‹ Aymeri de NarbonneChapitre 87 sur 244 · LE SIEGE DE NARBONNE CXLV · texte numérisé non relu

LE SIEGE DE NARBONNE CXLV

n Assaillent mi paian d'oltre la mar.

« Mes portes m'ont fait claure e fort tcrrar. « Ane ne fustes tan pros ne si rius bars « Que m'anessaz de France lai ajudar K »

M. Meyer, dans ses Recherches sii7' F épopée française ^, avait d'abord assimilé cet Anséis à Anscis de Cartilage, personnage épique bien connu, qui figure dans Aymeri parmi les barons auxquels Charlemagne oflre en vain Narbonne •^. Mais aucun de nos poèmes ne le représente comme ayant été en possession de cette ville. Dans la chanson qui porte son nom, c'est l'Espagne, et non Narbonne, qui lui est confiée par Charlemagne. M. Meycr pense donc aujourd'hui qu'on doit lire Aimeri au lieu à'Anseis^ leçon probablement fautive, qui, du reste, ne se trouve pas dans tous les manuscrits K Ainsi ce passage de Girart

1. P. Mcyer, Recueil d'anciens textes, r^ panic, p. 4G-7 ; traduction de Girart de Roussillon, p. 10G-7.

2. Bibliothèque de V École des Chartes, 6c série, t. lil, p. 3i.

3. Le langage tenu à Charlemagne par Anscis ilc Cartilage dans Aymeri n'est pas sans analogie avec le discours de l'Anséis de Girart de Roussillon :

X Droiz cnpcrcrc, je n'en ai nul corago « Que ge rcmengne en la terre sauva je... « Se an Ncibonc prcnoie mon cstajc, • Ausin seroie com li oisiaus en cage. « Maudite soit tel terre! »

Cette ressemblance, d'ailleurs, peut n'être que fortuite.

.\. Traduction de Girart de Roussillon, p. loG, note. — Le ms. de la Hibl, nat. fr. 21S0 donne simplement comme variante Ducs de Narbona (éd. Fr. Michel, p. 82).

CXLVI INTRODUCTION

de Roussilîon paraît se rattacher exactement à la tradition qui fait l'objet de la chanson d'Aymeri ^

Ce dernier personnage, ainsi qu'on a pu en juger par les exemples que nous avons cités en étudiant ses rapports avec l'histoire, a été de bonne heure associé à la conquête de Narbonne. Notre poème est consacré en partie au récit de cet exploit, et présente le développement complet de la légende. La scène se passe au retour d'Espagne, après le désastre de Roncevaux ; mais l'auteur semble n'avoir pas ignoré la première prise de la ville, dont il est question dans la chanson de Roland. Au commencement de l'action, Charlemagne rappelle, en effet, que Narbonne a déjà été en son pouvoir, et le duc Naime se charge de lui apprendre qu'elle est retombée depuis sous le joug des Sarrasins :

« Est ce Nerbone dont l'en m'a tant conté,

« Qui toute Espangne sormonte de fierté?

« Qant oi pris Nobles et retenu Forré,

« Lors mist ses gardes en iceste cité,

« Que il la dut garder a sauveté 2.

— Sire, » dist Naimes, <( par foi, c'est vérité;

1. Nous devons faire observer cependant que Charlemagne est remplacé ici par Charles Martel, et que l'occupation de Narbonne, conformément à la première allusion de la chanson de Roland, se place avant une expédition en Espagne, tandis que, dans notre poème, c'est seulement au retour de cette contrée qu'Aymeri s'empare de la ville.

2. Nous avons déjà vu (p. lviii) qu'il s'agit ici de Roland. C'est lui qui avait reçu, en premier lieu, la mission de garder Narbonne. 11 devait êire mentionné dans un vers qui manque dans tous les manuscrits.

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