XCVIII INTRODUCTION
suprématie dans le domaine littéraire. Les trouvères des diverses provinces lui donnaient souvent la préféférence sur leurs propres dialectes, et s'efforçaient de récrire aussi purement que possible '. C'est ce que l'on observe pour la chanson d'Aymeri \ l'auteur, quoique originaire de la Champagne, ne fait point usage des formes grammaticales particulières à ce pays. Son dialecte ne présente aucun des traits qui caractérisent la langue du sire de Joinville et la langue de Reims au xiii^ siècle, si bien étudiées par M. de Wailly 2. Ainsi, l'infinitif de la première conjugaison n'est jamais terminé en e/r; la désinence latine atus^ atiim, du participe passé est toujours représentée par es, é, et non par eis, eit, et ; il en est de même des désinences aîem et alem de certains substantifs et adjectifs : veritatem a donné verte et non vertei, hospitale, ostel et jamais osleil; enfin, on ne trouve aucun exemple de terminaisons en ay^ent à la troisième personne du pluriel du prétérit de la première conjugaison. Toutes ces formes qui distinguent le langage champenois font ici défaut ^.
Nous n'avons donc pas à insister longuement sur les règles grammaticales de notre poème, qui lui sont
1. Nyrop, Den oldfranske Heltedigtning, p. 400 ; traduct. italienne, p. 38i.
2. Histoire de saint Louis par Joinville, éd. de 1874, p. 5 10037 ; Observations sur la langue de Reims au XIII^ siècle ( dans le t. XXVIII des Mémoires de l'Académie des Inscriptions.)
3. Sur les rapports et les différences de la langue de Joinville avec celle de l'Ile-de-France, voy. les remarques de M. de Wailly dans son éd. de YHist. de saint Louis, p. 536.