Ms. de la Bibl. de V Arsenal ^^^i
(Fol. 223 r") Après le désastre de Roncevaux où Galien a retrouvé son père Olivier, l'auteur intercale le récit de la prise de Narbonne. La transition a lieu dans un paragraphe qui résume sommairement les aventures ultérieures de Galien :
a Charlemaineconquist Saragoce depuis et desconfist Baligant, le roy d'Auffrique, et son nepveu Langallie, et Mauprin de Turquie. Cellui fut pris en bataille par Galien et sauvé de mort, moiennant ce qu'il devint chrestien, et délivra Montsusain et Guinande la belle au damoiscl Galien qui depuis l'espousa, comme l'istoire pourra par aventure cy après racompter en parlant des fais de Galien, le noble damoisel. Mais a présent se taist l'istoire de lui et parle de Aymcry de Beaulandc. »
a Comment Aymery conquist Nerbonne dont il fut signeur et gouverneur tous son temps. »
(v) Charlomagne, au retour de Roncevaux, emporte avec lui les corps de Roland, d'Olivier et des autres barons, pour les faire ensevelir dans leurs pays respectifs. Avant son départ, il a laissé de vaillants chevaliers à la tète des pays conquis. Parmi ces chevaliers se trouve Galien qui veut absolument rester en Espagne pour venger la mort de son père. L'empereur passe par « Blaisves », et y enterre le corps d'Olivier, de Roland et d'Aude, puis il revient en France. (Fol. 224 r°) En traversant le Languedoc, les chevaliers de la suite de Charlemagne, aperçoivent une belle cité peuplée de païens. Ils s'empressent de s'éloigner pour ne pas être vus des habitants, car ils ont un vif désir de retourner en France. Mais l'empereur a vu aussi la ville, et il demande des rcn-
I. Voy. le commencement de celte version (du fol. 22 3 i® au fol. 227 r") dans les lîp. framaiscs (j." éd., t. IV, p. 2.44-7).
CCLXVllI INTRODUCTION
seignements sur elle. « C'est, » lui répond un chevalier, « une cité païenne dont il convient de s'éloigner au plus vite. » Charles s'informe de son nom et s'enquiert par qui elle est tenue. (v°) « Cette ville est Narbonne, » lui réplique le chevalier ; « elle appartient à un riche amiral « grant et terrible comme ung jayant », qui s'appelle Desramé. Ses États s'étendent jusqu'au gué du Rhône, et sa résidence habituelle est à Cordres sur mer. » Charlemagne réclame alors ses armes. Ses compagnons s'arrêtent, et chacun revêt aussi son armure, à grand regret, car tous étaient las de la guerre. Mais les hauts princes, Ogier le Danois, le duc Naime, Salomon de Bretagne, Renier de Gennes, Hernaut de Beaulande, Girart de Vienne, Hugues de Berry et autres, n'osent contredire l'empereur et suivent son exemple. (Fol. 22 5 r^) Le monarque se met donc en marche avec son enseigne en tête, tandis que les Sarrasins montent sur leurs murs pour observer les chrétiens.
Charlemagne éprouve une grande ioie à la vue de Narbonne, « si forte, si belle, si bien emparée et bastillée, et de grandeur assez spacieuse. » Il se propose de ne pas partir sans l'avoir conquise. Assemblant aussitôt ses barons, il leur représente qu'il serait honteux pour eux de s'en aller avant d'avoir pris la ville, et en fait l'abandon à qui osera l'accepter. (v«) A ces mots, les chevaliers restent ébahis, et nul ne profère aucune parole. L'empereur est saisi de tristesse en voyant qu'il n'a plus un seul chevalier assez hardi pour se charger de la garde de la cité, et il se met à pleurer Olivier, Roland et leurs vaillants compagnons, morts à Roncevaux. « Je ne partirai point », s'écrie-t-il, « que je n'aie pris Narbonne, et je la tiendrai moi-même, si je ne trouve personne pour la garder.» (Fol. 226 r*') Sans plus tarder il en commande le siège, et fait dresser sous ses murs les tentes et les pavillons. Puis il appelle de nouveau ses barons et ses princes ; il propose la ville à Girart de Vienne, mais celui-ci repousse cette offre, car il a déjà assez forte affaire de défendre ce qui lui appartient. (v«) L'irritation de Charlemagne redouble en