‹ Aymeri de NarbonneChapitre 120 sur 244 · CLXXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CLXXXVI INTRODUCTION

Quant à Thistoire des manteaux, elle ne se retrouve, en dehors des textes que nous avons déjà cités, que dans un poème latin composé au xin^ siècle, surtout d'après des récits oraux, en Thonneur du comte Bernard de Lippe. On lit dans ce poème que Bernard, s'étant assis sur son manteau en présence de l'empereur Frédéric I, le laissa par terre en s'en allant; autant en firent, par son ordre, tous les siens. Rappelé par les assistants : « Ce n'est pas l'usage dans notre pays, » dit-il, « qu'un gentilhomme emporte le siège où il s'est assis K » Un rapprochement plus lointain, d'après M. Paris, se trouve dans un passage du roman d'Ipomédon, dont Tauteur anglo-normand, Huon de Rotelande, a pu très bien s'inspirer de Wace ".

C'est l'épisode des noix brûlées qui paraît avoir joui de la plus grande vogue. Il se rencontre à la fois dans Aymeri, dans Wace, dans les sagas norvégiennes et dans Berthold, tandis que plusieurs de ces sources omettent l'histoire des fers d'or et des manteaux. Nous avons déjà vu aussi que cette anecdote des noix a été rapportée séparément par Geoffroi du Vigeois qui la met sur le compte d'Adémar de Limoges. On l'a attribuée également à divers autres personnages. L'historien viennois Enenkel a donné place à ce conte

1. Magistri Justini Lippiflorium,p. p. G. Laubmann (Detmold, 1872). M. Wattenbach a signalé ce passage à M. Paris, qui à son tour nous l'a communiqué.

2. P. 540. Ce passage, cité par M. Paris {ihid., note 2), omet les traits les plus caractéristiques de Tanecdote, telle qu'elle est donnée par Wace et par Aymeri.

ÉPISODE DES NOIX ET DES HANAPS BRULES CLXXXVll

dans sa Wellchronik, écrite vers le milieu du xiii*^ siècle, et Ta présenté à peu près dans les mêmes termes que Wace et Berthold. Seulement l'empereur de Gonstantinople est remplacé par Tempcrcur d'Allemagne Frédéric II, et il n'est plus question d'un pèlerin ou d'un ambassadeur, mais du duc Léopold VI d'Autriche (mort en i23o), qui vient faire sa cour au souverain avec une suite de deux cents chevaliers :

Quant le prince arrivci à la cour et que l'empereur sut qu'il était là, il lui demanda très instamment, le noble empereur F'rcdéric, de manger son pain avec lui; il l'en pria et le lui demanda beaucoup. Alors le duc Léopold dit qu'il ne le voulait pas faire : « Si je devais manger votre pain, à quoi me servirait mon or rouge ? » Alors l'empereur dit avec sagesse : « Léopold, ce serait de l'amitié et non de l'arrogance. » Il ne put tant le presser qu'il voulût à aucun jour prendre son repas avec lui. Il dit : « La ville n'est pas si grande. Je vais défendre qu'on fournisse à ta cuisine aucun bois pour ton feu, que personne qui veuille vivre en paix avec moi t'en donne pour argent. » Sur quoi il envoya des messagers qui défendirent que personne fût si hardi que de donner au duc du bois pour ses deniers; il devait s'en repentir. Quand le duc ne put avoir de bois : « Ce n'est rien, dit-il aussitôt. Dites à mon maître d'hôtel d'acheter une maison, où on préparera publiquement tous les mets et où on chauffera les chaudières. » Quand l'empereur l'apprit, il envoya aussitôt des messagers dire que pour rien au monde on ne lui vendît une maison. Quand le duc Léopold vit cela avec son maréchal, la nuit étant déjà avancée, il acheta assez de noix pour qu'on pût avec sécurité préparer sa nourriture pendant un certain temps; car les coquilles de noix brûlent mieux que tout. On le fit savoir à l'empereur. Il s'écria : « Ah ! quel homme est ce duc d'Autriche! Je ne crois

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