ETABLISSEMENT DU TEXTE LXV
Lunel, dép. de l'Hérault), a mis à la place : En J. /^aui. De même, au v. igSô, il a remplace la leçon a Ver:^iaus (Verceil), par aver^s euls.
Il s'est efforcé aussi de régulariser les rimes, lorsque Fauteur dans une tirade en ev a par exception admis des finales en é et en c^, ou réciproquement. Dans ces cas, notre copiste s'est ordinairement imposé le travail de faire disparaître ces assonances pour revenir à des rimes parfaites, mais il n'y est parvenu souvent qu'aux dépens du sens et de la justesse de l'expression.
C'est ainsi qu'au v. 3o29, il fait dire à Aymcri :
« De cel avoir qu'avons fet assembler « Ferai mes noces....,
au lieu de : qui la est asaiblé, seule bonne leçon, car il s'agit en cet endroit de richesses amassées par les Sarrasins. (Voy. aussi les vv. 284, 35o9, SgoS, 3904, 3930, 3945, 3962, 3994, 4009, 4010, 4012, 401 3, 4022, 4023, 4024, 4027, etc.)
Ailleurs, pour arriver à son but, il ne recule pas devant un barbarisme. Il écrit par exemple cspic}pour espîe'; (v. 36^7), vioiticr pour moitié (v. 3710), se ne vous i garder pour garde^ (v. 4028).
En voulant corriger les vv. 4025-26, il en arrive à se permettre un enjambement très hasardé :
Li rois saillirent, quar moult espoventer Pristrent, puis dist Aymcri au vis clcr, etc.
Outre ces défauts, on peut lui reprocher encore des
Lxvi INTRODUCTION
interpolations fort maladroites. Nous en avons signalé plus haut un exemple frappant (après les vv. iSSg et 1860).
Le ms. C n'occupe que le dernier rang, au point de vue de l'exactitude et de la correction du texte. Quoique plus ancien que B^ et B^, il leur est sensiblement inférieur, et ses leçons sont ordinairement moins bonnes. Nous avons vu aussi que les omissions de vers sont chez lui assez fréquentes.
En somme, nos manuscrits, malgré les particularités qui les distinguent, malgré leur valeur un peu différente, sont suffisamment rapprochés les uns des autres, même ceux qui appartiennent aux familles les plus nettement séparées, pour que leur comparaison permette de restituer le texte primitif d'une façon à peu près certaine.
Cette restitution est facile et peut se faire d'après des principes très sûrs. Nous avons vu que nos manuscrits se divisent en deux classes : l'une comprend la famille A, l'autre les familles B et C. B^ et B^ étant extrêmement voisins, nous nous sommes contenté d'emprunter les leçons de ce dernier que nous désignons constamment par B dans les variantes de notre texte. Ceci posé, nous restons en présence de quatre manuscrits, dont Tétude approfondie nous fournira une base très solide pour notre travail.
Lorsqu'il y a accord pour une variante entre les manuscrits appartenant aux deux classes distinctes, il est évident que cette variante remonte à X\ l'original commun de ces deux classes, et qu'elle doit être adoptée.