ADOPTION PAR LA VILLE
La dernière phrase du premier paragraphe de l’arrêté ci-dessus tend à faire croire que c’est avec ses propres deniers que Sarrette a pourvu aux besoins des musiciens et de la musique pendant les dix premiers mois. Nous avons déjà exposé les raisons à l’appui de l’opinion contraire '. Le modeste emploi qu’il avait occupé au dépôt des gardes-françaises ne laisse pas supposer qu’il fût en mesure de faire des avances effectives de fonds, et les émoluments qu’il tint ensuite de sa fonction de capitaine de la garde nationale ne lui permettaient pas davantage de subvenir aux dépenses de ses 45 musiciens. Une pièce de l’enquête faite lors de son arrestation, en 1794, justifie ces présomptions : on le croit peu fortuné, y est-il dit, son revenu consiste principalement dans les appointements de sa place (v. p. 70). Cet extrait d’un pamphlet anonyme paru en l’an X, quand il fut question de lui élever un monument (v. p. 103), affermit l’hypothèse : « Ma fortune « alors était assez peu de chose, il est vrai, puisque je ne possédais « rien, et qu’à défaut de talens pour me procurer ma subsistance, je « n’avais que de bonnes jambes et de bonnes mains, dont je savais bien « faire usage; mais, je puis le dire sans vanité, je me sentais des dis- « positions propres à me faire parcourir la plus riche carrière 4 ... » Il } a donc lieu de croire que, pour parer aux premières nécessités, yarrette recourut à l’obligeance et au crédit de fournisseurs ou d’amis loitunés, et qu il est désigné sur les pièces officielles parce que les dépenses ont été faites en son nom, sous sa garantie et sa responsabilité, les autorités n’ayant pas à reconnaître d’autres intermédiaires que le chef de la musique. Ceci n’est point pour contester le mérite de Sarrette, au contraire; l’acte n’est que plus louable, étant donnée la modicité des ressources de l’auteur. On a dit aussi, sans plus d’exactitude, qu’après la suppression de la garde nationale soldée, en 1792, la musique retomba à la charge de Sarrette ; on verra plus loin ce qu’il en a été (v. p. 26, note 2).
Désormais, fort de la décision du bureau de la Ville, nous n’auîons plus de doute sur l’identité du corps de musique militaire que nous verrons figurer dans les cérémonies publiques; mais cette certitude nous vient alors que les documents, plus précis, dispensent le plus souvent de soulever la question! Le Journal cle la
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(d'xlTj ÜlfTn f"r te ’ <Hreclcur général du Conservatoire national (An Aj, o p. in-12. (Bibl. du Conservatoire, 20520.)
Municipalité en fournit la première preuve dans son compte rendu de la procession de la Fête-Dieu (3 juin) : « Le Saint-Sacrement était précédé d’une grande partie de la musique de la garde nationale et de beaucoup de tambours; les sons de cette musique militaire, mêlés aux chants de l’église, formaient un concert divin et de la plus grande majesté 1 ... » Ensuite, c’est le programme de la Fédération du 14 juillet ail Champ de Mars 2 , dont l’indication, assez sommaire, est heureusement complétée par une délibération que nous avons recueillie dans les procès-verbaux du Comité général, autorisant l’introduction des musiciens dans le jardin de 1 hôtel de Richelieu, pour y répéter les morceaux qu’ils devaient exécuter à cette solennité 3 . Peu après (8 août), le concours d’une douzaine d’entre eux était réclamé pour une fête patriotique à Ris 4 , et, le 20 septembre, ils se faisaient entendre de nouveau au Champ de Mars, où ils jouèrent la magnifique Marche lugubre , composée par Gossec, « pour les honneurs funéraires » rendus « aux mânes des citoyens morts à l’affaire de Nancy 5 6 ». C’est à cette cérémonie, dont les dépenses s’élevèrent, pour la musique, à 117 livres 0 , que le tamtam retentit pour la première fois dans une musique militaire française 7 .
1. Journal de la Municipalité , n° du 8 juin 1790, p. 850. (Bibl. nat. Le 2 201.)
2. Cérémonial de la Confédération , etc. Composition du cortège. 3° Un détachement de la garde nationale à pied, précédé de sa musique. (Bibl. nat..
Lb 30 3 7 55.)
3. « Dix juillet. M. Crettet, ayant obtenu la parole, a déclaré être chargé par
M. Sarrette, commandant de la musique, de demander au Comité l’agrément, pour lundi prochain à 9 heures du matin, d’introduire dans le jardin de l’hôtel de Richelieu les musiciens qui doivent assister à la Fédération, afin de répéter les morceaux qu’ils doivent exécuter. Le Comité, délibérant sur cet objet, a accueilli la demande de M. Sarrette, et il a été arrêté que M. le Commandant du bataillon sera invité à donner une consigne pour que lundi prochain, dans le matin, les seuls musiciens puissent entrer dans le jardin. » Procès-verbal . (Bibl. nat., mss. fr. nouv. acq. 2601, p. 140.) — Renseignement inédit.
La grosse caisse « appellée le tonnerre de l’Opéra » fut empruntée pour a l’usage de la musique,à la fédération générale du 14 juillet 1790 », comme l’atteste le certificat délivré par Gossec, le 27 mai 1791, aux deux ouvriers machinistes chargés de la transporter. (Bibl. de la ville de Nantes, dans 22 208.) — Inédit.
4. « Du 2 août. M. Anisson Duperron, Monsieur, ayant formé le projet de donner
le 8 de ce mois une fête patriotique au village de Ris, désirerait qu’il fut possible de lui accorder une douzaine de musiciens de la garde nationale, pour cette fête.» (Bibl. nat., mss. fr. 11697, p. 73-74.) — Inédit.
5. V. la notice historique et analytique, avec la partition orchestre et piano, dans notre recueil : Musique exécutée aux fêtes nationales de la Révolution, p.45.
6. Ordonnance de payement délivrée à Sarrette, capitaine de la musique de la garde nationale, le 4 octobre 1790; avec acquit dudit. (Bibl. nat., mss. fr. 7005, fo 7.) — Inédit.
7. Const. Pierre, Musique exécutée aux fêtes nationales . etc., p. 3.