ÉTABLISSEMENT DU TEXTE LXI
A^ et C ont une mauvaise leçon commune : nue roche ester.
De plus, ils omettent tous deux les v. 19,381, Sg i , 467, Soi.
Ils possèdent, d'autre part, le v. 281 qui manque aux autres manuscrits.
Comment expliquer cet accord entre deux textes que nous avons reconnus appartenir, dans leur ensemble, à deux familles bien distinctes? Nous croyons que le copiste de A^ ^ eu d'abord sous les yeux un manuscrit de la famille C; il Ta suivi pour les 5oo premiers vers environ, puis il Ta quitté pour se servir du ms. A, original du ms. A^, ou tout au moins, d'une copie très voisine de cet original. A partir de la tirade XIX, notre classification s'applique avec une complète exactitude, et Ton n'observe plus dans les variantes la moindre infraction aux règles que nous avons constatées. Si parfois l'accord de certains manuscrits semble en contradiction avec nos principes, ce fait, d'ailleurs très rare, ne se produit jamais que dans les cas où il peut y avoir eu une rencontre purement fortuite. Ainsi l'on n'a pas à tenir compte, bien entendu, des variantes qui s'appliquent aux locutions banales, aux lieux communs du langage des chansons de geste ; les suppressions de vers sont aussi sans importance, lorsque les copistes des manuscrits ont pu avoir, indépendamment l'un de l'autre, les mêmes motifs d'omettre ces vers.
Nous en avons un exemple dans le passage suivant (v. 1433-35) :
LXII INTRODUCTION
Einçois en ert maint escuz estroez, Et maint haubers desrouz et despanez, Et maint Lonbars ocis et desmenbrez.
Les mss. A^ et B^^ quoique étant de familles absolument séparées, ont passé le v. 1434. Mais ce n'est là qu'une coïncidence accidentelle, très facile à expliquer: le vers en question est une formule extrêmement commune, insignifiante et peu nécessaire au complément de la phrase ; de plus, il commence par les mêmes mots que le vers suivant, ce qui est une cause fréquente d'erreur et d'omission pour les copistes. On conçoit donc qu'il a pu être supprimé à la fois dans nos deux manuscrits, sans qu'on puisse tirer de ce fait aucune conséquence pour leurs rapports réciproques ^