CLXVIII INTRODUCTION
de faire pour nous des recherches sur ce problème géographique, mais il n'a pu en découvrir la solution. Bardeline n'est pas une rivière, ainsi que le vers 1982 pourrait le faire supposer. Il n'y a point de rivière de ce nom en Piémont ni en Lombardie, et du reste, la construction de la phrase indique nettement qu'il s'agit d'une ville ou d'un bourg. On n'eût point dit : A Bardeline sont,., passé., en parlant d'un fleuve. M. Rajna pense que 1' « eve roide de grant fierté », à laquelle il est fait ici allusion, était probablement la Sesia ^, dont le nom devait être cité précédemment dans un vers qui manque dans tous les manuscrits -, Mais, quant à Bardeline, on ne sait à quel lieu cette dénomination peut convenir. Elle n'est sûrement pas de l'invention de Bertrand de Bar-sur- Aube, car elle a une physionomie tout à fait italienne, qui nous donne une forte présomption en faveur de son authenticité. Il y a, en effet, dans la topographie du nord de l'Italie, quelques noms assez semblables à celui-là ; tels sont Bardella, Bardelli, Bardolino,
I. Avant d'atteindre Mortara, on avait aussi l'Agogna sur son passage, mais cette rivière est de moindre importance et n'a pu, autant que la Sesia, frapper notre poète par la rapidité de son cours.
2. Nous avons déjà signalé une autre lacune commune à tous les manuscrits (p. lviii). — M. Meyer suppose qu'il pouvait y avoir dans le texte primitif:
A Bardeline ont li conte passé Sesie, une eve roide de grant fierté.
Dans ce cas, il y aurait, non une lacune, mais une leçon altérée au second vers.
Bargdlino, Bardellone^ Bar:{0^ Baiya^ Bar:{io, Bar:{oîa^ Baliola, etc. Malheureusement, aucune de ces localités n'est dans une situation qui permette de ridentifier avec Bardeline. On ne peut, malgré la similitude de la forme, songer à Bardolino, qui se trouve sur le lac de Garde*, le bourg de Balzola (nom dont Bardeline pourrait dériver par l'intermédiaire d'une forme telle que Bal^olina) est assez voisin de Verceil, mais il est trop au sud. Entre Mortara et Pavie, il y avait un village nommé Barzi, où l'on avait fondé vers le milieu du xu*^ siècle un hospice destiné à recevoir les voyageurs et les pèlerins ^ Grâce à cette particularité, ce village, fort insignifiant en luimême, se recommandait spécialement à l'attention de notre auteur, qui a pu très bien en faire mention ici ^. Un rapprochement entre Bar^i et Bardeline n'est pas non plus inadmissible au point de vue grammatical-, on a pu, concurremment avec le nom de Bar:{i, se servir d'un diminutif Bar:{dlino ou Bar- \ellina, qui aurait donné naissance à la forme que nous trouvons dans notre texte français. Cette explication nous a été suggérée par M. Rajna; si elle n'est pas absolument certaine, elle est du moins la meilleure que nous ayons à proposer ^.