LA LÉGENDE D^AYMERI EN ITALIE CCCVII
Gascogne avec son armée sous les murs de la cité de Narbonne. En apercevant cette ville, l'empereur ne songe qu'à la conquérir, et veut, le matin même, lui faire donner l'assaut. Mais le sage duc Naime le détourne de cette entreprise qui coûterait la vie à un trop grand nombre de ses hommes :
« Più non parlate di cotai dottrina, « Per che si vede per verita iscorta « Che assai di nostra gente è stata morta. »
Il lui recommande seulement d'adresser au Ciel une prière, pour obtenir la grâce de pouvoir prendre Narbonne sans combat. Charles suit alors ce conseil et se met en oraison.
Christo all-hora il suo prego exaudio, Che da un lato di quella cittade, Corne piacque a Dio e sua madré pura.
Tutte per terra cascorno le mura.
Carlo intrù dentro con sua gente, Che non gli fu da persona contrastato.
I Saracini tutti communamente, Si fu ciascun a sua fedc battizato.
Le lendemain Tempercur demande à ses barons si Tun deux veut accepter la garde de la ville.
Non fu allhora duca ne barone Che a cosl fatta cosa respondessc E dica per nessuna cagione ; Non fa niuno che rimaner volcsse.
Charlemagnc, en les voj^ant tous si découragés, éprouve un vif dépit. Heureusement, Arnaldo d'Orbclanda (Hcrnaut de Bcaulandc) arrive à propos
CCCVIII INTRODUCTION
pour le consoler ; il consent à recevoir Narbonne, non pas pour lui-même qui est trop vieux et ne peut supporter un tel fardeau, mais pour son fils,
« Il quai picol fantiiio lo lasciai, « Quando partimi già cotanti anni.
« Credo che sarà grande horamai, « Che ben potrà portar di guerra affanni ; « Ch'io in guerra non entro hogi mai, « Con duchi, o re, o conti, o tiranni. » Allhora disse Carlo : « Hora m'intendi. « Corne tu di, per tuo figliol la prendi.
AUhor Arnaldo la signoria toise, Con quella gente che vole tenere.
Carlo con l'hoste inver Franza si volse ; Ognun cavalca quanto so potere.
On reconnaît ici à première vue tous les principaux traits de l'épisode du ms. IV de Venise. Notre poète a très évidemment mis ce dernier texte à contribution ; il l'a suivi d'assez près et s'est borné à l'abréger et à en retrancher les détails qui auraient trop allongé son récit. Il supprime, par exemple, le voyage d'Hernaut et son retour à Narbonne en compagnie de son fils ^ ; on voit qu'il cherche avant tout à être bref, afin de ne pas retarder le départ de Charlemagne pour la France
I. Dans le ms. IV, on voit les dames de Paris se livrer aux accès delà plus vive douleur, lorsqu'Hernaut leur apprend la mort de Roland et des autres pairs (v. 4o36 et suiv.). L'auteur de la Spagna paraît avoir imité ce passage dans son ch. XL, en nous dépeignant la tristesse générale qui se manifeste au retour de l'empereur ;
Uscivano di Parigi fuori le dame Con le fantine, ognuna si scapiglia, etc.