LES VERSIONS EN PROSE CCLXXV
« Comment Hermangart la pucelle fut envoyée a Vienne la
grant devers le duc Gerart qui vint au secours de son
nepveu Aymery. »
(Fol. 276 fo) Aymery appelle ses meilleurs amis ; il leur conseille d'aller trouver son oncle Girart, à Vienne, et de lui conduire Hermengarde. « Prévenez-le, » dit-il, « que Narbonne est menacée par Desramc, l'amiral de Cordres, Ferragus d'Arabie, Esclamart de Nubie, Abel et Glorion, et demandez-lui de m'envoyer dix mille hommes pour secourir cette cité avant que les païens aient eu le temps d'en organiser le siège. » (v") Hugues de Berry et Girart de Roussillon partent en toute hâte pour Vienne avec deux cents hommes et laissent à Aymeri le reste de la troupe. Arrivés près de la ville, ils envoient en avant quatre écuyers chargés d'avertir Girart de leur mission. Ceux-ci le trouvent occupé à jouer aux échecs avec Fouque de Candie, fils de Milon de Fouille. En apprenant la nouvelle que leur apportent les écuyers, Fouque et Girart montent à cheval, et se rendent avec mille chevaliers au-devant des Narbonnais. (Fol. 277 r") Le soir, après le dîner, ces derniers transmettent à Girart de Vienne le message d'Aymeri. Le comte rassemble alors dix mille hommes et jure de venger son neveu. Il part pour aller le retrouver et ne tarde pas à le rejoindre. Les barons éprouvent une grande joie en se revoyant, « et en cspecial Fourques de Candie et Savary, son frcre, Icsquelz devisèrent en chevauchant de pluiseurs choses entre lesquelles fut amenteu Galien Restoré qui moult bien retraioit a leur linagc de vaillance, de procsse et de haulte honneur. »
A deux lieues de Narbonne, l'armée s'arrête surprise par la nuit. Girart et Aymeri envoient des espions pour examiner les travaux des Sarrasins ; (v) ils voient l'amiral Desramé préparant des engins et des machines de guerre, et vont rapporter à l'armée le résultat de leurs observations. Les princes commandent aussitôt à deux de leurs hommes de faire le signal convenu en allumant un feu sur une haute montagne
CCLXXVI INTRODUCTION
située à une demi-lieue de Narbonne. Au point du jour, Aymeri, Girart de Vienne, Fouque, Savari, Hugues de Berry, Girart de Roussillon, avec leurs troupes jointes aux Lombards, attaquent le camp des Sarrasins à l'improviste. (Fol. 278 r») En même temps, les Narbonnais qui gardent la cité font une sortie. Desramé le jeune, Erofle deTartarie, Ferragus, Esclamart de Nubie et les autres rois se rendent dans la tente de l'amiral de Cordres qu'ils trouvent en train de se faire armer, et ils ordonnent ensuite de sonner de la trompe pour donner partout l'alarme. (v°) Les Sarrasins cherchent vainement à se défendre ; ils sont battus et mis en déroute. Colère du vieux roi Desramé qui se serait volontiers laissé tuer, si Ferragus ne l'eût entraîné hors de la mêlée. Tous deux se dirigent vers Orange ; Erofle se sauve à Nîmes, Abel à Beaucaire, et Esclamart à Béziers. Les Sarrasins qui ne peuvent s'enfuir tombent tous au pouvoir des chrétiens.
Les bourgeois de Narbonne sont dans l'allégresse en voyant leur ville ainsi délivrée. Aymeri songe alors àHermengarde, et envoie soixante chevaliers pour la chercher à Vienne. (Fol. 279 r") Aussitôt qu'elle est arrivée à Narbonne, il l'épouse en présence de l'archevêque de cette ville, de Girart de Vienne, de Fouque de Candie, de Savari, de Hugues de Berry, de Girart de Roussillon et de plusieurs autres « nobles hommes, cytoyens et bourgois. » La cérémonie est suivie d'une fête brillante ; les invités se séparent ensuite, et chacun s'en retourne en son pays. Girart de Roussillon et Girart de Vienne vont se rendre à une solennité à laquelle les a convoqués Charlemagne qui ignore encore le siège de Narbonne.
(v"*) Aymeri et Hermengarde eurent douze enfants; sept fils et cinq filles.
Girart, de retour à Vienne, songe à son neveu Aymeri, à Roland, à Olivier, à Milon et à ses fils Fouque et Savari, et témoigne ses regrets de ne point avoir d'héritiers. (Fol. 280 r°) Il demande à son épouse pourquoi Charlemagne l'a