ÉTABLISSEMENT DU TEXTE LXVIF
Ainsi, quand nous avons pour un même vers deux leçons: i^ A' A^ B, 2" C, ou bien : i^ A' A^ C, 2^ B, ou encore : 1° A\ 2" A- B C, il est clair que les bonnes leçons seront, dans le premier cas A^ A^ B, dans le second A^ A^ C, dans le troisième A^ B C.
De même, si nous avons trois variantes : \° A^, 20 A'^ B, 3° C, ou bien : 1° A^ C, 2° A\ 3° B, il faudra nécessairement choisir les leçons A^ B q,x A"^ C.
Lorsqu^il y a partage entre les manuscrits des deux classes, lorsque, par exemple, A^ et A^ ont une même variante, tandis que B tt C en offrent une autre en commun, il est souvent difficilede reconnaître quelle est la leçon originale. En effet, B tt C par leur accord nous permettent bien de remonter jusqu'à la leçon de Y, leur source commune, mais non jusqu'à celle de X', source de tous les manuscrits. Dans ce cas, il convient d'opter pour la leçon qui paraît la meilleure et la plus correcte. Si toutes les deux sont d'égale valeur, nous devons donner la préférence à celle de .1^ et i4~. Ces manuscrits étant les plus fidèles, la présomption d'exactitude doit toujours être en leur faveur.
Nous agirons de même, quand nous aurons trois variantes : i'^ jV A^, 2° B, 3'^ C. Nous suivrons dans notre texte la leçon A^ A^, k moins que celle de B ou de C ne soit évidemment la plus satisfaisante.
i4^ et yl 2 peuvent se trouver aussi en concurrence, par exemple dans la combinaison suivante : 1" .1', 2° A-, 3° B C. Alors nous accordons en général à .1 ' le pas sur A^, qui lui est un peu inférieur.
IXVIII INTRODUCTION
Dans les 5oo premiers vers où A^ se rapproche de C, tandis que A^ s'accorde le plus souvent avec B, nous adoptons plutôt les leçons A^ B, B étant constamment meilleur que C.
Par le même motif, lorsque ^^ et ^^ ont une mauvaise leçon et que le choix est restreint entre deux leçons également acceptables, offertes par B et C, nous préférons celle de B, qui nous présente plus de garantie d'exactitude.
Telles sont les règles que nous avons suivies pour rétablissement de notre texte. Grâce à elles, nous avons pu reconstituer avec une presque entière certitude le manuscrit X\ d'où dérivent tous les manuscrits actuellement connus. Or ce manuscrit était très voisin de Toriginal ; peut-être même était-il directement copié sur lui; en tous cas, il devait être d'une date peu postérieure. Nous nous trouvons donc dans des conditions extrêmement favorables pour donner une bonne édition de notre poème.
La langue et l'orthographe n'offrent pas non plus de sérieuses difficultés. Aymeri de Nai^bomie, ainsi que nous le démontrerons plus loin, a été composé vers le commencement du xiu^ siècle par un trouvère de la Champagne méridionale. Les manuscrits A^ et A-, qui remontent environ au milieu du xin^ siècle, ont pu être écrits du vivant de cet auteur. Ils l'ont été du moins à une époque où sa langue n'avait pas encore eu le temps de subir de notables transformations. D'autre part, ils sont l'œuvre de copistes dont le dialecte ne semble pas différer de celui de notre trouvère,