II INTRODUCTION
nous n'hésitons pas à attribuer aux œuvres de notre trouvère champenois un rang des plus élevés dans la littérature du moyen âge. On y trouve des morceaux excellents qui peuvent figurer avec avantage parmi les productions les plus parfaites de notre vieille poésie, et qui offrent encore le caraaère simple et grandiose de répopée primitive. Ces éloges, à la vérité, ne sauraient s'appliquer sans réserve aux compositions poétiques de notre auteur prises dans leur ensemble, et il s'en faut de beaucoup que tout y soit d'une valeur égale. Dans Aymeri de Narbonne, par exemple, le début est admirable; le désespoir de Charlemagne abandonné par ses chevaliers est peint en vers magnifiques, et il n'y a peut-être dans aucune poésie rien qui soit comparable à cet épisode. La fin de la chanson, au contraire, se traîne péniblement dans d'interminables lieux communs ^ Les plus beaux passages sont ceux où Bertrand a fait la moindre part à l'invention, où il s'est le mieux conformé aux traditions anciennes^ en suivant de près les chansons de gestes antérieures qui lui servaient de modèles. Son plus grand mérite est de nous avoir conservé comme un reflet de ces vieux poèmes aujourd'hui perdus. Toutefois, il a su imprimer à ses imitations un caractère personnel, et il y a fait preuve d'un vrai talent poétique.
I. Voy. le jugement porté sur la valeur littéraire de ce poème par M. L. Gautier, Épopées françaises, 2« éd., t. IV, p. 236, et par M. Nyrop, Den oldfranske Heltedigtning, p. i35.