‹ Aymeri de NarbonneChapitre 51 sur 244 · LANGUE DU P0EM1£ CI · texte numérisé non relu

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et OÙ, par conséquent, elle ne peut être attribuée à une erreur de copiste.

Ainsi on trouve ramirant au sujet dans les v. 35o5, 358 1, 3585, à côte de la forme régulière // amirauy, qui est donnée par les v. 3539, 3641, 4039, etc.

De même, on rencontre à la fois au sujet lost (v. 3593) et // 0; (v. 3jo6)*, l'un (v. 4142) et //' uns (v. 4256).

Pour certains mots, au contraire, dont le régime, contrairement à la règle générale, a fini par être supplanté dans la langue moderne par la forme du sujet, on voit déjà notre texte donner souvent la préférence à cette dernière forme. Par exemple, à côté du cas régime seror qui est employé plusieurs fois (v. J776, i883, 25o3, 4433), on trouve plus souvent encore aux cas obliques la forme nominative suer (v. 1675, 22i3, 2356, 2368, 2388, 241 1).

Traître est aussi mis une fois au régime pour Iraitor (v. i853) '. C'est là un fait intéressant à constater, car il témoigne d'une tendance qui s'est développée depuis dans le français moderne, où la forme traître Ta emporté.

La flexion des verbes dans Aymeri n'a rien de particulièrement intéressant. Remarquons seulement aux secondes personnes du pluriel des futurs Tcmploi simultané de la forme étymologique oi\ et de la forme

I. La forme bev est employée une lois à la rime pour le régime singulier baron v. 33o); on la Uouvc égalcmeiil à la lime pour le sujei pluriel (v. 2110^.

Cli INTRODUCTION

analogique e^, par ex., vendroii (v. 617, 1280), et rendre:^ (v. 3337); vodroii (v. 733, 734, 2091), et vodrei (v. 1422). La première de ces formes est d'un usage fréquent et se rencontre même à la seconde personne du pluriel de certains subjonctifs présents : vendoii (v. 2139), dioii (v. 23o3).

Les participes passés des verbes en ier ont parfois au féminin la finale ic au lieu de iée : traveillie (v. 128), cominencie (v. 1736). Cette assimilation à'iée à ie s'est produite d'abord, comme on sait, dans la France septentrionale, à une époque peu ancienne \ La finale iée, d'ailleurs, est plus souvent usitée que l'autre dans notre poème : brisiée (v. 1823, i85^, 4462), desmailliée (v. i858), etc.

La troisième personne du singulier du prétérit des verbes de la deuxième conjugaison présente dans deux cas la terminaison archaïque ié, mais seulement à la fin des vers : descendié (v. 2990), respondié[\. 3oo6) ^.

Vestir fait à la fois au participe passé W5^/ (v. 122, 370, 41 18), et vestu (v. 41 1, 1571, 1622, i8o3). On trouve de même fervesti aussi bien que fervestu. (Voy. le vocabulaire.)

Nous signalerons enfin quelques formes tout à fait anomales qui constituent de véritables incorrections. Ainsi, à l'imparfait du subjonctif du verbe estre, à côté des formes régulières fiist et fussent, on rencon-

1. Voy. l'introd. de Raoul de Cambrai, éd. de la Soc. des anc. texles,p. Lxxv.

2. Au sujet de cette forme, cf. Romania, t. IV, p. 122, t. X, p. 21Ô, 217.

LANGUE DU POEME Clll

ivefetfsi (v. 1 108) ctfef'fsseiil (v. 4702); à la troisième personne du pluriel du conditionnel du verbe avoir, on trouve avriont pour avroicnt (v. 2621) ^ Il est probable que feust est une forme faite par analogie sur le modèle des imparfaits du subjonctif de certains verbes, tels que eiist, peiisi. Avriont semble du à rinlluence de la troisième personne du futur pluriel avront. Ce sont de ces violences que les trouvères se sont souvent permises à l'égard de la langue, pour satisfaire aux exigences de la versification.

Nous ne ferons qu^une seule observation au sujet de la syntaxe. On sait que dans l'ancien français on pouvait à volonté laisser invariable le participe passé joint au verbe avoir, ou le faire accorder avec le régime ^. Lorsque le régime précédait le participe, raccord avait lieu le plus habituellement, comme dans la langue moderne. L'auteur àWymcri s'est souvent affranchi de cette dernière règle, même après un relatif, lorsqu'elle le gênait pour la rime; ainsi il écrit :

Grant fa l'ofrande que il li ont doné (v. 3599). Paicn ont molt noz cresticns grevé (v. 4183).

(Voy. aussi les vv. 3598, 4189, 4233, 4248, 4252, 42G9, 4274, 4284, 4333, etc.)

1 . Au lieu lie avriont, le ms. B met avvoit ja, el le ms. (' avrunt jai ; mais ces corrections ne sont pas a».lmissibles : le sens ne permet, en ellel. ni le singulier, ni le fulur.

2. Diez, GiiiDunAirc des Uni<;ues ronuDics, U\\A. tianç., t, III, p. 271 ; N. de Wailly, Langue et grammaire de Joinville, dans l'éd. de VIJist. Je saint Louis (1874), p. 528.

^2lv INTRODUCTION

A l'époque où fut composé Aymeri de Narbonne, le style des chansons de geste était jeté dans un moule passablement uniforme. On abusait alors des expressions banales, des clichés invariablement reproduits chaque fois que l'occasion s'en présentait. Les jongleurs avaient à leur disposition une série de phrases toutes faites, d'un emploi facile, dont ils se servaient sans cesse pour remplir et allonger leurs couplets. Une rime en eut était-elle nécessaire, leurs héros prenaient saint Climeni à témoin de la vérité de leurs discours. Dans une tirade en is, ils juraient « par le cors saint Denis ». Dans une tirade en ier, ils avaient toujours « le vis fier », et faisaient « molt aproisier ». Ils étaient « a lacère vertu, aujier corage, au corage hardi, etc. », lorsque la rime l'exigeait. Il y avait, en un mot, de ces lieux communs pour toutes les rimes et pour toutes les situations ^. Bertrand de Bar-sur-Aube n'a pas su se mettre en garde contre ces abus. Il paraît avoir fort bien possédé la littérature épique de son temps-, aussi a-t-il prodigué les locutions alors en usage, formules de serments, épithètes oiseuses, chevilles de toute espèce, dont les chansons du xin'^ siècle abondent. M. Meyer a donné une longue liste de ces sortes d'expressions, employées par Tauteur de la première partie de Raoul de Cambrai-. La plupart se retrouvent dans Aymeri, et notre poète ne s'est pas mis sur ce point en grands

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