VIE DE SAINT HONORAT CCXLV
me d'Alemagne, dont il a emprunté les noms au faux Turpin ^ Il a cherché aussi, en sa qualité de poète, à développer et à embellir le récit un peu sec de Thagiographe latin ; c'est ainsi qu'il met dans la bouche de Gharlemagne un éloge de saint Honorât qui n'est pas dans le texte primitif :
« Las ! si jamays seray am lo mieu car seynor,
« Sant Honorât lo payre, que mi fetz tant de honor, » etc.
Il nous reste à déterminer l'origine de cet épisode de la prise de Narbonne, tel que nous le présente la vie latine imitée ensuite par Féraut. Cette vie a été composée, croyons-nous, au monastère de Lérins, vers le milieu du xiii^ siècle 2, à une époque où les chansons de geste françaises étaient fort répandues dans le midi ^. L'auteur a pu connaître notre poème d'Aymeri de Narbonne, mais peut-être par l'intermédiaire de quelque texte oià la tradition était déjà notablement altérée '^. Au reste, les récits épiques qu'il a
1. Ces personnages sont énumérés à peu près dans le même ordre au ch. XI de la chronique de Turpin (éd. Gastets, p. 17-8). Féraut, du reste, cite plusieurs fois expressément cette chronique; c'est elle qu'il désigne lorsqu'il parle dans son prologue u de la sancta conquesta que ton en Ronsasvals ».
2. Les caractères de cette légende, et l'apparence peu ancienne des récits qu'elle a tirés des chansons de geste, nous tont penser qu'elle ne peut être beaucoup antérieure à l'année i2 5o. Cf. P. Meyer, /. cit., p. 5o3.