ÉVACUATION ET AMÉNAGEMENT DE L’HOTEL DES MENUS
la force de la loi », écrivit le Ministre Bénézech à Sarrette, le 3 février, en lui prescrivant ces mesures énergiques : « Je vous charge « donc, citoyen, de signifier aux individus qui n’ont pas encore « évacué le local que le Conservatoire attend pour son organisation, « d’avoir à en sortir sous vingt-quatre heures, je vous charge en « outre de faire enlever, à l’expiration stricte de ce terme, les portes « et les châssis des fenêtres des logements occupés par les opposans « quels qu'ils soient et de les faire déposer dans les magasins de la « République existans aux Menus... » En même temps, le bâtiment dit de la chapelle était mis à la disposition de la section pour l’établissement provisoire du bureau de paix et dé celui du commissaire de police. Toute rébellion devenait inutile, tout prétexte vain; Sarrette put donc annoncer au Ministre, le 15 du même mois, l’entière évacuation de la partie de l’hôtel destinée à l’École.
Mais la distribution des bâtiments ne répondait pas aux besoins du nouvel établissement, et la question de l’aménagement fut une source de nouvelles difficultés et de retards. Des débats s’élevèrent au sujet des constructions nécessaires, qui firent perdre un temps précieux et laissèrent s’écouler la saison des travaux 1 , que la pénurie du Trésor ne permit pas de pousser ensuite activement.
Lorsqu’il apprit que l’on travaillait dans les parties disponibles, le Conseil des bâtiments civils rappela les ordres du Ministre, portant que tout travail devait être suspendu jusqu’à la présentation du rapport sur les emplacements à réserver aux magasins et ateliers des fêtes publiques et du théâtre des Arts, ajoutant que l’architecte Hubert n’avait pas répondu aux questions adressées sur les plans et devis remis le 11 janvier, après rectifications demandées (30 janv.). Bien que le rapport du bureau central sur les ouvrages à faire « dans la portion de bâtiment dépendante de l’École de chant, rue Poissonnière, ainsi que dans la partie qu’occupait le citoyen Bergeret », eût été produit le 4 février, les mois se passaient et les travaux n’avançaient pas; le Directoire, qui s’était déjà préoccupé de l’installation du Conservatoire, écrivit le 5 floréal an IV (24 avril 1796) au Ministre de l’Intérieur pour obtenir des explications :
Les batiments connus sous le nom des Menus-Plaisirs sont destinés, citoyen Ministre, à recevoir le Conservatoire de musique, et il n’y est pas encore placé, sans doute parce que le local n’est pas distribué convenablement.
1. Éclaircissemens sur le Conservatoire ..... brumaire an V, p. 2.
LA DIRECTION DU CONSERVATOIRE
Désirant connaître quelles mesures vous avez adoptées pour l’approprier à sa destination et à quelle époque vous espérez que cet établissement pourra s’y installer, le Directoire vous invite à lui faire un prompt rapport à cet égard.
Le Tourneur, Carnot, La Reveillère-Lepeaux L
A cette invitation, transmise seulement le 19 mai par Ginguené, directeur général de l’Instruction publique, au chef de la 3 e division du Ministère, celui-ci répondit, le 25, « que la dépense énorme qui serait résultée de l’exécution des travaux demandés de toutes parts, par divers établissements publics, » avait déterminé le Ministre à proposer au Directoire, le 28 mars, « de suspendre tous travaux à l’exception de ceux d’entretien ». Cependant, pour déférer au vœu du Directoire, le Ministre visita lui-même l’emplacement des Menus et approuva les plans, suivant avis de Ginguené en date du 4 juin, puis autorisa l’architecte Belanger à faire procéder sans délai aux travaux d’installation (10 juin).
Ce n’est que le 1 er brumaire an V (22 octobre 1796) que put avoir lieu l’ouverture de l’École; encore celle-ci n’avait-elle pas à sa disposition la totalité des locaux nécessaires. La cérémonie d’ouverture se fit en séance publique, à laquelle assistaient le Ministre de l’Intérieur, une députation de l’Institut national des Sciences et Arts et divers personnages officiels.
Sarrette prononça un discours très remarquable, d’un style plus châtié que celui des déclarations ou pétitions que nous connaissons : « L’époque est arrivée, dit-il en commençant, où la musique, par la « réunion des hommes qui la professent avec le plus de distinction, « va se régénérer, en prenant avec énergie un essor digne de la « puissance de la République française. Sept ans de travaux et de « persévérance sont enfin couronnés des plus heureux succès, puisque « le Conservatoire de musique de France, la plus vaste École dans « ce genre qui ait été créée en Europe, s’ouvre aujourd’hui en con- « séquence d’un décret de la Convention nationale, et sous les aus- « pices d’un gouvernement protecteur des arts!... »
Nous ne pouvons poursuivre à cette page la citation, à cause de sa longueur; cependant, nous ne saurions non plus nous dispenser de reproduire ce discours qui ne se trouve que dans de rares