‹ Aymeri de Narbonne, chanson de gesteChapitre 9 sur 235 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

Les quatre rois sarrasins qui gouvernent Narbonnc tiennent alors conseil sur le parti qu^ils ont à prendre ; deux d^entre eux, Agolant et Drumant resteront pour défendre la place ; les deux autres, Desramé et Baufumé, sortent par un souterrain aboutissant à Orange, afin d'aller réclamer le secours de Témir de Babylone (XXXI). Un matin, au point du jour, Charlemagne donne le signal de Tassant ; il ordonne à ses ingénieurs de construire de puissantes machines de guerre, et le siège commence aussitôt. Les païens sont vigoureusement attaqués de toutes parts, et opposent une énergique résistance. Aymeri, enfin, avec l'aide de cent de ses compagnons, enfonce la porte de la ville, y pénètre le premier, massacre tous les ennemis qu'il rencontre, puis va planter son étendard sur le faîte du palais, et sonne du cor pour annoncer sa victoire. L'empereur entre alors dans la cité à bride abattue, suivi de ses barons; les deux rois qui étaient restés à la garde de Narbonne sont faits prisonniers; la place est définitivement conquise, et les chrétiens s'emparent d'un butin immense (XXXII-XXXVI). Dès que Charlemagne est maître de cette ville qu'il a tant convoitée, son premier soin est d'y bâtir une église et d'y établir un archevêque. Il fait célébrer une messe solennelle et s'occupe ensuite des préparatifs de son retour (XXXVII). Après avoir mis Aymeri en possession de Narbonne et avoir laissé près de lui mille chevaliers de grand renom pour l'aider à la défendre, il prend congé de lui et part pour la France avec son armée (XXXVIII-XXXIX).

AYMEKI DE NARBONNB XI

Quelque temps après, Aymeri apprit la nouvelle de la mon de son père Hernaut et de la comtesse, sa mère. Il était leur seul héritier; aussi lui conseille-t-on avec instance, dans tout son entourage, de prendre femme pour avoir des enfants qui puissent un jour lui succéder. Cette proposition lui sourit peu d*abord : «Je ne connais aucune femme qui me convienne, » répond-il, « et je ne me marierai pas, si je n'en trouve une qui soit belle, sage et de race illustre (XXXIX-XL). — Sire, » reprend Hugues de Barcelonne, € j*en sais une, mais elle est bien loin d'ici. C^est Hermengarde, fille de Didier, et sœur de Boniface, roi des Lombards. Je revenais dernièrement d'un pèlerinage à Rome et je m'arrêtai un soir à Pavie. Quand Hermengarde sut que j'étais à votre service, elle me fit, pour Tamour de vous, le meilleur accueil (XLI). » En entendant ce récit, Aymeri se prend pour Hermengarde d'une passion aussi vive que soudaine. « Je veux l'épouser, » s'écrie-t-il, « et si on me la refuse, jemeurai la Lombardie à feu et à sang (XLU)! »

Sur le conseil d'Hugues, il rassemble soixante de ses chevaliers les plus braves et les plus puissants, qui devront se rendre près du roi Boniface pour lui demander la main de sa soeur. Ces messagers (dont notre poète nous donne Ténumération complète) formeront un brillant cortège : richement vêtus, montés sur des mulets et des palefrois magnifiquement harnachés, ils se divisent d'après leur âge en trois compagnies, et s'avancent en pompeux appareil, avec une nombreuse suite de chevaux chargés d'armes et de richesses

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