‹ Aymeri de NarbonneChapitre 177 sur 244 · I. — Ms. de la Bibl, nat. fr. /^p · texte numérisé non relu

I. — Ms. de la Bibl, nat. fr. /^p

(Fol. 1 r°) L'auteur annonce le sujet de son ouvrage : « Comment Aimery de Beaulande conquist par sa proesce la cité de Nerbonne que Sarrasins occupoient. » Il avertit ses lecteurs qu'il Ta traduit « de vielle rime en telle prose », car, ajoute-t-il dans une phrase que nous avons déjà citée, « plus volentiers s'esbat l'en maintenant qu'on ne souloit, et plus est le langage plaisant prose que rime. » Il proteste ensuite de sa fidélité à suivre son modèle, dont il n'a changé

magne surmontée d'un aigle d'or éployé. Au second plan est la quintaine dressée sous les yeux de l'empereur; celui-ci se lient à cheval, la tête ceinte d'une couronne fermée. Son enseigne, portée à ses côtés, est partie aux armes de France et de l'Empire. Sur la droite, on voit Aymeri escaladant avec ses compagnons les murs de Narbonne; sa bannière est blanche, ornée d'une croix d'or.

I. M. L. Gautier a publié un assez long fragment de cette version (du fol. 1 1° au fol. 4 v°) dans ses Épopées françaises {2^ éd., t. IV, p. 241-4).

LES VERSIONS EN PROSE CCLIIl

que le langage. Son ouvrage s'étendra, dit-il, « du commencement du conte Aimery jusques au finement de son fils Guillaume au court nez, qui conquist Orange dont il porta le seurnon tout son vivant. » Guillaume n'était ni le plus jeune, ni le plus âgé des enfants d'Aymeri, mais ce fut le plus vaillant. Aymeri était fils d'Hernaut de Beaulande, frère de Renier de Gennes, de Milon de Fouille et de Girart de Vienne. Ceux-ci étaient tous fils de Garin de Montglane. (yo) Garin vivait du temps de Pépin et de Doon de Mayence, qui eut douze fils, parmi lesquels étaient « Ogier, Guennes, Thiery d'Ardanne. »

Après cette énumération, notre auteur en vient à parler du désastre de Roncevaux, mais il ne veut pas s'étendre sur

cet événement, car il « est escript autre part piteusement

Trop grox seroit le livre qui pourroit toutes les adventures du temps Charlemagne conter, ne plus moings comme de la Table Ronde, du Saint Gran, d'Artur, de Lancellot, de Perceval, de Tristan, de Gabaad et de Gauvain, dont il est plusieurs volumes, pour tant que tous ne pevent estre en ung. » On a fait aussi, continue-t-il, plusieurs livres sur Charlemagne, mais ils sont dispersés en diverses mains, et il serait impossible à un seul homme de les réunir. Aussi se bornera-t-il à raconter la conquête de la noble cité de Narbonne. Elle eut lieu au retour d'Espagne, après la défaite de Roncevaux, où Charlemagne perdit Roland, Olivier, Yvon, Yvoire, Angelier et tant de nobles hommes, morts par la trahison de « Guennes de Haultefueille. »

(Fol. 2 r") Charlemagne arrive devant Narbonne; il s'informe quelle est cette ville. « .1. chevalier nommé Guinemer ', lequel avoit autrefoiz travercé par la et bien savoit le pais, » répond à l'empereur, et l'engage en même temps Il passer son chemin au plus vite avec ses troupes, (v*) Charlemagne, atlligé d'un semblable conseil, se prend à regretter

». bit non pas Naime, comme dans le poème original.

CCLIV INTRODUCTION

amèrement Roland et ses compagnons. Il Jure de ne pas partir avant d'avoir pris la ville. Ce serment jette ses chevaliers dans une profonde tristesse; tous sont pressés de rentrer dans leur pays, et aucun d'entre eux n'ose se proposer pour recevoir l'investiture de Narbonne. (Fol. 3 r») Cette abstention faitdéplorer encore davantage à l'empereur la perte de Roland. Il jure de nouveau de prendre Narbonne et d'y fixer son séjour ; puis il offre cette cité à Girart de Vienne. Celui-ci refuse, ainsi que les autres chevaliers auxquels il s'adresse ensuite, (v») Charlemagne, indigné de cet abandon, jure pour la troisième fois que s'il ne trouve à qui bailler la ville, il s'y établira lui-même et y bâtira un palais, « pour faire droit et raison a ceulx qui de lui auroient a besongnier. » Une nouvelle proposition qu'il fait à Hernaut de Beaulande n'a pas plus de succès. Mais Hernaut a un fils, Aymeri, qui pourra se charger de Narbonne à sa place '. (Fol. 4 r<») Il va donc le chercher et l'amène devant l'empereur qui lui offre la ville, et le requiert de lui en faire aussitôt hommage. Aymeri y consent, (v») et accomplit ce devoir féodal en présence de son père. Charlemagne ordonne alors à ses chevaliers de s'armer, de dresser leurs tentes sous Narbonne et d'engager un tournoi. Mais ceux-ci sont las de combattre et n'obéissent qu'à regret. Les Sarrasins les aperçoivent du haut de leurs remparts et reconnaissent l'armée de l'empereur.

(Fol. 5 r») Il y avait en ce moment quatre rois païens nommés « Abel, Balaam, Rodouan et Esclamart », qui régnaient à Narbonne, et tenaient pour le vieux roi Desramé le Grand tout le pays depuis la mer jusqu'au Rhône. Ces rois, en voyant leur ville menacée, tiennent conseil. Rodouan propose d'envoyer deux d'entre eux à Cordres pour réclamer le secours de Desramé, tandis que les deux autres

I. L'original est ici fort abrégé; la superbe apostrophe de Charlemagne à ses chevaliers fait entièrement défaut.

Page 1