XX INTRODUCTION
fondre sur les païens, en massacrent un grand nombre et s'emparent des chameaux qu^ils ramènent vers la cité. Mais tout à coup les Sarrasins, qui s^étaient mis en embuscade, les assaillent à llmproviste et les mettent en complète déroute. Sur mille qu'ils étaient, il n'en échappe pas cinq cents. L'un d^entre eux, Fouquin, fils du duc Garnier, parvient à rompre les rangs des ennemis; tout couvert de blessures, il s'enfuit à bride abattue pour se rendre au-devant d'Aymeri et lui annoncer la fatale nouvelle de l'invasion sarrasine. Après un long et pénible voyage, il le rencontre heureux et tranquille, accompagné d'Hermengarde et escorté de jongleurs qui les égayent par leurs chants. « Sire Aymeri, » s'écrie Fouquin, sitôt qu'il l'aperçoit, « vous ramenez votre épouse, mais vous n'avez plus où vous loger. Des troupes innombrables de païens sont venues pour assiéger votre ville. » Aymeri décide qu'il continuera sa route pour aller au secours de Narbonne ; quant à Hermengarde, il Kenvoie à Vienne, près de son oncle Girart,pour réclamer son assistance (XCIX). Celui-ci fait à la sœur de Boniface un excellent accueil. Il réunit dix mille hommes et part avec cette armée pour rejoindre Aymeri et lui reconduire sa fiancée. En même temps, il emmène avec lui sa femme, la duchesse Guibourc, et confie Hermengarde à ses soins (G) .
Pendant ce temps, Aymeri était arrivé près de Narbonne. Un matin, en montant sur un tertre, il aperçoit des milliers de tentes dressées de tous côtés, des bandes immenses de Sarrasins qui vont et viennent, et se li-
ATMBtl DE NARBONNB IXI
vrent à divers exercices. Tout autre que lui en eût été terrifié; lui, au contraire, il remercie Dieu qui lui procure une si belle occasion de se battre contre les païens et de conquérir leurs trésors. Il entre seul au milieu de leur armée, va droit à la tente de Témir, et lui porte un audacieux défi ; puis il lui passe son épée au travers du corps, et massacre trois rois qui se tenaient à ses côtés. Les Sarrasins surpris et efirayés prennent les armes ; le comte se défend vaillamment contre eux et sonne du cor de toute sa force. A ce signal, ses barons accourent en criant : « Monjoie ! » Une bataille terrible s'engage; les chevaliers français font des prodiges de valeur, et les Lombards eux-mêmes, quoique fort peureux de leur nature, monuent un grand courage, en sentant qu^il ne leur est plus possible de reculer. On ne voit partout que des lances brisées, des heaumes fendus, des hauberts mis en pièces. Les Sarrasins, grâce à un renfort de quatre mille hommes, commencent à prendre Tavantage; les chrétiens, malgré leur résistance opiniâtre, malgré les secours qu'ils reçoivent de la garnison de la place, sont sur le point d'être battus; Aymeri, criblé de blessures, est entouré par les ennemis et va tomber en leur pouvoir. Heureusement, Girart de Vienne arrive fort à propos en ce moment à la tête de son armée. Il délivre son neveu et change complètement le son du combat. Les païens sont mis en pleine déroute, on les poursuit, on les égorge jusqu'au soir, et il n'en échappe qu'un petit nombre. Baufumé et Desramé gagnent leurs vaisseaux avec trente hommes