CIV INTRODUCTION
A répoque où fut composé Aymeri de Narbonne, le style des chansons de geste était jeté dans un moule passablement uniforme. On abusait alors des expressions banales, des clichés invariablement reproduits chaque fois que Toccasion s'en présentait. Les jongleurs avaient à leur disposition une série de phrases toutes faites, d'un emploi facile, dont ils se servaient sans cesse pour remplir et allonger leurs couplets. Une rime en ent était-elle nécessaire, leurs héros prenaient saint Climent à témoin de la vérité de leurs discours. Dans une tirade en is, ils juraient « par le cors saint Denis » • Dans une tirade en ier, ils avaient toujours « le vis fier » , et faisaient t molt a proisier ». Ils étaient « a lacère vertu, au fier corage, au corage hardi, etc. », lorsque la rime l'exigeait. Il y avait, en un mot, de ces lieux communs pour toutes les rimes et pour toutes les situations ^ Bertrand de Bar-sur- Aube n'a pas su se mettre en garde contre ces abus. Il paraît avoir fort bien possédé la littérature épique de son temps; aussi a-t-il prodigué les locutions alors en usage, formules de serments, épithètes oiseuses, chevilles de toute espèce, dont les chansons du xiii^ siècle abondent. M. Meyer a donné une longue liste de ces sortes d'expressions, employées par l'auteur de la première partie de Raoul de Cambrai^. La plupart se retrouvent dans Aymeri, et notre poète ne s'est pas mis sur ce point en grands