‹ Aymeri de NarbonneChapitre 204 sur 244 · LES VERSIONS EN PROSE CCXCI · texte numérisé non relu

LES VERSIONS EN PROSE CCXCI

de Boniface attribuée à Hermengarde, ne laissent aucun doute à cet égard.

Nicole Gilles fait aussi mention de la même tradition dsius SQS Annalles et cronicques de France (éd. de i538, t. I, fol. cxxxi v° -fol. cxxxii r°) ' :

(Après le désastre de Roncevaux) l'empereur Charlemaigne se mist a chemin pour retourner en France, et vint par les marches de Languedoc, et print la cité de Nerbonne que tenoit le roi Balaac, Sarrazin. L'empereur l'admonesta de soy faire baptizer, et il luy laisseroit sa terre, mais riens n'en voulut faire, par quoy l'empereur le feist pendre a ung gibet et tous les Sarrazins furent tue's.

Ledit Charlemaigne, empereur, donna a ung gentil

chevalier nommé Emery, qui estoit filz de Regnault de Beaulande, qui occist Aygolant, et nepveu de Girard de Vienne, la cité de Nerbonne qu'il avoit prinse sur le roy Balaac, Sarrazin, dont icelluy Emery avoit esté cause, et en demoura seigneur, et eut a femme Emengarde, fille de Boniface, roy de Pavie, dont il eut sept filz et cinq filles; l'aisné fut connestable de France, Guillaume au court nez, qui conquist la cité d'Orenge, le Puys, Provence et autres sur les Sarrazins, et tua le grant géant Ysore devant Paris, et son aisnée seur fut royne de France, mariée a Loys le Débonnaire, filz de Charlemaigne ^

On reconnaît ici, comme dans la chronique du ms. 5oo'i, les traits caractéristiques des romans en prose.

1. Annalles et cronicques de France composées par feu de bonne mémoire maistrc Nicolle Gilles, secrétaire du roy et contrcrolleur de son trésor. Paris, chez Galliot du Prc, i538.

2. Catel, dans ses Mémoires de Vhistoire du Languedoc (p. 560), cile ce passage de Nicole Gilles, et s'appuie sur lui pour taire de i'Aymeri légendaire le premier vicomte de Narbonnc.

CCXCII INTRODUCTION

Cette chronique a été sûrement la source à laquelle Nicole Gilles a puisé son récit. Il y a, en effet, entre les deux textes une grande similitude d'expressions ; tous deux rappellent la conquête d'Orange et de la Provence par Guillaume, et sa victoire sur le géant Ysoré.

Besse raconte la même légende, sans doute aussi d'après la chronique ou d'après Nicole Gilles, dans son Histoire des comtes de Carcassonne (Béziers, 1645, p. 52). Seulement Carcassonne a, probablement par erreur, remplacé Narbonne dans son récit :

...Au temps que Charlemagne entra en armes dans le Languedoc... Balaach estoit roy de Carcassonne. La personne de ce dernier estant tombée ez mains du Roy Chrestien, il l'exhorta de se faire baptiser, et sur le refus qu'il en fit avec quelques blasphèmes qu'il adjousta contre Jesus- Christ, par le commandement de l'Empereur, il fut pendu et estranglé à un gibet.

On voit quel crédit notre légende, même sous sa dernière forme, a obtenu auprès des historiens.

Page 1