Voy. rintrod. de Raoul de Cambrai, p. lxv et lxix
CVIU INTRODUCTION
tirades III, LUI, CXI, etc.), mais Tauteur n*use de ce procédé qu^avec beaucoup de discrétion ^ Tels sont les principaux traits qui caractérisent la langue et la versification de la chanson d'Aymeri. Ces caractères, et en particulier l'inobservation assez
I. La laisse XXXIX qui commence la deuxième partie dMymeri de Narbonne, offre une analyse succincte des événements antérieurs :
Charles H rois n*i fist plus demorée,
A Ayineri a Nerbone donée
A .xiij. contes fu aioçois presantée, Et tuit H .xiij. l'orent bien refusée.
On voit par là que les deux parties de la chanson étaient susceptibles d'être récitées séparément. 11 éuit alors nécessaire de rappeler à la mémoire des auditeurs les faits que Ton avait déjà racontés, et de les apprendre en peu de mots à ceux qui n'avaient pas entendu le début du poème. On rencontre encore un curieux exemple de ce procédé à la laisse LU. Lorsque les messagers d'Aymeri et les Allemands sont sur le point d'en venir aux mains, Tauteur s'interrompt pour recommencer en quelque sorte un nouveau récit, qu'il fait précéder d'un bref exposé de la situation :
Ce fu en mai que la rose est florie, Que bois foillist et herbe reverdie, Que li mesage aloient à Pavic.
Li Alemenl lor firent asaillie, <r/c.
Ces sortes de recommencements sont d'ailleurs fréquents dans les chansons de geste. Les jongleurs, comme Tobserve M. L. Gautier [Épop. franc,, 2« éd., t. 1, p. 383), « voulaient ainsi se ménager la possibilité de chanter devant leur auditoire telle ou telle partie de leurs œuvres. C'est dans ce but qu'ils donnaient à cette partie les apparences d'un début d'épopée. » Tel est assurément le motif des divisions que Bertrand semble avoir établies dans son ouvrage, divisions un peu arbitraires, qui ne répondent pas toujours à la distinction naturelle des divers éléments du poème.
ATMBRI ET HERMBNGARDE C1X
fréquente des règles de la déclinaison et l'emploi de la rime \ assignent à ce poème une date peu ancienne, et confirment) sur ce point, les preuves historiques que nous avons développées.
vil. — l'élément historique dans âymeri
1 • — Aymeri et Hermengarde.
Aymeri de Narbonne est-il un personnage purement imaginaire, ou bien a-t-il réellement existé un héros de ce nom dont la poésie a pu garder le souvenir PFauriel s'est efforcé le premier de résoudre ce problème, en recherchant dans l'histoire le type de cet illustre vainqueur des Sarrasins qui occupe une si grande place dans la légende '. Le nom d'Aymeri de Narbonne, dit-il, a été donné au père de Guillaume d^Orange dans un intérêt tout à fait local, pour flatter
1. La rime n'est en usage que dans les chansons les moins anciennes. Elle ne paraît avoir remplacé Tassonance qu*à la fin du XII* et au commencement du ziii« siècle (voy. L. Gantier, Ép. franc,, 2« éd., t. I, p. 33 1 et suiv.; Nyrop, Den oldfranske HeU tedigtning, p. 395, trad. ital., p. 376).
2. Histoire de la poésie provençale^ t. II, p. 410. — Origine de Vépopée du moyen âge, dans la Revue des Deux Mondes, t. Vlll (septembre à novembre i832), p. i63 et suiv.
ex INTRODUCTION
les seigneurs de la maison de Narbonne. Il y eut dans la première moitié du xii^ siècle deux vicomtes de Narbonne qui portèrent le nom d'Aymeri. L^un fut Aymeri I, qui mourut en i io5 en Terre Sainte, après y avoir guerroyé pendant une année environ. L'autre, Aymeri II, son fils et successeur, passa une partie de sa vie à lutter contre les Sarrasins, et fut tué dans un combat qu'il leur livra près de Fraga en 1 134 '. Il avait été marié avec une certaine Hermengarde dont la famille est inconnue, et il laissa une fille du même nom. Cette dernière obtint après lui la vicomte de Narbonne ; elle eut une cour très brillante, fréquentée par les troubadours les plus renommés de son époque, et se rendit célèbre par la protection qu'elle leur accorda. Ce fut sans doute Tun d'eux qui, pour lui être agréable, donna à un héros fabuleux, conquérant de Narbonne^ le nom de son père et de son aïeul, morts tous deux en combattant les infidèles.
Telle était l'opinion de Tauteur de V Histoire de la poésie provençale. Elle a été adoptée aussi par M. P. Paris (Histoire littéraire de la France, t. XXII, p. 467-8), et par M. Jonckbloet (Guillaume d'Orange, t. II, p. 160 et suiv.) Ce dernier va plus loin encore. « L'Hermengarde de Thistoire, n'est pas, » dit-il.
I. Aymeri I fut vicomte de Narboane en 1080. H épousa veri io83 Mathilde, fille de Robert Guitcard, duc de Fouille et de Calabre, et veuve de Raymond Bérenger II, comte de Barcelone. Il en eut quatre fils : Aymeri, Bérenger, Guiscard et Bernard. (Art de vérifier les dates, 3« éd., t. II (1784), p. 3iO; Histoire générale de Languedoc, i'« éd., t. Il, p. 342 et suiv.)
ATMERI ET HERMENGARDB CXI
« sans ressemblance avec THermengarde de la légende. Lorsque son fils a besoin de secours, celle-ci s'écrie :
« Et je meismes i seré chevauchant,
« L'auberc vestu, lacié l'iaume luisant,
« L'escu au col et au costé le branc,
« La lance el poing, el premier chief devant.
« Por ce que j'ai le poil chenu et blanc,
t S'ai je le cuer hardi et combatant;
« S'aîderé je, se Deu plest, mon enfant '. •
L'histoire nous raconte que lorsque Raymond Bérenger IV, comte de Barcelone, entreprit en 1148 le siège de Tortose sur les Sarrasins, il fut secouru dans cette expédition par Hermengarde, vicomtesse de Narbonne, à la tête des troupes de sa vicomte. » [L. cit. y p. 166.)
MM. P. Paris et Jonckbloet ne sont pas les seuls, du reste, qui aient prêté leur appui à Topinion de Fauriel. Tous les érudits ont été longtemps d*accord pour reconnaître dans TAymeri des chansons de geste le vicomte de Narbonne Aymeri II. M. L. Gautier dans là première édition de ses Épopées françaises % MM. Milâ y Fontanals% G. Hofmann % San-Marte ^,