LES VERSIONS EN PROSE CCLXXXIX
bonne a été reproduite dans une chronique française du xv^ siècle, contenue dans le ms. fr. 5oo3 de la Bibliothèque nationale ^ Cette chronique oflre de nombreux éléments romanesques empruntés à notre ancienne littérature épique, et elle est à ce point de vue d'un grand intérêt. L'épisode dont nous nous occupons commence au fol. 120 v°, à la suite d'un récit de la guerre d'Espagne pris au faux Turpin. Après avoir tiré vengeance du désastre de Roncevaux, Charlemagne retourne en France et fait ensevelir en grande pompe le corps de Roland dans l'église Saint Romain de Blaye. Il rencontre ensuite sur son passage la ville de Narbonne occupée par un roi païen nommé Balat, maître de forces considérables. Aussitôt il de-
I. Ce manuscrit qui a appartenu au président Fauchet date de la fin du xv" ou du commencement du xvi* siècle; il comprend 386 feuillets, et pre'sente une lacune au commencement. Un second manuscrit du même texte a été retrouve récemment à Florence par M. Meyer. — Le fond de cette compilation paraît avoir été pris dans les Grandes Chroniques de Saint-Denis; elle remonte jusqu'aux origines fabuleuses de l'histoire de France et s'arrête à l'avènement de Charles VI. M. Guessard, qui l'a signalée le premier à l'attention des érudits, croyait pour ce dernier motif qu'elle avait dû être écrite vers la fin du xiv' siècle (Macàire, introd., p. xxiii), mais nous la jugeons d'une époque un peu postérieure. Elle a dû être rédigée dans le cours du xv* siècle, car le récit de la prise de Narbonne qui s'y trouve inséré a, comme nous allons le constater, un rapport très évident avec les versions en prose d'Aymeri. Voy. au sujet de cette chronique G. Paris, Ilist. poétique de Charlemagne, p. 104-5 et 483-4; L. Delislc, Comptes rendus des séances de l'Acad. des Inscriptions et Belles-Lettres, 1879, p. 199 (cf. Bibliothèque de l'École des Chartes, 1879, p. 633-4); P. Meycr, Girart de Roussillon, introd., p. cxv.
CCXC INTRODUCTION
mande conseil à ses barons pour savoir s'il doit assiégier la cité. Le duc Naime et Ogier l'en détournent, en lui représentant la lassitude des Français qui n'ont pas revu leurs foyers depuis de longues années. En entendant ses pairs tenir ce langage, l'empereur baisse la tête et pleure amèrement la perte de Roland et d'Olivier. Un bachelier nommé Aymeri, fils d'Hernaut de Beaulande et neveu de Girart de Vienne, vient alors lui proposer de livrer un assaut à Narbonne. Gharlemagne lui confie ses troupes, et le jeune homme fait à leur tête de telles prouesses qu'il s'empare bientôt de la ville. L'empereur y entre avec ses chevaliers, et le roi Balat est amené devant lui. Sommé de recevoir le baptême, il refuse et est condamné à être pendu, ainsi que tous les païens qui ne veulent point se convertir. Charles donne ensuite à Aymeri la seigneurie de Narbonne et de tout le pays d'alentour; puis le jeune héros épouse Hermengarde, fille du roi Boniface de Pavie, dont il eut sept fils et cinq filles. L'aîné des fils fut Guillaume au court nez qui conquit Orange, la Provence, Nîmes, et tua Ysoré sous Paris. Sa sœur aînée épousa Louis, fils et successeur de Gharlemagne ^
Il est évident que ce récit a une relation de parenté très étroite avec les romans en prose. Le nom de Balat, la nature de son supplice, enfin la qualité de fille
I. Le chroniqueur parle aussi ailleurs (fol. 94) de « la noble ligniée de Hemery de Nerbonne, qui ot sept filz, dont l'un fut Guillaume qui conquist Orenge, qui puis occist devant Paris Ysoré le jaiant. »