CXLVIII INTRODUCTION
ris a fait justement observer que la visite de Boniface aux messagers d'Aymeri (tir. LXVIII et suiv.) rappelle « celle de l'empereur Isaac aux croisés campés devant Gonstantinople, visite si bien racontée par Ville-Hardouin ^ » Le caractère à la fois souple et craintif du roi des Lombards, et d'autre part, les allures orgueilleuses et insolentes des chevaliers français, tous les traits du récit, en un mot, font penser aux relations des Latins avec les Grecs ^ . Les Lombards de notre poème sont en butte aux sentiments de mépris et d'hostilité dont ceux-ci étaient l'objet de la part des Francs, et il est possible de reconnaître ici une influence plus ou moins éloignée de ces rivalités qui ont attiré en 1 204 de si grands maux sur l'empire byzantin. Nous verrons aussi plus loin que l'épisode des noix et des hanaps, brûlés par les ambassadeurs du comte de Narbonne pour les besoins de leur cuisine, se rencontre dans d'autres textes où il a pour scène Gonstantinople. Enfin, notre poète, à propos des exigences des marchands de Pavie, est amené à nous parler de la cherté des vivres en Terre-Sainte :
... onques viande outre mer as paumiers Ne fu si chier vendue.
Ge dernier trait est historique, et l'on sait par di-
1. Hisi. littéraire de la France, t. XXII, p. 465. Voy. Villehardouin, ch. XXXIX (éd. de Wailly, Paris, 1872, p. ro6),
2. On peut comparer aussi avec les scènes racontées par Anne Comnène dans l'Alexiade, 1. X (collection des Scripiores historice by^antinœ, Paris, i63i, p. 3oo et suiv.; cf. 1. XIV, p. 422).