Aymcri et Hermeiig-arde
Aymeri de Narbonne est-il un personnage purement imaginaire, ou bien a-t-il réellement existé un héros de ce nom dont la poésie a pu garder le souvenir ? Fauriel s'est efforcé le premier de résoudre ce problème, en recherchant dans l'histoire le type de cet illustre vainqueur des Sarrasins qui occupe une si grande place dans la légende '^ Le nom d'Aymeri de Narbonne, dit-il, a été donné au père de Guillaume d'Orange dans un intérêt tout à fait local, pour flatter
1. La rime n'est en usage que dans les chansons les moins anciennes. Elle ne paraît avoir remplacé l'assonance qu'à la fin du xiie et au commencement du xiii«-' siècle (voy. L. Gautier, Ep. franc., 2'' cd., i. I, p. 33i et suiv.; Nyrop, Dcn oldfranskc llcltcdigtniufç, p. 3()5, trad. iial., p. 376),
2. Histoire de la poésie provençale, t. II, p. 410. — Ori(*ine de Vcpopce du moyen âge, dans la Revue des Deux Mondes, t. Vlll (septembre à novembre iSv^), p. |(,3 et suiv.
ex. INTRODUCTION
les seigneurs de la maison de Narbonne. Il y eut dans la première moitié du xii^ siècle deux vicomtes de Narbonne qui portèrent le nom d'Aymeri. L'un fut Aymeri I, qui mourut en i io5 en Terre Sainte, après y avoir guerroyé pendant une année environ. L'autre, Aymeri II, son fils et successeur, passa une partie de sa vie à lutter contre les Sarrasins, et fut tué dans un combat qu'il leur livra près de Fraga en 1 184 ^ Il avait été marié avec une certaine Hermengarde dont la famille est inconnue, et il laissa une fille du même nom. Cette dernière obtint après lui la vicomte de Narbonne; elle eut une cour très brillante, fréquentée par les troubadours les plus renommés de son époque, et se rendit célèbre par la protection qu'elle leur accorda. Ce fut sans doute Tun d'eux qui, pour lui être agréable, donna à un héros fabuleux, conquérant de Narbonne^, le nom de son père et de son aïeul, morts tous deux en combattant les infidèles.
Telle était l'opinion de Tauteur de V Histoire de la poésie provençale. Elle a été adoptée aussi par M. P. Paris (Histoire littéraire de la France, t. XXII, p. 467-8), et par M. Jonckbloet (G iiillainne d'Orange, t. II, p. 160 etsuiv.) Ce dernier va plus loin encore, (f L'Hermengarde de Thistoire, n'est pas, » dit-il,
I. Aymeri I fut vicomte de Narbonne en 1080. Il épousa vers io83 Malhilde, fille de Robert Guiscard, duc de Fouille et de Galabre, et veuve de Raymond Bérenger II, comte de Barcelone. Il en eut quatre fils : Aymeri, Bérenger, Guiscard et Bernard. (Art de vérifier les dates, 3« éd., t. II (1784), p. 3i6; Histoire générale de Languedoc, re éd., t. H, p. 342 et suiv.)