FORMATION DE LA MUSIQUE
d’état-major; ajoutons que, s’il avait antérieurement fait partie, au titre militaire, du régiment des gardes françaises, son état de services le mentionnerait. L’on n’ignore pas comment s’improvisa, dans la journée du 13 juillet, la milice bourgeoise qui devint la garde nationale. Elle fut décrétée d’urgence par l’assemblée des électeurs, qui procéda seulement à la nomination du commandant général et des états-majors, laissant aux districts le soin de choisir les autres officiers et sous-officiers. Le plan que La Fayette présenta fin juillet n’apporta de changements à ce mode de recrutement que dans la substitution de la Commune à l’assemblée des électeurs, pour la nomination des officiers généraux et d’état-major, et dans celle des bataillons aux districts, pour le choix des autres officiers. Il est par conséquent facile de se rendre compte de la façon dont les choses se passèrent. Après avoir rassemblé, dans les conditions précitées, soldats et musiciens au district des Filles-Saint-Thomas, qu’il habitait probablement — le dépôt des gardes françaises étant situé à proximité, sur le boulevard, à l’angle de la Chaussée-d’Antin — Barrette fut pourvu, par ses concitoyens, du grade de capitaine qu’il conserva en passant dans la garde soldée, le 1 er septembre 1789. Notre opinion à cet égard se fonde, en outre, sur ce passage d’un journal qui rappelait, dans son numéro du 28 brumaire an III (18 novembre 1794), l’origine et les progrès de la musique de la garde nationale : « Un des officiers premiers nommés cle ce district , le citoyen Sarrette, fut chargé de tous les détails relatifs au logement, à la nourriture, aux vêtements et à la tenue de ce petit corps de musique militaire... » (v. p. 105, § 4).
Ces fonctions de capitaine lui assuraient un traitement annuel de 2 800 livres 4 , supérieur à celui qu’il recevait au dépôt des gardes françaises, il est permis de le supposer.
Le sort des musiciens ne fut pas aussi promptement réglé. Tout d’abord, lisons-nous dans le journal précité, ils furent affectés au service du district, qui les mit occasionnellement à la disposition des autres districts. Il en fut ainsi jusqu’au jour où la Municipalité, en se chargeant de pourvoir à leur entretien, forma un corps de musique commun à toute la garde nationale (octobre 1790). Installés en premier lieu, par le district, dans une maison voisine du couvent
1. Voyez, ci-après, décret du 18 nivôse an II (p. 55). Le taux des appointements de la gurde nationale soldée était fixé par arrêté de la Commune de Paris, du 31 juillet 1789.
des Filles-Saint-Thomas 1 , ils furent ensuite logés dans le « ci-devant hôtel de Richelieu », qu’ils quittèrent pour occuper « la maison size rue Saint-Joseph, n° 11 », que la Ville de Paris prit à loyer à compter du 1 er octobre 1700, moyennant 3 000 livres, comme nous l’apprend la quittance des neuf premiers mois (v. p. 21, note 1).
Dès ce moment, Sarrette et ses collaborateurs eurent pour devoir défaire abstraction de leurs sentiments personnels; ils ne s’appartenaient plus et devaient obéissance et dévouement aux autorités dont ils dépendaient : les nécessités de l’existence autant que le respect de la discipline le leur commandaient. De ce fait, leur conduite fut souvent subordonnée aux diverses évolutions de l’esprit public en général et des chefs de partis. Ce n’est pas à dire qu’ils restèrent complètement insensibles aux théories nouvelles; de même que nombre de citoyens, ils en subirent l'influence, et, en plusieurs circonstances, ils crurent devoir sortir de la réserve qui leur était imposée. Fut-ce par politique, par intérêt ou pour la seule satisfaction de faire connaître leur opinion? L’incertitude à cet égard interdit de tirer aucune conséquence de leurs actes personnels, comme de rechercher dans leur participation aux fêtes, cérémonies et événements où les appelaient leurs fonctions, la manifestation de leurs idées propres. Aussi, est-ce simplement pour suivre Sarrette dans l’accomplissement de ses projets, que nous allons relater succinctement les occasions dans lesquelles la musique de la garde nationale parut publiquement.
Au lendemain de la prise de la Bastille, un Te Deum fut chanté à Notre-Dame, et l’on prêta serment au bruit du canon, des tambours et « d’une musique militaire 2 ». Le 9 août, jour de la première sortie de la garde nationale en armes et uniformes, on entendit « des musiques militaires 3 »; le lendemain 10, des processions tra-
1. Un écrivain a placé le siège de la musique, à l’origine, rue Neuve-Saint- Eustache, et A.-L. Blondeau a écrit en 1840 que « Sarrette eut l’honneur déformer, rue des Fossés-Montmartre y près la place des Victoires, un dépôt de musique et d'instruments », et qu’il y forma un noyau de musiciens, dont le lieu de réunion était « l'ancien hôtel de la Banque de France ». Rien ne corrobore l’assertion du premier; quant à celle du second, elle offre quelque confusion de date. Le magasin de musique seul a été installé rue des Fossés, et seulement en 1794 (Cf. le Magasin de Musique à l'usage des fêtes nationales et du Conservatoire , par Constant Pierre, p. 42) ; le local de la musique, rue Saint-Joseph, ne fut évacué que le 3 juillet 1795.
La prise de possession des bâtiments actuels date de 1796 (v. p. 136).