accompagné d'une escorte de mille Lombards que le roi lui a donnés pour le défendre au besoin (XCV).

Pendant qu^Aymeri était ainsi occupé de son mariage, un espion sarrasin s'était rendu à Orange près de Desramé et de Baufumé, les deux rois qui étaient sortis de Narbonne par un souterrain, au moment du siège-, il leur avait appris Tabsence de leur vaillant adversaire, qui avait pris avec lui ses meilleurs chevaliers et n^avait laissé dans la ville qu'une

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faible garnison. Le moment était favorable pour s'en emparer de noureau (XCVI). Les deux monarques païens se dirigent donc, sans perdre de temps, vers Babylone, pour informer Témir de ce qui se passait. I Is le trouvent dans son palais, entouré d'une foule de gens accourus de toutes parts pour célébrer la fête de la translation du corps de Mahomet i La Mecque. Pour les récréer, il leur faisait voir un arbre de cuivre d*un merveilleux travail, dont les branches étaient remplies d'oiseaux, qui, par un mécanisme ingénieux, chantaient tous d'une voix mélodieuse (XCVII). Au risque de troubler la cérémonie, Baufumé et Desramé viennent se jeter aux pieds de Témir. « Sire, » s^écrientils, <c Charlemagne nous a pris Narbonne et Ta donnée à Aymeri, l'un de ses barons, mais celui-ci est allé chercher une femme et il ne reviendra point avant un mois. Nous n'avons qu'à réunir une armée et nous pourrons reconquérir la ville. De li vous irez prendre Paris, et vojis vous ferez couronner i Aix en France, pois vous vous emparerez de Rome. )»

L'émir organise alors une formidable expédition, et fait rassembler dans tous ses Etats des forces considérables. L'armée entière s'embarque en emportant pour un an de vivres ; quinze jours après, elle aborde sur la terre chrétienne, et arrive bientôt sous les murs de Narbonne (XCVIII). L'ému- use d'abord d'un stratagème : il fait cacher deux mille Sarrasins dans un bois, puis ordonne de lâcher des chameaux et des chevaux chargés de vivres, pour attfa*er la garnison de la ville. Les Français, en e&et, cédant à l'appât du butin, viennent

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