ÉPISODE DES NOIX ET DES HANAPS BRULES CLXXXV
1118, et c'est là qu'il avait réuni les renseignements qu'il a mis à profit dans son histoire. On peut se demander s'il n'avait pas recueilli aussi dans cette ville la légende des noix et des fers d'or, légende dont la scène était presque toujours à Constantinople^ et qui y avait eu successivement pour personnages Robert, Harald et Sigurd. C'est là une hypothèse séduisante au premier abord, mais M. Paris la regarde comme assez douteuse : « Il est plus probable, » dit-il, (( que rhistoire de l'ambassade à Constantinople circulait en Allemagne comme en France^ et que Berthold la connaissait avant son pèlerinage et Ta appliquée à son héros pour égayer un peu son pieux récit '. » On sait combien nos vieilles chansons françaises avaient de succès à l'étranger*, Tancien poème dont nous avons supposé Texistencc a pu être répandu dans les pays germaniques et y populariser la légende que nous étudions.
Ce poème, du reste, n'avait rien inventé; il n'avait fait sans doute que mettre en œuvre des matériaux antérieurs, car les épisodes qui devaient en former le sujet sont ailleurs racontés isolément. Domnizon, dans sa Vita MatJiildis, rapporte que le marquis Boniface de Toscane, en venant chercher en grande pompe, vers 1045, la fille du duc Frédéric de Lorraine, Béatrix, qu'il avait obtenue en mariage, avait fait mettre aux pieds de ses chevaux des fers d'argent, qu'il laissait perdre, lorsqu'ils venaient à se détacher*-
2. G. Paris, /. cit., p. 53(j; Pcrtz, Sfriyt., t. XII, p. 3Ô7.