‹ B. Sarrette et les origines du Conservatoire national de musique et de déclamationChapitre 139 sur 149 · LA RUE SARRETTE · texte numérisé non relu

LA RUE SARRETTE

peu commerçante et la modification ne pouvant nuire à personne ». Le Directeur du Conservatoire et les artistes ne pouvaient qu applaudir à cet hommage de la Ville de Paris. Il semblait donc que rien ne fût d’une simplicité plus grande, la substitution ne devant occasionner aucun trouble dans les habitudes ni dans le commerce, la voie en question étant peu connue, très courte, inachevée, peu fréquentée et n’ayant qu’un fort petit nombre d’immeubles. On s’étonne même qu’à l’ouverture de cette rue, située sur remplacement des Menus-Plaisirs, occupé en partie par le Conservatoire, il ne soit pas venu à qui de droit l’idée de lui donner le nom de Sarrette, plutôt que celui de la patronne des musiciens, qui pouvait aisément être appliqué à toute autre voie. C’eût été logique, de même que la substitution. Hérold mourut le 1 er janvier 1882, et rien ne se fît, jusqu’au 30 avril 1890, où une nouvelle rue du quartier du Petit-Montrouge reçut le nom du fondateur du Conservatoire, au grand désespoir de son fils. Le 20 juin suivant, il s’adressait à M. A. Thomas, pour le prier de solliciter l’intervention de l’Institut auprès du Préfet de la Seine, afin de faire opposition à cette décision : dans le quartier de la Tombe-Issoire, on ne comprendra rien à la désignation de cette rue, disait-il. La démarche fut-elle faite? Nous l’ignorons. Toujours est-il que la rue primitivement appelée du nom de Sarrette a conservé sa dénomination. Si elle est éloignée du quartier où, de longue date, s’est concentré le mouvement musical : théâtres lyriques, écoles, et qui fut le berceau de l’institution : district des Filles-Saint-Thomas, rue Saint-Joseph, rue des Fossés- Montmartre, hôtel des Menus-Plaisirs, il n’en reste pas moins que la mémoire du fondateur du Conservatoire se trouve ainsi perpétuée 1 .

1. Dans l’intervaUe, en avril 1882, Jules et Gaston Sarrette, fils et petit-fils de Bernard, avaient demandé au Ministre que la statue de leur ascendant fût élev.ée dans la cour du Conservatoire; puis, au mois de juillet de la même année, Gaston Sarrette avait sollicité « une inscription sur la façade du Conservatoire, rappelant qu’il avait été fondé par son grand-père en 1789 ».

B. Sarrette perdit sa mère le 9 avril 1824 (faub. Poissonnière, 7) et sa femme le 2G janvier 1855; elle était âgée de 83 ans. Il eut deux fils. L’aîné, Charles, négociant, rue de l’Échiquier, 10, associé de M. Santa-Maria, resté veuf avec un enfant, se remaria en 1844 avec une rentière, qui mourut à Menton le 25 juin 1858 à l’âge de 35 ans. Il eut cinq enfants : 1° Charles-Bernard, qui, de passage à Paris, en 1883, nous laissa pour la bibliothèque du Conservatoire quelques poésies d’hymnes du temps de la Révolution; 2° René , qui, lors des revers signalés plus haut (p. 171), fut mis à même de continuer ses études médicales grâce aux démarches du Président de l’Association des artistes musiciens; 3° Marie , née en juin 1847, placée en 18G5 au couvent du Saint-Cœur-de-Maric à Blon (Calvados) par uno alliée dé-

LA RETRAITE

Grâce au crayon de deux dessinateurs, ses traits ont été conservés. Le voici d’abord, en pleine jeunesse, dans son costume de capitaine de la garde nationale (p. 9). Ce portrait est absolument inédit; c’est la reproduction d’une copie faite au crayon par Ch. Duvernoy, professeur d’opéra au Conservatoire, d’après le dessin original d’Isa* bey père vers 1790-1794, copie qui est en la possession de la bibliothèque du Conservatoire. Le second, le plus connu, représente Sarrette au début de sa vieillesse, à soixante-neuf ans, croyons-nous, la lithographie originale que nous reproduisons (p. 1) se trouvant dans la 27 e livraison de Y Encyclopédie pittoresque de la musique , publiée au mois de mai 1834. Ce portrait, qui parait avoir été fait spécialement d’après nature pour ladite publication, répond à celui que de Pontécoulant a-tracé à la plume dans ses Souvenirs de jeunesse :

C’était un bien digne homme que M. B. Sarrette : d’une taille peu élevée, d’une corpulence ordinaire, ressemblant assez par la physionomie et la tournure à celles de Meycrbcer. Sarrette avait un esprit élevé, possédant le goût du beau à un haut degré et joignant à tout cela une tète administrative et organisatrice des plus remarquables. Sarrette était un de ces individus comme aimait à en rencontrer Napoléon I e ' ; il était, comme il l’a dit, un homme carré 1 .

Quant au buste qui orne la partie centrale de la bibliothèque du Conservatoire, commandé peu avant la mort de Sarrette, il n’a pu être exécuté par le sculpteur que d’après diverses représentations graphiques, et, par suite, il ne nous offre pas une garantie suffisante quant à la fidélité des traits ; dans ces conditions, il n’a pour nous qu’une valeur commémorative.

Il nous est impossible de mentionner tous les éloges, toutes les flatteuses appréciations, dont Sarrette a été l’objet depuis sa mort, de la part de nombreux artistes, historiens et critiques, français et

vouée de la famille (Cf. compte rendu précité) ; 4° Gaston , protégé pendant sa minorité par l’Association des Inventeurs, et admis dans l’institution Lesage (idem); il était a Montpellier en 1882, époque où il se joignit à son oncle pour demander au Ministre l’érection d’une statue à son grand-père; 5° Laure , née en mai 1855, fut la pupille de 1 Association, qui lui fit une pension jusqu’à sa majorité et la plaça dans l’institution de M me Rivet à Vincennes, puis à Blon. ( Annuaire , loc. cit.)

Jules Sarrette, le second fils de Bernard, rentier, se maria en 1858 à l’église Notre-Dame de Bonne-Nouvelle; il est mort à Paris le 29 septembre 1890, laissant un fils, croit-on.

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