ÉPISODE DES NOIX ET DES HANAPS BRULES CLXXIX
France ^ Le rédacteur de cette chronique, dans le passage qui nous occupe, a suivi de très près le récit de Wace, et s'est borné à le traduire en prose; mais il ne Ta pas toujours bien compris, et il Ta modifié et paraphrasé en quelques points d'une manière peu intelligente. Nous jugeons donc inutile de citer ce texte, d'où l'on ne peut rien tirer de nouveau ^.
C'est aussi d'après la Geste des Norman^ qu'un chroniqueur anglais de la fin du xiv^ siècle, Henri de Knighton , a raconté, en termes un peu abrégés, l'histoire des fastueuses prodigalités du duc de Normandie à la cour de l'empereur de Gonstantinople ^.
Nous en dirons autant de l'auteur de la chronique mise sous le nom de Jean Brompton, qui écrivait au xv= siècle, sur des documents plus anciens ^. On doit à cet auteur un récit qui se rapproche beaucoup par certains détails de celui de Henri de Knighton. M. Paris pense que ces deux chroniqueurs « ont puisé à une
2. M. G. Paris a reproduit ce morceau d'après quatre manuscrits de la Bibliothèque nationale qui lui ont permis de donner un meilleur texte que celui de D. Bouquet; le plus ancien est du xiir siècle (/. cit., p. 528-9).
3. Chronica de evcntibus An^liœ, dans Twysden, Ilistoria' Anglicanes scriptores decem (Londres, lOSa), p. 23 t g.
4. Twysden, ibid., p. 911. — Les anecdotes du pèlerinage de Robert I ont étc admises, sur Tautoritc de celte chronique, dans VArt de vérifier les dates, 3*' éd. (1784), t. H. p. 839-840. L'histoiie des fers d'or y est indiquée, par erreur, coninie 5 ciaiu passée à Rome.
CLXXX INTRODUCTION
source latine où le récit de Wace avait été directement
utilisé ^. »
Ces versions postérieures ont d'ailleurs fort peu d'importance, mais nous trouvons dans certaines sagas Scandinaves un sujet de comparaison beaucoup plus intéressant. La Saga des Rois de Norvège, dans ses diverses rédactions, raconte au sujet du roi Sigurd le Pèlerin, passant en 1 1 1 1 à Gonstantinople pour se rendre en Terre-Sainte, Thistoire des fers d'or et des noix que Wace met sur le compte de Robert de Normandie ^. Voici en quels termes Pépisode des noix brûlées est rapporté par la version la plus ancienne de cette saga, contenue dans un manuscrit du xiii^ siècle, qui est connu sous le nom de la Morkinskinna :
Le roi Sigurd voulut un jour donner un repas à l'empereur. Et il ordonna à ses gens de préparer magnifiquement tout ce qui était nécessaire, selon qu'il en avait l'habitude et qu'il convenait à de riches hommes. Et le roi Sigurd dit à ses gens d'aller dans la ville dans la rue où on vendait le bois; il pensait qu'il en faudrait beaucoup. Ils dirent qu'ils voyaient entrer chaque jour dans la ville beaucoup de charges de bois et qu'il n'avait pas à craindre que le bois manquât. Mais il arriva que tout le bois dont ils avaient besoin avait disparu. Et ils le dirent au roi Sigurd. Il dit : « Voyez si vous pouvez vous procurer des noix; nous ferons notre feu avec cela aussi bien qu'avec du bois. » Ils allèrent et en achetèrent autant qu'ils voulurent. Sur ce, l'empereur arriva et ses amis avec lui. Ils s'assirent ensemble. Et Sigurd avait fait de grands frais, et il les hébergea royalement. Et