‹ Aymeri de NarbonneChapitre 36 sur 244 · ETABLISSEMENT DU TEXTE LXIX · texte numérisé non relu

ETABLISSEMENT DU TEXTE LXIX

et ils doivent avoir reproduit assez fidèlement les formes grammaticales du texte primitif; on peut donc les prendre pour guides et leur accorder une entière confiance.

Nous n'en dirons pas autant du manuscrit C. Bien qu'il soit contemporain de i4^et A-, son texte est beaucoup moins pur. li nous paraît avoir été transcrit par un copiste de la Lorraine ou de la Champagne orientale, qui a introduit çà et là des formes particulières à son dialecte. C'est ainsi qu'il écrit : panscir, raasseir, raleir, rofreis (rofrés), nonmei (nommé), redouicis, rcineis, torneie, asseis, malfcis (maufés), grei (gré), hei (hé), bontcis, veriteis, rcnommeic, demeic (demie), j<3/ (ja), çai (ça), lai [\di)^Bernairs^ Richairt^ etc. Ces formes sont tout à fait étrangères à la langue de notre chanson, et le ms. C, au point de vue grammatical, doit être complètement mis à l'écart.

Les mss. B"^ tiB~, d'autre part, sont trop peu anciens pour qu'on puisse en tenir compte. Leur texte est rajeuni et ramené à l'orthographe en usage au xiv^ siècle. On trouve par exemple dans B- des formes telles que : escript, roy, lof, etc.

Il nous reste donc A^ et A- qui ont à peu près le même système orthographique. Ils notent en général par e la diphthongue ai, principalement lorsqu'elle vient d'un a latin et d'une gutturale vocalisée. Ainsi ils écrivent: fere, trcrc, plcrc, plct, mes, Icssicr, bcsier, etc., et parfois aussi à la i^^ personne du futur : faudré, vodrc, rcmaudré, tcnrc, etc.

LXX INTRODUCTION

Ils notent ordinairement par o le son de Vo fermé : jor, ior, doter.

Ils représentent souvent le g doux par un 7 ; jentis, jjutement, et surtout dans la désinence âge : menaje^ coraje^ rivaje^ sauvaje, barnaje^ caje^ etc.

Ils suppriment après un i ou un u le ^ à la Supers, du sing. du prétérit : issi, norri, oï, vesqui, fu.

Ils ajoutent dans quelques mots une 5, pour indiquer la prononciation d'une voyelle longue : vost (voulut), vos te (voûte).

Ils emploient enfin presque indifféremment deux s ou une seule pour noter le son de Vs douce et de 1'^ dure : scssir (saisir) ^, bessier et besier (baiser), /o^^é et f osé (fossé), lessier et lesier (laisser).

L'orthographe de nos deux manuscrits ne diffère que sur un très petit nombre de points. A^, par exemple, écrit presque toujours : ennorer (honorer), ermor^descnnor; A^ écrit au contraire ; anore7^, anor,desanor. A^ note par angne ou engne la finale dérivée de la désinence latine anea, et en général toutes les terminaisons qui sont rendues par agne et eigne dans le français moderne : montetigne, entrengne^ chastengne, haiitengne, Alemengne^ engangne, ensengne, A^ écrit aingne : montaingne, antraingne, chastaingne^ autaijîgne, Aîemaingne, angaingne, ansaingiie. Le son nasal oin du français moderne est exprimé par ong dans A^ : bcsong, pong. A^^ par un procédé

i.Ils écrivent constamment sessir, à l'exclusion de la forme sesir.

ÉTABLISSEMENT DU TEXl E LXXI

assez bizarre, supprime ïn et se contente du ^'^ : bc-

A^ met dely cV, pour de le, en le ; A' écrit do,o.

Telles sont les ditrérences les plus caractéristiques qui existent dans Torthographe des mss. A^ et A-. Elles sont, on le voit, d'assez minime importance, et nos deux textes, au point de vue de la correction grammaticale, sont à peu près d'égale valeur.

Comme .1^ offre d'habitude les meilleures leçons et que nous lui avons donné pour le fond la préférence sur les autres, nous l'avons suivi aussi pour la forme, et nous avons adopté entièrement son orthographe. Nous nous en sommes seulement écarté dans certains cas fort peu nombreux, où A'^ donne des formes orthographiques évidemment meilleures et plus conformes aux usages des autres manuscrits.

Ainsi A^ écrit toujours : enz;^, inehit, seint. Mais ^2, d'accord avec les autres mss., écrivant : aini ^, maint, saint, nous avons préféré ces formes, mieux en rapport avec l'étymologie.

De même, au lieu de oissir^ forme particulière à ^\ nous avons écrit issir, avec le reste des mss.

Enfin, nous avons rejeté la forme 7V5;/e(regnum), que donne 4^, pour adopter la fornic plus correcte règne, fournie par les mss. A^ et B.

Nous avons de plus rétabli autant que possible la déclinaison que le copiste de /P (comme du reste ceux des autres mss.) n'observe plus bien régulièrement.

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