‹ Aymeri de Narbonne, chanson de gesteChapitre 51 sur 235 · AUTEUR DU POÈME LXXUI · texte numérisé non relu

AUTEUR DU POÈME LXXUI

Il nous a paru inutile de vouloir écrire plus correctement que les copistes du xui^ siècle, et d*introduire dans Torthographe de cette époque des réformes rétrospectives.

Nous pensons que les éditeurs des anciens textes, lorsqu'ils ont la chance d'avoir de bons manuscrits, doivent les suivre aussi exactement que possible. Les textes ainsi publiés offrent pour les études philologiques des bases plus solides que ceux auxquels on a fait subir des restaurations habiles et savantes, mais fondées sur des conjectures parfois discutables. Les documents de Tancienne langue, soumis à ces procédés, ressemblent trop aux édifices du moyen âge que nos architectes modernes ont complètement remis à neuf : ces essais de restitutions, tout en étant consciencieux et bien étudiés, enlèvent aux monuments une grande partie de leur valeur au point de vue de la science archéologique.

V — AUTEUR DU POÈME — DATE DE SA COMPO- SmON. — IMITATION d'uNE CHANSON ANTÉ- RIEURE.

La chanson d'Aymeri de Narbonne offre de grandes analogies avec celle de Girart de Vienne, et est certainement l'œuvre du même auteur. Telle a été jusqu'ici Topinion unanime des juges les plus compétents. M. G. Paris, dans son Histoire poétique de

LXllV INTRODUCTION

Charletnagne, a fait très justement remarquer que le ton, le style et la versification des deux poèmes sont identiques, et que leur caractère est parfaitement homogène. L'un deux, en effet, peut servir de préparation, Pautrede conclusion à Texpédition d^Espagne ^ Dans tous nos manuscrits, sauf un seul ^, Aymeri de Narbonne est précédé de Girart de Vienne et en forme en quelque sorte la continuation. Ces chansons semblent avoir eu entre elles une relation très intime ; elles formaient comme deux chapitres d'un même ouvrage, et il est probable qu'elles étaient souvent récitées ensemble. On trouve dans Aymeri un curieux passage qui suppose déjà la connaissance de l'autre poème, et fait une allusion très nette à Tun de ses épisodes. Lorsqu' Aymeri se présente devant Charlemagne pour lui demander Narbonne, Tempereur se rappelle qu^il a failli un jour être victime de son ressentiment :

« Ne te menbre il de Teure ne des dis,

• Qant en Vienne estoit Girars assis, « En la forest avoie le porc pris ?

« La me sorprist dans Girars li marchis, « Et tu meismes armez o lui venis;

• Tant fus vers moi fiers et mautalentls, « S'il te creust, n'en eschapase vis,

« Ne remest pas en toi ne fui ocis. • (V. 719-726.)

1. P. 326. Voy. aussi p. 80. ^ Cf. Romania, t. IX (1880), p. Sia; P. Meyer, ibid., t. XIII (1884)» p. 8, 19; L. Gautier, Épop. françaises, a* édit, t. I, p. 107, 219, t. IV, p. 19, 232; Nyrop, Den oldfranske Heltedigtning, p. 289.

2. Le mt. de la Bibl. nat. fr. 24369, qui ne contient pas Girart de Vienne et débute par la chanson d'Aymeri.

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