‹ Aymeri de NarbonneChapitre 38 sur 244 · AUTEUR DU POEME LXXV · texte numérisé non relu

AUTEUR DU POEME LXXV

Ces faits sont racontés tout au long dans Girart de Vienne, Charlemagne, pendant la guerre qu'il soutenait contre Girart, était allé chasser une fois aux environs de Vienne. S'étant laissé entraîner seul, loin de ses compagnons, à la poursuite d'un sanglier, il fut surpris tout à coup par Girart et ses frères, et tomba en leur pouvoir. Ceux-ci traitèrent leur prisonnier avec tous les égards dus à son rang, mais Aymeri qui les accompagnait^ se montra implacable ; il voulait que l'empereur fût mis à mort, et c'est à grand peine que Ton parvint à le ramener à des sentiments moins farouches^ . Les vers que nous venons de citer rappellent cet épisode et en résument les principaux traits d'une manière fort précise.

La dernière tirade de Girart de Vienne renferme aussi une allusion qui ne laisse aucun doute sur l'identité de son auteur avec celui d^ Aymeri :

Mors fa Rollans et li autre baron,

Mais d'aus ici a tant vos laisseron, Et de Girart de coi chante' avon, Et de Rainier, et d'Hernaut le proudon, Et d'Olivier q'iert Rollant compaignon.

Don fil Hernaut si après vos diron :

C'est d'Aymeri qui tant par fu proudon,

Le seignor de Nerbone. (Éd. Tarbé, p. 181.)

On pourrait objecter que ce couplet a été ajouté postérieurement. M. P. Paris i^IIist. littéraire.

I. ÉJ. Tarbc, p. iGb cl suiv. — Ct. Épop- françaises, 2<' cdit., t. IV, \\ 226-228.

LXXVI INTRODUCTION

t. XXII, p. 460) y voit simplement l'œuvre « d'un copiste ou du jongleur pour lequel la copie avait été faite. » A la vérité, ces sortes de couplets, placés à la fin des chansons de geste pour y rappeler certains héros ou annoncer d'autres chansons racontant leurs exploits, manquent souvent d'authenticité et sont dûs aux jongleurs qui les récitaient ou aux compilateurs des manuscrits. Mais notre tirade de Girart de Vienne se rattache fort bien à ce qui précède; elle est du même style que le reste, et de plus, elle se trouve dans tous les manuscrits que nous avons consultés^ . Nous

1. Le manuscrit du Mus. Brit. Roy. 20, D. XI ajoute encore à la lin Je Girart de Vienne un autre couplet fort insignifiant qui a pour but de ménager la transition avec Aymeri de Narbonne :

Challes repaire qui moult ot enduré, Perdu ses homes, souffert mainte durté, Sovent em pleure, s'a du cuer souspiré. Dus Naimes l'a bonnement conforté Et li a dit : « Sire, pur l'amour Dé, * Lessiez ester, plus n'i ait duel mené, « Car il n'affiert en vous ait tel pensé ; « On doit lessier ne puet estre amendé. > Et dist li rois : « Vous dites vérité, « Mais par ce Dieu par cui sommes sauvé, « 11 n'iert jamais de par moi oublié.

« Ains l'avront Turc et paien comparé, « N'avront repos en trestout mon aé « Li glouton de put aire. »

(Fol. 62 v" col. IIL— Ward, Catalogue, t l, p. 636.)

A la diflérence du couplet précédemment cité, celui-ci paraît bien être une addition plus récente. Il arrive assez mal à propos et offre un caractère fort banal; son inyle aussi se distingue nettement de celui du poème. Ce morceau, du reste, ne se trouve à notre connaissance dans aucun autre manuscrit; il nous semble n'être qu'une

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